Face à la crise persistante des médias traditionnels, l’Australie s’apprête à franchir une nouvelle étape dans sa lutte pour une rémunération équitable de l’information produite par ses éditeurs. Selon RFI, le gouvernement australien envisage une réforme législative visant à obliger les plateformes numériques comme Google, Meta, TikTok et d’autres à contribuer financièrement au secteur de la presse. Une initiative qui relance un débat plus large : à l’ère des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle, qui doit prendre en charge le financement de l’information ?
Ce qu'il faut retenir
- Le gouvernement australien prépare une réforme pour obliger Google, Meta et TikTok à rémunérer les médias locaux.
- Cette mesure s’inscrit dans un contexte de déclin des modèles économiques traditionnels de la presse.
- L’Australie rejoint ainsi d’autres pays ayant adopté des législations similaires, comme le Canada ou l’Union européenne.
- Le texte devrait être soumis au Parlement d’ici la fin de l’année 2026.
Un secteur en crise face à la domination des géants du numérique
Depuis plusieurs années, les médias australiens subissent de plein fouet la concurrence des plateformes numériques, qui captent une part croissante des recettes publicitaires au détriment des éditeurs traditionnels. Selon les données du gouvernement, les revenus publicitaires des médias locaux ont chuté de près de 30 % en cinq ans, alors que les géants du web enregistrent des profits records. « Les algorithmes des plateformes redistribuent l’attention des lecteurs, mais pas les revenus », a souligné un porte-parole de l’Association des éditeurs de presse australiens, cité par RFI.
Face à cette situation, Canberra a déjà tenté, en 2021, d’imposer un cadre légal pour une rémunération équitable des médias. Le News Media and Digital Platforms Mandatory Bargaining Code, adopté sous la pression de l’autorité australienne de la concurrence, avait alors forcé Google et Facebook (devenu Meta) à négocier des accords de licence avec les éditeurs. Ces négociations avaient abouti à des accords estimés à plus de 200 millions de dollars australiens (environ 130 millions d’euros) pour les médias locaux.
Une réforme étendue à TikTok et aux nouveaux acteurs
La nouvelle proposition du gouvernement australien va plus loin. Elle vise à intégrer explicitement les plateformes émergentes comme TikTok, mais aussi les moteurs de recherche ou les agrégateurs d’actualités utilisant l’intelligence artificielle. Le texte, actuellement en consultation, pourrait être adopté d’ici la fin de l’année 2026. Son objectif ? Créer un mécanisme contraignant de partage des revenus publicitaires, inspiré du modèle canadien récemment mis en place.
« Nous ne pouvons plus accepter que des milliards de dollars de revenus publicitaires échappent aux médias locaux pour alimenter les profits des géants technologiques », a déclaré le ministre australien des Communications, Paul Fletcher, lors d’une conférence de presse. « Cette réforme garantira que les créateurs de contenu, qu’ils soient traditionnels ou innovants, soient justement rémunérés pour leur travail. »
Un modèle qui fait des émules à l’international
L’Australie n’est pas isolée dans sa démarche. Depuis 2021, le Canada a adopté une loi similaire, bien que son application ait été retardée par des recours juridiques. En Europe, le Digital Markets Act (DMA) impose désormais aux plateformes comme Google de négocier de bonne foi avec les éditeurs pour l’utilisation de leurs contenus. Aux États-Unis, plusieurs États envisagent des législations comparables, malgré l’opposition farouche des géants du numérique.
Pourtant, cette approche suscite des interrogations. Certains économistes craignent que ces mesures n’aboutissent à une hausse des coûts pour les annonceurs ou à une restriction de l’accès aux contenus pour les utilisateurs. D’autres soulignent le risque de voir les plateformes réduire leur exposition aux médias locaux, comme l’a fait Meta en 2021 en bloquant l’accès aux actualités pour les utilisateurs australiens pendant quelques jours.
En attendant, le débat sur la responsabilité des plateformes dans le financement de l’information reste entier. Faut-il aller vers une fiscalité spécifique, comme le propose certains économistes ? Ou privilégier des mécanismes de partage des revenus, comme en Australie ou au Canada ? Une question qui, à l’évidence, ne trouvera pas de réponse unique.
Tous les médias traditionnels australiens, qu’ils soient nationaux ou locaux, privés ou publics, pourraient être concernés par cette réforme. Cela inclut les grands groupes comme News Corp Australia ou Nine Entertainment, mais aussi les petits éditeurs indépendants. Les accords de licence négociés avec les plateformes devraient couvrir l’ensemble de ces acteurs.