La start-up toulousaine Aura Aero, spécialisée dans l’aviation régionale, franchit une nouvelle étape dans le développement de son avion hybride-électrique ERA. L’entreprise, fondée par d’anciens cadres d’Airbus, annonce ce dimanche 9 août 2026 deux partenariats industriels majeurs : un prolongement de sa collaboration avec Safran et un accord stratégique avec Piper Industrial Manufacturing. Ces alliances visent à accélérer la mise au point et la certification de l’appareil, dont le premier vol d’essai est désormais programmé avant la fin de l’année, selon BFM Business.
Ce qu'il faut retenir
- L’ERA, un avion régional de 19 places, combine huit moteurs électriques et deux turbogénérateurs à kérosène, réduisant jusqu’à 80 % les émissions de CO₂ par rapport aux appareils thermiques de même catégorie.
- Safran fournira ses turbogénérateurs électriques TG600, essentiels au prototype, pour les essais et la certification.
- Piper Industrial Manufacturing, fabricant historique de pièces aéronautiques, renforcera les capacités de production de l’ERA, dont la certification est prévue en 2028.
- 700 précommandes (non confirmées) ont été enregistrées auprès de 16 compagnies, tandis qu’une première commande ferme a été signée avec la compagnie française Pan Européenne Air Service (PEAS).
- La production et la mise en service commerciale de l’ERA sont envisagées à l’horizon 2030.
Un avion conçu pour répondre aux enjeux du transport aérien régional
L’ERA, acronyme d’Electric Regional Aircraft, se distingue par sa configuration innovante : huit moteurs électriques répartis sur des ailes surélevées, associés à deux turbogénérateurs à kérosène compatibles avec les carburants durables (SAF). Cet appareil de 19 places, capable de parcourir jusqu’à 1 500 km, peut atterrir sur des pistes courtes ou non préparées, tout en réduisant de 80 % les émissions de CO₂ par rapport à un avion thermique équivalent. « Cet avion répond aux défis environnementaux du XXIᵉ siècle en rendant la connectivité régionale viable, tout en diminuant significativement les coûts opérationnels », explique le constructeur dans un communiqué.L’avion hybride se positionne comme une solution adaptée aux compagnies aériennes cherchant à moderniser leur flotte tout en respectant les nouvelles normes environnementales. Sa polyvalence opérationnelle, combinée à une autonomie adaptée aux trajets régionaux, en fait un candidat sérieux pour succéder aux turbopropulseurs traditionnels. Côté performances, l’ERA promet une réduction de 80 % des émissions de CO₂ et une baisse des coûts d’exploitation, deux arguments clés pour séduire les opérateurs.
Safran et Piper, deux partenaires stratégiques pour l’industrialisation
Le partenariat avec Safran Helicopter Engines s’inscrit dans la continuité de l’accord initial et porte sur le développement des turbogénérateurs électriques TG600, essentiels au fonctionnement de l’ERA. « Ce composant sera un élément clé de l’avion », souligne Cédric Goubet, président de Safran Helicopter Engines. « Le prolongement de notre collaboration avec Aura Aero marque une étape importante dans l’électrification de l’aviation régionale. » Ces turbogénérateurs, alimentés par du kérosène ou des SAF, assureront la recharge des batteries en vol, prolongeant ainsi l’autonomie de l’appareil.Côté production, Piper Industrial Manufacturing Company (PIMCO), fabricant américain de pièces aéronautiques en aluminium depuis 87 ans, rejoindra le projet pour renforcer les capacités industrielles d’Aura Aero. « La préparation industrielle est tout aussi cruciale que le développement de l’avion », explique Jérémy Caussade, président et cofondateur d’Aura Aero. « Grâce à l’expertise de PIMCO, nous franchissons une nouvelle étape vers la livraison du premier avion de ligne hybride-électrique de l’aviation commerciale. »
Un carnet de commandes déjà bien rempli, malgré des précommandes non confirmées
Aura Aero affirme avoir enregistré près de 700 précommandes émanant de 16 compagnies et opérateurs internationaux, bien que ces engagements restent à confirmer. Parmi les signataires figurent des acteurs établis du transport aérien régional, attirés par les promesses de l’ERA en matière de réduction des coûts et d’empreinte carbone. La start-up toulousaine a également signé sa première commande ferme : un exemplaire sera livré à Pan Européenne Air Service (PEAS), une compagnie privée française basée à Chambéry et Lyon.Spécialisée dans les vols d’affaires sur mesure depuis près de 50 ans, PEAS exploite actuellement cinq avions Embraer et dessert plus de 500 destinations en Europe, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. « Nous ambitionnons d’être l’une des premières compagnies au monde à exploiter un avion hybride-électrique avec des passagers payants », déclare la direction de PEAS. Cet engagement concret pourrait servir de référence pour d’autres opérateurs, ouvrant la voie à une adoption progressive du modèle hybride dans le secteur.
Un calendrier ambitieux, entre essais et certification
Grâce à ces partenariats, Aura Aero table désormais sur la réalisation des premiers essais en vol du prototype d’ici la fin de l’année 2026. Ces tests, essentiels pour valider les performances de l’appareil, seront suivis d’une phase de certification, prévue en 2028 avec le soutien technique d’Airbus. Si tout se déroule comme prévu, la production en série pourrait démarrer dès 2030, permettant une mise en service commerciale dans la foulée.Ce calendrier, bien que serré, s’inscrit dans la dynamique actuelle de l’industrie aéronautique, où les acteurs traditionnels et les start-up innovent pour décarboner le transport aérien. L’ERA, avec son approche hybride, se présente comme une alternative crédible aux avions 100 % électriques, dont l’autonomie reste limitée pour les trajets régionaux. « Nous avons livré les objectifs de notre feuille de route », a récemment rappelé la direction d’Aura Aero, soulignant la cohérence entre les avancées techniques et les attentes du marché.
L’enjeu dépasse le cadre de Toulouse ou de l’Europe. Avec des compagnies comme PEAS prêtes à s’engager, l’ERA pourrait devenir un symbole de la transition écologique dans l’aviation régionale, un secteur où la pression réglementaire et les attentes des passagers poussent à l’innovation. Pour autant, le succès de ce modèle dépendra aussi de la capacité des industriels à convaincre les investisseurs et les autorités de certification, dans un contexte où la méfiance envers les nouvelles technologies reste tenace.
Alors que l’aviation commerciale cherche à concilier croissance et réduction de son empreinte carbone, l’ERA incarne une piste sérieuse – mais pas la seule. Entre les avions à hydrogène, les carburants durables et les projets 100 % électriques, le secteur devra faire des choix technologiques et économiques complexes. Une chose est certaine : la course à l’avion propre est bel et bien lancée, et Aura Aero en est désormais un acteur incontournable.
Les avions 100 % électriques sont limités par la densité énergétique des batteries, qui réduit leur autonomie à quelques centaines de kilomètres. L’hybride, en combinant moteurs électriques et turbogénérateurs à kérosène ou SAF, permet d’étendre la portée jusqu’à 1 500 km tout en réduisant significativement les émissions. Cette solution offre un compromis entre performance, autonomie et respect de l’environnement, adapté aux besoins des compagnies régionales.