Une exposition majeure de la 57ᵉ édition des Rencontres de la photographie d’Arles explore, à travers plus de 600 images, la manière dont les animaux ont été capturés par l’objectif depuis l’invention du médium. Intitulée « Modèle animal », cette manifestation curatée par la Suissesse Nathalie Herschdorfer retrace deux siècles de photographie animalière, des premiers zoos du XIXᵉ siècle aux clichés viraux des réseaux sociaux. D’après nos confrères du Temps, l’exposition, également publiée sous forme d’essai, est d’abord présentée aux Rencontres d’Arles avant de rejoindre Photo Élysée à Lausanne en fin d’année.

Ce qu’il faut retenir

  • L’exposition « Modèle animal » rassemble 600 images sélectionnées parmi 10 000 œuvres issues de deux siècles de photographie animalière.
  • Elle met en lumière des figures majeures comme Helmut Newton, Andreas Gursky, Vincent Munier ou Eadweard Muybridge, ainsi que des talents émergents comme la Fribourgeoise Laurence Kubski.
  • L’historienne de la photographie et commissaire Nathalie Herschdorfer y analyse l’évolution des rapports entre humains et animaux, des premières études scientifiques aux images contemporaines.

L’exposition s’articule autour d’un constat simple : les animaux, qu’ils soient sauvages, domestiques ou exotiques, ont toujours été un sujet central de la photographie. Dès ses débuts, le médium a servi à documenter la faune, mais aussi à refléter les fantasmes, les peurs ou les projections humaines. Nathalie Herschdorfer, directrice du musée Photo Élysée à Lausanne et spécialiste de l’histoire de la photographie, explique que cette exposition interroge la hiérarchie implicite qui s’est installée entre l’homme et l’animal à travers le temps.

Des zoos du XIXᵉ siècle aux chats Instagram : une histoire en trois actes

La première partie de l’exposition plonge le visiteur dans l’ère victorienne, où les zoos deviennent des lieux de divertissement et de savoir. Les photographies de l’époque, souvent posées et statiques, reflètent une vision à la fois scientifique et exotique des animaux. « Les images de cette période montrent une volonté de maîtriser la nature, de la capturer pour la comprendre », souligne Herschdorfer. Parmi les pionniers cités figure Eadweard Muybridge, dont les travaux sur le mouvement animal au XIXᵉ siècle ont marqué l’histoire de la photographie scientifique.

La seconde partie aborde la photographie animalière comme un art à part entière. Des artistes comme Helmut Newton, connu pour ses portraits audacieux, ou Andreas Gursky, célèbre pour ses compositions grandioses, y sont représentés. Mais l’exposition met aussi en avant des photographes spécialisés dans la faune, comme Vincent Munier, dont les clichés des paysages enneigés du Grand Nord ont fait le tour du monde. « Ces artistes ne se contentent pas de montrer des animaux, ils racontent des histoires, des écosystèmes, des émotions », précise la commissaire.

Enfin, la troisième partie de l’exposition s’intéresse à la révolution numérique. Elle commence par un rappel historique : la première image publiée sur Instagram, en 2010, était celle d’un chien, et la première vidéo de YouTube, en 2005, montrait l’un des cofondateurs du site devant des éléphants au zoo de San Diego — une séquence qui cumule aujourd’hui 404 millions de vues. « Ces exemples illustrent comment les animaux sont devenus des icônes des réseaux sociaux, souvent réduits à des images mignonnes ou humoristiques », analyse Herschdorfer. Des photographes comme Walter Chandoha, qui a passé sa vie à capturer des chats, ou les jeunes talents contemporains, y sont présentés comme les héritiers d’une tradition désormais mondialisée.

Une sélection éclectique et une réflexion sur l’anthropocentrisme

Avec plus de 10 000 images consultées, la sélection finale de 600 œuvres offre un panorama varié, mêlant documents historiques et créations contemporaines. Parmi les pièces les plus marquantes figurent des daguerréotypes du XIXᵉ siècle, des clichés en noir et blanc des années 1950, et des installations numériques récentes. « L’idée était de montrer comment la photographie a évolué, mais aussi comment notre regard sur les animaux a changé », explique la curatrice.

L’exposition ne se contente pas de présenter des images : elle propose une réflexion sur la place des animaux dans notre société. « On observe une forme d’anthropocentrisme dans la photographie animalière, où l’animal est souvent un prétexte pour parler de l’homme », note Herschdorfer. Les clichés de chats endormis sur des canapés, par exemple, en disent long sur nos rapports de domination et de tendresse. « Autant dire que la photographie a toujours été un miroir de nos propres contradictions », ajoute-t-elle.

« Les animaux dans la photographie ne sont jamais neutres. Ils portent en eux nos fantasmes, nos peurs, nos désirs. » — Nathalie Herschdorfer

Une exposition à double visage : Arles puis Lausanne

Présentée en avant-première aux Rencontres de la photographie d’Arles, l’exposition « Modèle animal » voyagera ensuite à Photo Élysée, le musée lausannois dont Herschdorfer est la directrice. Cette délocalisation n’est pas anodine : Lausanne, ville suisse marquée par une longue tradition photographique, est un lieu idéal pour interroger notre rapport aux images. « Photo Élysée a vocation à être un espace de dialogue entre l’histoire et la création contemporaine », rappelle la commissaire.

L’exposition s’inscrit dans une programmation plus large des Rencontres d’Arles 2026, qui met cette année l’accent sur les questions écologiques et animales. D’autres événements, comme des projections ou des débats, accompagneront la présentation de « Modèle animal », offrant aux visiteurs une immersion totale dans le sujet.

Et maintenant ?

Après Arles, l’exposition « Modèle animal » sera visible à Photo Élysée à Lausanne à partir du 15 novembre 2026. Une publication, reprenant l’essai de Nathalie Herschdorfer, accompagnera l’événement et devrait alimenter les débats sur la représentation des animaux dans l’art et les médias. Les Rencontres d’Arles, quant à elles, continuent jusqu’au 4 octobre 2026 avec une programmation riche, incluant des rencontres avec des photographes et des projections inédites.

En révélant les liens complexes entre l’homme et l’animal à travers le prisme de la photographie, cette exposition invite à une prise de conscience : notre regard sur les bêtes en dit long sur qui nous sommes. Une réflexion d’autant plus nécessaire à l’heure où les questions écologiques et éthiques occupent une place centrale dans le débat public.

L’exposition présente des œuvres de Vincent Munier, connu pour ses photographies de la faune arctique, ainsi que de Laurence Kubski, photographe fribourgeoise émergente. Des artistes internationaux comme Andreas Gursky et Helmut Newton y sont également représentés.

Ces exemples illustrent l’importance croissante des animaux dans l’imaginaire numérique. La première photo d’Instagram (2010) montrait un chien, et la première vidéo de YouTube (2005) mettait en scène des éléphants au zoo de San Diego, reflétant ainsi la place centrale des animaux dans les réseaux sociaux et la culture internet.