Des jeunes Maldiviens ont organisé une action spectaculaire en kayak pour protester contre le remblaiement de zones humides de mangroves, protégées au titre de réserve de biosphère par l’UNESCO. Selon Euronews FR, le groupe a notamment apposé des inscriptions à la bombe de peinture, dont le terme « ECOCIDE », sur une parcelle remblayée, dénonçant ainsi la destruction d’écosystèmes déjà fragilisés par les effets du changement climatique.
Ce qu'il faut retenir
- Un État insulaire particulièrement vulnérable : les Maldives pourraient devenir inhabitables à environ 80 % d’ici 2076 en raison de la hausse du niveau de la mer, selon les projections d’experts.
- Une jeunesse engagée : trois groupes locaux – Project ThimaaVeshi, Ripple et Barnacles – mènent des actions concrètes contre la pollution plastique, la sururbanisation et la dégradation des récifs coralliens.
- Des actions symboliques et concrètes : nettoyages de plages, retrait de déchets plastiques, sensibilisation via les réseaux sociaux, et mobilisations comme cette descente en kayak pour alerter sur les travaux de remblaiement illégaux.
- Une opposition aux discours gouvernementaux : certains responsables, dont l’ancien ministre du Changement climatique, ont critiqué ces jeunes, les accusant de naïveté face aux enjeux de développement.
- Une transmission intergénérationnelle : ces militants veulent éduquer les plus jeunes à leurs droits environnementaux et former une nouvelle génération de « gardiens » des îles.
Des militants face à l’urgence climatique et à l’indifférence
Les Maldives, archipel de l’océan Indien situé au sud de l’Inde et du Sri Lanka, incarnent comme peu d’autres pays la menace existentielle posée par le réchauffement climatique. Avec un relief qui culmine à peine à deux mètres au-dessus du niveau de la mer, l’État insulaire est en première ligne face à la montée des eaux. Selon les estimations relayées par Euronews FR, jusqu’à 80 % de son territoire pourrait devenir inhabitable d’ici à 2076, un scénario qui pousse une partie de la jeunesse à refuser toute fatalité. C’est dans ce contexte que trois collectifs de jeunes militants ont émergé ces dernières années pour défendre les écosystèmes locaux, malgré les obstacles politiques et les critiques venues des plus hautes sphères de l’État.
Project ThimaaVeshi, Ripple et Barnacles : des collectifs aux actions complémentaires
Parmi les groupes les plus actifs, Project ThimaaVeshi – dont le nom signifie « soi et son environnement » – se distingue par ses actions ciblées contre la destruction des mangroves et des récifs coralliens. Fondé par Yameen Maumoon, 21 ans, et Mishal Mushahid, le mouvement est né de leur engagement initial comme représentants étudiants au conseil municipal d’Addu City, dans le sud de l’archipel. Leur combat a pris une nouvelle dimension après leur sortie du lycée, passant du statut de groupe informel à celui d’organisation à but non lucratif enregistrée. Leur action la plus récente, la descente en kayak, visait à attirer l’attention sur le remblaiement de zones humides protégées dans une réserve de biosphère de l’UNESCO.
À Malé, la capitale, et dans la ville artificielle voisine de Hulhumalé, c’est le groupe Ripple qui anime la mobilisation. Mariyam Maasha Waheed, cofondatrice du mouvement, raconte comment l’idée est née lors d’une partie de jeu vidéo : « Un jour, en jouant à Minecraft, on plaisantait en disant qu’on devrait se mettre à faire des vidéos TikTok et à organiser des nettoyages. » Ces opérations, initialement informelles, ont pris de l’ampleur grâce à la viralité de leurs publications, au point d’organiser désormais des nettoyages hebdomadaires et de recycler le plastique collecté. Leur objectif ? Rendre l’action environnementale plus accessible et conviviale pour leurs pairs.
