Lors d’une audition devant la commission sénatoriale des Affaires étrangères et de la Défense le 9 avril 2026, le chef d’état-major des armées (CEMA), le général Fabien Mandon, a tiré la sonnette d’alarme sur l’état de l’aviation de chasse française. Selon Capital, il a pointé du doigt un retard structurel dans la modernisation des moyens aériens, mettant en garde contre un risque de déclassement opérationnel d’ici 2031 ou 2032. Une déclaration qui intervient alors que le ministère des Armées finalise la révision de la Loi de programmation militaire (LPM), présentée par la ministre Catherine Vautrin, et que les tensions géopolitiques accentuent les exigences de dissuasion nucléaire et d’interopérabilité.

Ce qu'il faut retenir

  • Le général Fabien Mandon a jugé que « le format de notre aviation de chasse n’est pas au bon niveau » lors d’une audition au Sénat le 9 avril 2026.
  • La priorité est donnée au développement du Rafale F5, capable de se connecter à des drones via des liaisons souveraines et d’emporter des missiles de nouvelle génération.
  • Le CEMA a plaidé pour la création rapide d’un escadron de drones de 3 000 km de portée, capables d’emporter 200 à 400 kg d’explosifs, malgré des pertes probables.
  • La question du format global de l’aviation de chasse reste entière, alors que le grand rendez-vous technologique de 2035 approche.

Un constat sévère sur l’état actuel des moyens aériens

Le général Mandon n’a pas mâché ses mots lors de son intervention. « Nous ne sommes pas au bon niveau », a-t-il lancé, avant d’ajouter que le ministère s’était enfin attelé au problème, mais sous la pression des impératifs stratégiques. Parmi eux, la dissuasion nucléaire, le sommet technologique de 2035 et le développement d’un nouvel avion de combat adapté à des missiles spécifiques. Le chef d’état-major s’est interrogé sur la nécessité de fournir dès 2031 ou 2032 des appareils de combat performants, mais risquant un déclassement rapide face aux évolutions technologiques.

Autant dire que la fenêtre d’action se réduit. Le général a souligné que les différences entre les versions du Rafale — comme les F4 et F5 — sont majeures dès lors qu’on évoque la connectivité numérique, l’intégration de drones ou la capacité à traiter des données en temps réel. