Près de deux semaines après une série d’attaques jihadistes ayant visé sept localités du Mali, la junte au pouvoir à Bamako maintient une ligne dure face au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda. Selon RFI, le gouvernement malien a catégoriquement rejeté toute négociation avec les groupes armés, malgré l’aggravation d’un blocus imposé par le Jnim qui menace directement les populations civiles.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Mali subit depuis moins de deux semaines des attaques jihadistes ayant ciblé sept localités, selon RFI.
  • Le ministre malien des Affaires étrangères a réaffirmé jeudi, devant les diplomates à Bamako, l’impossibilité de tout dialogue avec le Jnim.
  • Deux associations proches de la junte ont également confirmé vendredi leur opposition à toute négociation avec les groupes armés.
  • Le blocus décrété par le Jnim aggrave une crise humanitaire déjà précaire dans les zones concernées.

Une position ferme de Bamako malgré la pression

Jeudi, lors d’une réunion avec les diplomates accrédités à Bamako, le ministre malien des Affaires étrangères a balayé d’un revers de main toute possibilité de dialogue avec le Jnim. « Il n’y aura aucune négociation avec les terroristes », a-t-il martelé, soulignant que toute concession ne ferait que renforcer la menace jihadiste. Cette position, relayée par RFI, reflète la détermination de la junte à ne pas céder à ce qu’elle considère comme des pressions indirectes.

Vendredi, deux associations proches du pouvoir ont confirmé cette ligne inflexible. Leur porte-parole a indiqué que « la sécurité nationale ne peut être sacrifiée au nom d’un quelconque compromis », alors que les appels à la modération se multiplient dans le pays et à l’international. Pourtant, la situation humanitaire se dégrade rapidement dans les zones soumises au blocus imposé par le Jnim, aggravant les difficultés d’approvisionnement en denrées de base.

Un blocus aux conséquences immédiates pour les civils

Le Jnim, qui contrôle plusieurs axes routiers stratégiques, a instauré un blocus partiel sur des zones clés du Mali, limitant drastiquement l’accès aux vivres et aux médicaments. Selon RFI, les populations locales subissent déjà les premiers effets de cette mesure, avec des pénuries de produits alimentaires et une hausse des prix qui rendent les denrées inaccessibles pour une partie de la population. Les ONG sur place alertent sur le risque de famine, surtout dans les régions les plus isolées.

Les autorités maliennes, de leur côté, minimisent l’impact du blocus, mettant en avant les « mesures de sécurité en place » pour justifier leur refus de négocier. Pourtant, les témoignages recueillis par RFI auprès de civils indiquent une situation critique, avec des familles contraintes de se déplacer pour trouver de la nourriture ou des soins. « On a plus rien dans les magasins, et les routes sont bloquées », témoigne un habitant de la région de Mopti, cité par RFI.

Un contexte sécuritaire toujours plus tendu

Les attaques ayant précédé l’instauration du blocus ont fait plusieurs dizaines de morts parmi les forces de sécurité et les civils. Selon les dernières estimations, ces violences ont déplacé plus de 10 000 personnes, ajoutant une pression supplémentaire sur un système humanitaire déjà sous-financé. La junte, arrivée au pouvoir par un coup d’État en 2020, peine à stabiliser le pays, malgré l’appui des forces étrangères comme la MINUSMA, dont le retrait progressif est en cours.

Le refus de négocier avec le Jnim s’inscrit dans une stratégie plus large de « tolérance zéro » envers les groupes armés, annoncée par les autorités depuis plusieurs mois. Pourtant, cette fermeté ne semble pas avoir enrayé la montée en puissance des groupes jihadistes, qui étendent leur influence dans le centre et le nord du pays. Les experts s’interrogent sur l’efficacité d’une approche purement militaire face à une crise qui, désormais, touche aussi bien la sécurité que l’économie.

Et maintenant ?

Si la junte maintient sa position, la situation humanitaire pourrait encore s’aggraver dans les prochaines semaines, avec un risque accru de déplacements massifs et de crises sanitaires. Les prochaines réunions des partenaires internationaux du Mali, prévues en juin, devraient aborder la question de l’aide humanitaire et de la levée partielle du blocus. Reste à voir si Bamako acceptera d’assouplir sa position, ou si la crise s’enlisera davantage.

Le gouvernement, lui, continue de miser sur une solution militaire et sur le soutien de ses alliés régionaux pour venir à bout des groupes armés. Mais pour les populations prises au piège, le temps presse.

RFI n’a pas précisé l’identité exacte des sept localités ciblées par les attaques jihadistes. Les régions de Mopti, Gao et Tombouctou sont régulièrement mentionnées comme zones de tensions, mais aucune liste officielle n’a été publiée à ce stade.