Le débat sur l’autonomie de la Corse prend un nouveau tournant aujourd’hui à l’Assemblée nationale. Un projet de loi constitutionnelle, qui vise à élargir les compétences de l’île, est examiné en commission dès aujourd’hui, avant une discussion en séance plénière. Selon Franceinfo - Politique, Gilles Simeoni, maire de Bastia et figure historique du mouvement autonomiste, a averti que le rejet du texte par le Parlement constituerait « une forme de déni de l’expression démocratique corse ».

Ce qu'il faut retenir

  • Un projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie de la Corse est débattu à partir d’aujourd’hui à l’Assemblée nationale, selon Franceinfo - Politique.
  • Gilles Simeoni, maire de Bastia, qualifie un éventuel rejet du texte de « déni de l’expression démocratique corse » et promet que la lutte se poursuivra « dans le respect des règles démocratiques ».
  • Le texte propose d’instaurer un pouvoir législatif local encadré, distinct de la simple décentralisation, mais excluant les compétences régaliennes (police, gendarmerie, justice).
  • Depuis dix ans, 70 % des Corses se prononcent en faveur de cette autonomie lors des élections territoriales, selon Gilles Simeoni.
  • Parmi les domaines concernés figurent les transports, le développement économique, le statut de la langue corse et la lutte contre la spéculation foncière.

Un texte historique pour une aspiration de longue date

Pour la première fois, un projet de réforme constitutionnelle accorde à la Corse une autonomie inédite, incluant la possibilité de légiférer localement sur des sujets précis. Gilles Simeoni, qui fut longtemps président du conseil exécutif de Corse, se dit « très confiant » dans l’aboutissement du texte. « Nous avons beaucoup d’espoir en une réponse favorable du Parlement à cette aspiration démocratique », a-t-il déclaré ce matin sur France Inter. Pour lui, la légitimité de cette réforme repose sur une donnée incontestable : depuis une décennie, les élections territoriales en Corse ont systématiquement donné une majorité de 70 % en faveur de l’autonomie.

Autant dire que ce projet n’est pas une initiative isolée, mais le fruit d’une volonté populaire exprimée à plusieurs reprises. Gilles Simeoni insiste d’ailleurs sur le caractère démocratique de cette démarche : « Prendre en compte cette aspiration est un enjeu démocratique puissant. » Il rappelle que la Corse n’en est pas à son coup d’essai : les réformes décentralisatrices se sont multipliées depuis vingt ans, sans pour autant endiguer la spéculation foncière, bien au contraire. « La situation est devenue intenable », estime-t-il.

Une autonomie encadrée, loin d’un État dans l’État

Le projet porté par l’exécutif corse et soutenu par une partie de la majorité présidentielle ne vise pas à créer une entité séparée. Comme le précise Gilles Simeoni, l’autonomie envisagée doit permettre à la Corse de « prendre des normes mieux adaptées à sa réalité », mais toujours « conformes à l’ordre constitutionnel français ». Concrètement, le pouvoir législatif local serait limité à des domaines comme les transports, l’aménagement du territoire ou le statut de la langue corse. « L’autonomie, ce n’est pas la décentralisation », souligne-t-il. « Il s’agit d’un pouvoir législatif, sur habilitation du Parlement, encadré et contrôlé. »

Les compétences régaliennes – justice, police, gendarmerie, défense nationale – resteront de la compétence exclusive de l’État. « Le régalien ne sera pas touché », précise Gilles Simeoni. Cette limite est essentielle pour rassurer les opposants au texte, qui craignent une dérive vers un séparatisme rampant. Pour les partisans de la réforme, elle garantit au contraire que la Corse reste pleinement intégrée à la République, tout en bénéficiant d’une autonomie de gestion accrue.

La lutte contre la spéculation foncière, priorité absolue

Parmi les arguments avancés en faveur de ce projet, la lutte contre la spéculation immobilière occupe une place centrale. Gilles Simeoni dénonce un « modèle économique qui génère une bulle financière » et alimente des « intérêts, notamment mafieux ». Pour lui, l’autonomie doit permettre à la Corse de reprendre le contrôle de son foncier, aussi bien agricole que résidentiel. « Les habitants ne peuvent plus accéder à des logements ou au foncier agricole », explique-t-il. « Ce texte doit nous aider à rompre avec ce système qui asphyxie l’île. »

Cette dimension économique et sociale du projet de loi n’est pas anecdotique. Elle répond à une préoccupation majeure des Corses, pour qui l’accès au logement est devenu un enjeu de survie. Les prix de l’immobilier ont explosé ces dernières années, poussant de nombreux jeunes à quitter l’île faute de pouvoir s’y installer. Pour Gilles Simeoni, l’autonomie est aussi un outil pour « corriger les dysfonctionnements d’un système qui a montré ses limites ».

Un combat de longue haleine, même en cas de rejet

Si Gilles Simeoni affiche sa confiance, il n’envisage pas pour autant de renoncer en cas d’échec parlementaire. « En aucun cas, nous ne renoncerions, nous continuerons à nous battre, bien sûr dans le respect des règles démocratiques », a-t-il martelé. Pour lui, un rejet du texte serait « un rendez-vous manqué » et « une forme de déni de l’expression démocratique corse ». Autant dire que la bataille ne s’arrêterait pas là.

Cette fermeté s’explique par l’historique du dossier. Les revendications autonomistes en Corse remontent à plusieurs décennies, et les tentatives pour y répondre ont souvent avorté. Gilles Simeoni rappelle d’ailleurs que les réformes décentralisatrices se sont succédé depuis vingt ans, sans jamais résoudre les problèmes structurels de l’île. « Ça dure depuis trop longtemps », résume-t-il, sans pour autant tomber dans le fatalisme. « Nous avons toujours su nous adapter et nous battre pour nos idées. »

Et maintenant ?

Le texte sera examiné aujourd’hui en commission à l’Assemblée nationale, avant une discussion en séance plénière dans les prochaines semaines. Son adoption nécessitera une majorité qualifiée, ce qui rend son avenir incertain. Si le projet est rejeté, Gilles Simeoni a d’ores et déjà prévenu : le combat pour l’autonomie continuera. Les prochaines élections territoriales, prévues en 2028, pourraient alors donner un nouveau souffle à cette revendication. En attendant, la Corse reste suspendue au verdict des députés.

Dans un contexte politique national tendu, ce dossier pourrait aussi servir de test pour la majorité présidentielle, qui doit composer avec des divisions internes sur la question. Pour les Corses, l’enjeu est de taille : il s’agit ni plus ni moins de leur capacité à façonner leur avenir, dans le cadre de la République.

Selon Gilles Simeoni, la Corse pourrait légiférer en priorité sur des sujets comme les transports régionaux, l’aménagement du territoire, le statut de la langue corse ou encore la gestion des espaces naturels. Ces lois devraient rester dans le cadre constitutionnel français et ne pas empiéter sur les compétences régaliennes (police, justice, défense).

La spéculation immobilière a explosé en Corse ces dernières années, rendant l’accès au logement et au foncier agricole quasi impossible pour les locaux. Gilles Simeoni y voit un « modèle économique qui génère une bulle financière » et alimente des « intérêts mafieux ». L’autonomie permettrait, selon lui, de reprendre le contrôle de ces enjeux économiques cruciaux pour l’île.