La présidente de Radio France, Sibyle Veil, a vivement réagi au rapport parlementaire sur l'audiovisuel public, publié mardi. Selon le Figaro, elle y voit une tentative de « mise au pas » des médias publics, mettant en péril leur indépendance. Ce document, fruit de six mois de travaux d'une commission d'enquête, préconise plus d'un milliard d'euros d'économies sur les quatre milliards alloués annuellement par l'État à l'audiovisuel public.
Ce qu'il faut retenir
- Un rapport de 69 recommandations, présenté par le député UDR Charles Alloncle, qui propose une réduction drastique du budget de l'audiovisuel public et une réforme de sa gouvernance.
- Une nomination des dirigeants soumise au président de la République, après avis des commissions parlementaires et de l'Arcom, ce qui inquiète Sibyle Veil.
- Une pression financière accrue, avec un rattachement au Premier ministre et un budget réduit de 25 % sur quatre ans.
- Une vision jugée « datée » par la présidente de Radio France, qui estime que le rapport ne tient pas compte des bouleversements technologiques actuels.
- Un échange récent avec la ministre de la Culture, Catherine Pégard, contrastant avec les tensions sous le précédent gouvernement.
Dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche et rapporté par le Figaro, Sibyle Veil a qualifié le rapport Alloncle de « tous les ingrédients d’une « mise au pas » ». Elle craint que les propositions ne transforment les médias publics en « instruments d’un camp », à l’image des régimes autoritaires. « Comme les médias d'État et de propagande des régimes autoritaires, on serait soupçonnés d'être l'instrument d'un camp », a-t-elle déclaré, soulignant le risque de « recul considérable de l'indépendance des médias publics ».
Le député Charles Alloncle, dont le parti est allié au Rassemblement National, justifie son rapport par une volonté de réformer un secteur en « crise » et ne répondant plus aux « attentes des Français ». Ses 69 recommandations visent notamment à réduire de 25 % le budget de l'audiovisuel public, soit plus d'un milliard d'euros sur quatre ans. Parmi les mesures phares, il propose que les dirigeants de France Télévisions et Radio France soient nommés par le président de la République, après avis des commissions des Affaires culturelles du Parlement et de l'Arcom, le régulateur des médias. Une proposition que Sibyle Veil juge « paradoxale » : « C'est paradoxal qu'une commission née de la volonté de faire la lumière sur l'indépendance et l'impartialité aboutisse à rendre les dirigeants redevables de leur nomination au président de la République. »
Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, a pour sa part évoqué un « affaiblissement historique » recherché par ce rapport. Une critique partagée par la gauche et le bloc central, qui y voient une tentative d'affaiblir ou de privatiser l'audiovisuel public. Sibyle Veil partage cette analyse : « Le rapport sert effectivement ceux qui veulent le privatiser – mais on a constaté qu'il n'y avait pas de consensus –, l'asphyxier budgétairement ou le mettre sous tutelle. »
La dirigeante de Radio France a par ailleurs rencontré lundi la nouvelle ministre de la Culture, Catherine Pégard, pour évoquer « ces sujets d'avenir ». Un échange qu'elle présente comme « un contraste avec les précédents mois » sous Rachida Dati, ancienne titulaire du poste. Cette rencontre survient alors que le gouvernement doit prochainement trancher sur l'avenir du financement de l'audiovisuel public, un dossier sensible qui divise la classe politique.
Un secteur en pleine mutation, selon Sibyle Veil
Sibyle Veil reproche au rapport Alloncle de reposer sur une « vision datée de notre secteur », sans tenir compte des « grands bouleversements technologiques en cours ». Elle rappelle que l'audiovisuel public doit faire face à une concurrence accrue, notamment avec les plateformes numériques et les nouveaux modes de consommation des médias. « Ajoutez à cela un rattachement au Premier ministre ainsi qu'une pression financière accrue, et vous avez tous les ingrédients d'une « mise au pas » », a-t-elle insisté, insistant sur le risque de voir les médias publics devenir des outils de propagande.
Le rapport Alloncle ne se contente pas de proposer des économies budgétaires. Il recommande également une refonte de la programmation des chaînes publiques, avec une attention particulière portée à la diversité des invités et à l'équilibre des débats. Une question qui avait déjà suscité des tensions en 2025, lorsque des accusations de partialité avaient été portées contre France Télévisions. Charles Alloncle y voit une opportunité de moderniser un secteur qu'il juge « sclérosé ».
Un rapport qui divise la classe politique
Le rapport Alloncle a été adopté par une commission d'enquête parlementaire dominée par la droite et l'extrême droite. Si ses propositions ne sont pas nécessairement reprises dans une future loi, elles pourraient influencer la gestion quotidienne de l'audiovisuel public. La gauche radicale, de son côté, défend un retour de la contribution à l'audiovisuel public, supprimée en 2022, pour garantir un financement pérenne. Une idée rejetée par le gouvernement actuel, qui privilégie une réforme structurelle.
Les syndicats du secteur, comme la CGT-FO, ont déjà alerté sur les risques de ces mesures, craignant des suppressions d'emplois et une dégradation des conditions de travail. Selon le Figaro, ces craintes pourraient se concrétiser dès 2027, si les économies budgétaires étaient appliquées dans les temps impartis. Le gouvernement n'a pas encore pris position sur les recommandations du rapport, mais une décision est attendue d'ici l'été.
La question de la gouvernance reste particulièrement sensible. Si le président de la République devait obtenir un pouvoir accru sur la nomination des dirigeants, cela marquerait un changement radical dans la gestion des médias publics, traditionnellement protégés par des règles strictes d'indépendance. Une réforme qui, si elle était adoptée, pourrait redéfinir durablement le paysage audiovisuel français.
Le rapport Alloncle propose notamment une réduction de 25 % du budget de l'audiovisuel public (soit plus d'un milliard d'euros sur quatre ans), une nomination des dirigeants par le président de la République après avis des commissions parlementaires et de l'Arcom, ainsi qu'un rattachement des médias publics au Premier ministre. Il recommande également une refonte de la programmation pour plus d'équilibre dans les débats.
Sibyle Veil juge que le rapport menace l'indépendance des médias publics en soumettant leurs dirigeants à la nomination présidentielle et en augmentant la pression budgétaire. Elle craint que cela ne transforme les médias en « instruments d'un camp », à l'image des régimes autoritaires, et dénonce une vision « datée » du secteur, ignorant les bouleversements technologiques.