Depuis le début de la guerre civile en avril 2023, des dizaines de milliers de Soudanais, privés d’emplois, d’études ou chassés de leurs foyers, se sont tournés vers l’orpaillage comme unique moyen de subsistance. Pourtant, cette activité, censée offrir une bouffée d’oxygène à une population exsangue, sert aussi de carburant aux deux camps rivaux en conflit, d’après Libération.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 50 000 Soudanais se sont reconvertis dans l’extraction artisanale de l’or depuis 2023.
  • Les revenus générés financent indirectement les belligérants, selon des experts cités par Libération.
  • Le conflit, déclenché par la rivalité entre l’armée régulière (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF), a plongé le pays dans une crise humanitaire sans précédent.
  • Les mines d’or artisanales, souvent illégales, échappent au contrôle de l’État et échappent aux sanctions internationales.
  • L’or extrait alimente un marché noir florissant, alimentant les caisses de guerre des deux parties.

L’orpaillage, une issue de secours dans un pays à genoux

Le Soudan, autrefois considéré comme le grenier à blé de la région, est aujourd’hui un État en lambeaux. La guerre civile qui déchire le pays depuis avril 2023 a détruit les infrastructures, anéanti les emplois et forcé des millions de personnes à l’exode. Face à ce désastre économique, des milliers de familles se sont tournées vers l’orpaillage, une activité qui, malgré sa dangerosité, offre des revenus immédiats. « Il ne reste plus que l’or, qui tire tout le pays », a souligné un chercheur soudanais interrogé par Libération. Autant dire que, dans un pays où le système bancaire s’est effondré et où la monnaie locale a perdu 90 % de sa valeur, l’extraction artisanale de l’or est devenue une soupape économique.

Les chiffres sont édifiants : selon les estimations de la Banque centrale du Soudan, publiées en mars 2026, plus de 50 000 Soudanais travaillent désormais dans des mines artisanales, principalement dans les régions de Darfour, du Kordofan et du Nil Bleu. Une manne financière qui, dans un premier temps, a permis à des centaines de milliers de personnes de survivre. Pourtant, cette activité, aussi vitale soit-elle pour la population, alimente un cercle vicieux. Les revenus générés par l’orpaillage sont en grande partie captés par les intermédiaires, puis redistribués aux belligérants sous forme de taxes ou de pots-de-vin.

Un financement indirect des deux camps en conflit

Les deux principales factions en guerre, l’armée régulière (SAF, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhan) et les Forces de soutien rapide (RSF, commandées par le général Mohamed Hamdan Daglo), ont besoin de liquidités pour poursuivre les combats. Or, l’orpaillage, qui représente aujourd’hui plus de 80 % des exportations du pays, selon un rapport de l’ONU publié en février 2026, leur offre un moyen de contourner les sanctions internationales. « L’orpaillage finance les deux camps, et personne ne peut l’arrêter », a confirmé un analyste en économie politique à Khartoum, sous couvert d’anonymat. Les mines artisanales, souvent situées dans des zones reculées et non contrôlées par l’État, échappent à toute régulation. Les RSF, en particulier, contrôlent de nombreuses zones aurifères au Darfour, où elles imposent des taxes aux mineurs en échange d’une « protection » contre les raids ou les pillages.

Les conséquences sont doubles. D’un côté, l’orpaillage permet à une partie de la population de survivre dans un contexte où les aides humanitaires sont insuffisantes. De l’autre, il renforce les capacités militaires des deux camps, prolongeant ainsi un conflit qui a déjà fait plus de 15 000 morts et déplacé plus de 10 millions de personnes, selon les dernières estimations de l’ONU. Les sanctions imposées par les États-Unis et l’Union européenne en 2024, visant à couper les financements aux belligérants, se sont révélées inefficaces face à la porosité des frontières et à l’absence de contrôle des flux financiers.

Un marché noir qui échappe à toute régulation

Le commerce de l’or au Soudan repose désormais sur un réseau opaque, où se mêlent contrebande, corruption et trafic d’armes. Les mineurs artisanaux vendent leur production à des négociants locaux, qui la revendent ensuite à des courtiers internationaux, souvent basés à Dubaï ou en Turquie. Ces intermédiaires, qui opèrent en dehors des circuits légaux, achètent l’or à un prix bien inférieur à sa valeur réelle, puis le revendent avec une marge substantielle. « Les mineurs gagnent à peine assez pour survivre, tandis que les intermédiaires s’enrichissent », a déploré un responsable d’ONG locale, cité par Libération.

Les tentatives de régulation restent lettre morte. En 2025, le gouvernement de transition a tenté d’imposer un système de licences pour les mines artisanales, mais la corruption endémique a réduit cette initiative à néant. Les fonctionnaires chargés de délivrer les autorisations exigent des pots-de-vin, tandis que les milices armées continuent de piller les sites miniers. Résultat : le marché noir représente aujourd’hui près de 90 % du commerce de l’or au Soudan, selon un rapport de l’ONG Global Witness publié en janvier 2026. Les efforts internationaux pour tracer l’origine de l’or soudanais se heurtent à l’absence de traçabilité et à la complicité des États voisins, qui ferment les yeux sur ces flux illicites.

Et maintenant ?

Si la situation humanitaire au Soudan continue de se dégrader, la question de l’orpaillage pourrait devenir un enjeu central des prochaines négociations de paix. Les deux camps, conscients de l’importance stratégique de l’or, pourraient être tentés de négocier des accords pour le contrôler, comme ils l’ont fait avec d’autres ressources naturelles. Pourtant, aucune solution durable ne semble à l’ordre du jour. Les sanctions internationales, bien que renforcées en 2026, peinent à endiguer les flux financiers illicites, tandis que la population, elle, reste prise en étau entre la survie et la guerre. D’ici la fin de l’année, les observateurs s’attendent à une intensification des combats autour des zones aurifères, avec des conséquences humanitaires dramatiques.

Autant dire que, tant que le conflit persistera, l’orpaillage restera à la fois une bouée de sauvetage pour des milliers de Soudanais et un moteur de la guerre. Une équation impossible à résoudre dans un pays où l’État a perdu le contrôle de son territoire et de ses ressources.

L’orpaillage s’est imposé comme une solution de dernier recours après l’effondrement de l’économie soudanaise, causé par la guerre civile, la dévaluation de la livre soudanase et la destruction des infrastructures. Les mines artisanales, souvent illégales, offrent des revenus immédiats à une population privée de moyens de subsistance, sans nécessiter d’investissement initial important.