Enfin, Barnacles, le plus récent des trois groupes, se concentre sur l’éducation au climat et le leadership des jeunes. Yania Hussain Ishan, l’une de ses cofondatrices, explique que son engagement est né d’un exposé scolaire sur la protection de la nature. Comme elle le souligne, le discours omniprésent sur l’urgence climatique a trop souvent donné à sa génération le sentiment d’être dépassée. Pourtant, ces jeunes refusent de baisser les bras et misent sur la transmission des savoirs pour préparer l’avenir.
Des critiques venues des plus hautes sphères de l’État
Malgré leur détermination, les militants se heurtent à des résistances, y compris au sein des institutions. En 2025, le ministre maldivien du Changement climatique, Ali Shareef, avait publiquement remis en cause la légitimité de la jeunesse à prendre part aux décisions, déclarant lors d’un forum public : « Les jeunes ont trop d’émotions et on ne peut pas leur faire confiance pour prendre des décisions. » Une déclaration qui a heurté les collectifs, d’autant que le gouvernement justifie parfois les projets de remblaiement ou de sururbanisation par la nécessité de « sacrifices au nom du développement ». Pour les militants, cette rhétorique ignore l’urgence à protéger les écosystèmes, alors que les effets du changement climatique se font déjà sentir sur l’archipel.
Ces critiques ne les ont pas dissuadés. « Nous savons que nous ne pouvons pas, à nous seuls, résoudre les problèmes des Maldives, a expliqué Yania Hussain Ishan à Euronews FR. Mais attendre que les grandes questions soient réglées n’est pas une option. Nous voulons former une génération qui comprend ses droits et transmet cette responsabilité aux suivantes. » Une posture qui s’appuie sur une conviction forte : leur combat n’est pas seulement écologique, mais aussi identitaire. « Nous décidons du type d’ancêtres que nous serons, a-t-elle ajouté. Nous défendons notre foyer, notre patrimoine et le droit de chaque enfant maldivien qui n’est pas encore né de se tenir sur ces rivages, de regarder la mer et de ressentir le même émerveillement qui nous définit. »
Une mobilisation qui dépasse les clivages générationnels
Les actions menées par ces collectifs illustrent une prise de conscience générationnelle face aux défis environnementaux. Contrairement aux générations précédentes, pour qui le changement climatique pouvait sembler une menace lointaine, ces jeunes Maldiviens vivent au quotidien les conséquences de la hausse des températures, de la pollution plastique et de la dégradation des récifs. Leur engagement s’inscrit dans une dynamique plus large, où se mêlent militantisme local et utilisation des réseaux sociaux pour amplifier leur message. Les vidéos partagées sur TikTok par Ripple ou les campagnes de nettoyage organisées par Project ThimaaVeshi montrent une volonté de rendre visibles des enjeux souvent ignorés par les décideurs politiques.
Pourtant, malgré leur énergie, les défis restent immenses. Les projets de remblaiement, souvent portés par des intérêts économiques ou touristiques, continuent de menacer les zones humides et les mangroves. Les déchets plastiques, issus pour partie du tourisme de masse, étouffent les rues, les lieux de baignade et les récifs coralliens. Face à ces réalités, les militants rappellent que leur action s’inscrit dans une urgence : protéger ce qui peut encore l’être, avant que les Maldives ne deviennent, pour une large part, inhabitables.
Cette mobilisation rappelle que face à l’urgence climatique, l’inaction n’est plus une option. Aux Maldives comme ailleurs, les jeunes montrent que l’engagement concret, même modeste, peut devenir un levier de changement. Reste à savoir si les générations précédentes sauront écouter leurs avertissements.
Les mangroves jouent un rôle crucial dans la protection des côtes contre l’érosion, servent de nurseries pour les poissons et stockent d’importantes quantités de carbone. Leur destruction aggrave les effets de la montée des eaux et menace la biodiversité, déjà fragilisée par le réchauffement climatique.