Une politique migratoire agressive déployée sous l’administration Trump fragilise directement les luttes écologistes dans les territoires les plus exposés aux pollutions industrielles. À Minneapolis, épicentre des raids de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), les mobilisations locales se retrouvent désorganisées, comme le rapporte Reporterre.
Ce qu'il faut retenir
- À Minneapolis et Saint Paul (Minnesota), les raids de l’ICE ont ciblé des militants écologistes et des communautés autochtones, comme Little Earth.
- Ces opérations, renforcées depuis 2025, visent à intimider les populations et à freiner les mobilisations contre la pollution industrielle.
- Les peuples autochtones, déjà victimes de persécutions historiques, subissent une nouvelle pression politique et policière.
- Les luttes écologistes locales, comme celles contre les projets pétroliers, peinent à s’organiser en raison de cette répression ciblée.
Minneapolis, cible d’une répression ciblée contre les militants écologistes
Dans la région de Minneapolis, les raids menés par l’ICE se multiplient depuis le début de l’année 2025. Selon des témoignages recueillis par Reporterre, ces opérations visent principalement les militants engagés dans des combats contre la pollution industrielle. Little Earth, un quartier historique de la ville, est particulièrement touché. Ce secteur, majoritairement habité par des peuples autochtones, est déjà en première ligne face aux risques sanitaires liés aux industries locales.
Les façades des immeubles, aux tons ocre et bistre, contrastent avec le climat de tension qui règne désormais dans ce quartier. « On a l’impression que chaque descente de police nous rappelle que nous ne sommes plus en sécurité, ni chez nous ni dans nos luttes », a déclaré une militante locale, qui souhaite garder l’anonymat. Les autorités fédérales justifient ces opérations par la nécessité de « maintenir l’ordre », mais les associations dénoncent une instrumentalisation de la police de l’immigration pour étouffer toute contestation.
Les peuples autochtones en première ligne d’une double oppression
Les communautés autochtones du Minnesota, déjà marquées par l’histoire coloniale des États-Unis, subissent aujourd’hui une nouvelle forme de persécution. Depuis la fin du XIXe siècle, ces peuples ont été déplacés, spoliés et marginalisés. Aujourd’hui, leur combat pour la justice environnementale se heurte à une répression policière accrue. À Little Earth, des familles rapportent avoir été ciblées lors de descentes de l’ICE, alors qu’elles militaient contre l’implantation d’une nouvelle usine polluante à proximité.
« On nous accuse de troubler l’ordre public alors que nous défendons simplement notre droit à respirer un air sain », a expliqué un représentant de la communauté. Les associations locales, comme Honor the Earth, soulignent que ces raids visent à décourager toute mobilisation contre les industries extractives. Le lien entre politique migratoire et répression écologique n’est pas anodin : il s’agit, selon plusieurs observateurs, d’une stratégie délibérée pour affaiblir les mouvements sociaux les plus combatifs.
Une stratégie écofasciste dénoncée par les militants
Le terme « écofasciste » circule de plus en plus pour décrire cette alliance entre répression migratoire et blocage des luttes écologistes. Des chercheurs en sciences politiques, comme ceux de l’Université du Minnesota, y voient une tentative de l’administration Trump de criminaliser toute opposition aux projets industriels. « Ce n’est pas un hasard si les quartiers les plus pollués sont aussi ceux où l’on trouve le plus de militants écologistes », a précisé un universitaire sous couvert d’anonymat.
Les données récoltées par Reporterre montrent une corrélation entre le nombre de raids de l’ICE et la baisse des mobilisations dans les zones concernées. Entre 2024 et 2025, les rassemblements contre les oléoducs ont chuté de 30 % dans le Minnesota, selon les estimations des organisateurs. Les militants évoquent un climat de peur généralisé, où même les simples réunions de quartier deviennent risquées.
Les réactions des autorités et des associations
Interrogé par Reporterre, le porte-parole de l’ICE a rejeté toute accusation de ciblage politique, affirmant que les opérations menées visaient « uniquement des individus en situation irrégulière ». Du côté des associations, la colère est palpable. « On nous demande de choisir entre notre survie et notre droit à protester, mais nous ne plierons pas », a lancé une porte-parole de MN350, un réseau local de lutte contre le changement climatique.
La question reste entière : jusqu’où l’administration Trump ira-t-elle dans cette stratégie de répression ? Pour l’heure, les quartiers populaires de Minneapolis et Saint Paul continuent de subir les conséquences d’une politique où écologie et droits humains sont sacrifiés au nom de l’ordre et de l’industrie.
L’ICE (Immigration and Customs Enforcement) est l’agence fédérale américaine chargée de l’application des lois sur l’immigration. Selon Reporterre, elle est utilisée par l’administration Trump pour intimider les militants écologistes, notamment dans les quartiers les plus exposés à la pollution industrielle, comme Little Earth à Minneapolis.
Plusieurs recours ont été déposés contre les descentes de l’ICE, avec une audience clé prévue devant la Cour d’appel du huitième circuit d’ici juin 2026. Cette décision pourrait déterminer si ces opérations sont légales ou non.
