Selon nos confrères de France 24, l’exploitation intensive de sable le long du fleuve Chari, au Tchad, met gravement en danger cet écosystème déjà fragilisé. Pour tenter de préserver le cours d’eau, le ministère tchadien des Mines a pris une décision forte : interdire toute extraction de sable dans les carrières riveraines. Pourtant, cette mesure, bien que justifiée sur le plan environnemental, suscite des tensions au sein des populations locales et des acteurs économiques.
Ce qu'il faut retenir
- Interdiction officielle : le ministère tchadien des Mines a décrété l’arrêt de l’extraction de sable dans les carrières du fleuve Chari.
- Menace environnementale : cette activité contribue à l’érosion des berges et à la dégradation de la qualité de l’eau.
- Réactions contrastées : certains y voient une protection nécessaire, tandis que d’autres craignent pour leurs moyens de subsistance.
Un fleuve essentiel pour le Tchad
Le Chari, long de près de 1 500 kilomètres, est un axe vital pour le Tchad. Il alimente en eau potable les populations riveraines, irrigue les cultures et soutient une biodiversité déjà menacée par les changements climatiques. Entre 2010 et 2020, les prélèvements de sable ont augmenté de plus de 30 % le long de son lit, selon des estimations rapportées par France 24. Cette surexploitation aggrave l’ensablement du fleuve, réduisant sa capacité à absorber les crues et altérant les habitats naturels.
Les experts s’accordent à dire que la situation est critique. « Le fleuve Chari n’est pas seulement une ressource en eau, c’est aussi un corridor écologique essentiel pour des espèces endémiques », a expliqué un hydrogéologue cité par France 24. Face à l’urgence, les autorités ont décidé d’agir, malgré les défis que cela représente pour les communautés locales.
Une interdiction contestée sur le terrain
L’arrêt de l’extraction de sable, bien que salué par les défenseurs de l’environnement, crée des remous dans les villages situés en aval des carrières. Pour beaucoup d’habitants, cette activité représente une source de revenus indispensable. « Ici, on vit du sable », confie un carrier interrogé par France 24. « Sans cette activité, comment nourrir nos familles ? » Les petits exploitants craignent que l’interdiction ne les plonge dans une précarité encore plus grande, faute d’alternatives économiques viables.
Les autorités tchadiennes tentent de rassurer en promettant des programmes de reconversion. « Nous étudions des solutions pour accompagner les travailleurs du secteur, comme des formations en agriculture durable ou en artisanat », a précisé un responsable du ministère des Mines. Mais pour l’instant, ces mesures restent à l’état de projet, et leur mise en œuvre se heurte à des contraintes budgétaires et logistiques.
Des mesures suffisantes ou trop tardives ?
L’interdiction décidée par le gouvernement tchadien s’inscrit dans un contexte régional où d’autres pays, comme le Cameroun voisin, font face à des problèmes similaires. Pourtant, les observateurs s’interrogent sur l’efficacité réelle de cette décision. « Une interdiction sans contrôle ni sanctions claires risque de rester lettre morte », estime un écologiste basé à N’Djamena, contacté par France 24. Les carrières clandestines, difficiles à éradiquer, continuent en effet de proliférer malgré l’interdiction officielle.
Le ministère des Mines a annoncé qu’une cellule de surveillance serait créée d’ici la fin de l’année 2026 pour traquer les activités illégales. Mais les moyens alloués à cette mission restent flous. « On manque cruellement de moyens humains et techniques pour faire appliquer la loi », a reconnu un fonctionnaire sous couvert d’anonymat. Sans un accompagnement fort des autorités, l’interdiction pourrait bien rester sans effet durable.
En attendant, la pression sur le fleuve Chari ne faiblit pas. Les communautés riveraines, partagées entre espoir et inquiétude, attendent des solutions concrètes. Une chose est sûre : sans une action coordonnée et des ressources adaptées, l’avenir de ce fleuve, déjà en sursis, pourrait basculer irrémédiablement.