Depuis plus de deux décennies, le régime turkmène exploite une particularité culturelle et historique pour renforcer son image internationale. Selon France 24, les chevaux de race Akhal-Teké, surnommés « chevaux célestes » pour leur élégance et leur endurance, sont élevés au rang de véritables divinités dans ce pays d'Asie centrale.

Ce qu'il faut retenir

  • Race emblématique : Le Turkménistan revendique la paternité de l'Akhal-Teké, l'une des plus anciennes races de chevaux au monde, dont les origines remontent à plus de 3 000 ans.
  • Régime autoritaire : La famille Berdymoukhamedov, au pouvoir depuis 2007, utilise cette symbolique pour légitimer son autorité et détourner l'attention des critiques internationales sur les droits humains.
  • Propagande d'État : Les compétitions équestres et les représentations médiatiques de ces animaux sont systématiquement mises en avant dans la communication officielle.
  • Patrimoine culturel : Le cheval Akhal-Teké est célébré comme un symbole national, présent sur les pièces de monnaie, les timbres et même dans l'architecture monumentale.

La tradition remonte à l'Antiquité, lorsque ces chevaux étaient déjà vénérés par les tribus nomades turkmènes. Aujourd'hui, leur élevage n'est plus seulement une pratique agricole, mais un outil politique au service du clan Berdymoukhamedov, qui a succédé à Saparmourad Niazov, dit « Turkmenbachi », en 2007.

Les Akhal-Teké, reconnaissables à leur robe dorée ou argentée et leur silhouette fine, incarnent à la fois la fierté nationale et la pureté raciale, selon la rhétorique officielle. « Ces chevaux ne sont pas de simples animaux, ils représentent l'âme du Turkménistan » a déclaré un responsable du ministère de l'Agriculture, cité par France 24. Leur sélection rigoureuse et leur élevage dans des conditions presque sacrées reflètent cette vision quasi mystique.

Le pouvoir en place organise chaque année des compétitions internationales, comme le « Turkmen Akhalteke Horse Festival », pour promouvoir cette race. Ces événements, largement médiatisés, servent à montrer un visage moderne et culturel du pays, alors que le régime est régulièrement pointé du doigt pour son autoritarisme et ses violations des droits humains.

L'utilisation de symboles nationaux à des fins de propagande n'est pas nouvelle au Turkménistan. Sous le règne de Saparmourad Niazov, père de l'actuel président, le culte de la personnalité incluait déjà une vénération quasi religieuse des chevaux. « Les chevaux Akhal-Teké sont des créatures divines envoyées pour nous guider » avait-il affirmé lors d'un discours en 2001, avant de faire ériger une statue de son cheval préféré en or massif dans la capitale.

Bref, côté Turkménistan, ces équidés ne sont pas de simples bêtes de course. Ils sont au cœur d'une stratégie de communication visant à détourner l'attention des réalités socio-économiques du pays. Autant dire que leur élevage, autrefois artisanal, est devenu une machine de propagande d'État, soigneusement orchestrée par le clan Berdymoukhamedov.

La race Akhal-Teké, dont le berceau se situe dans la région d'Akhal, à l'ouest du pays, est aujourd'hui exportée vers plusieurs continents. Pourtant, son image est indissociable du régime qui l'exploite. Les éleveurs locaux, souvent sous pression pour produire des spécimens répondant aux critères esthétiques imposés, peinent à concilier tradition et modernité.

Et maintenant ?

La question se pose de savoir si cette instrumentalisation des chevaux Akhal-Teké par le pouvoir turkmène pourrait s'essouffler dans les années à venir. Avec les sanctions internationales qui pèsent sur le pays et une population de plus en plus informée malgré la censure, l'efficacité de cette propagande pourrait diminuer. Un changement de stratégie médiatique reste à observer, notamment après la tenue prévue des prochaines élections présidentielles en 2027.

Malgré les critiques, le régime continue de miser sur ces animaux pour cultiver une image de stabilité et de fierté nationale. Pour l'instant, les Akhal-Teké restent les ambassadeurs malgré eux d'un pays où la liberté d'expression est quasi inexistante.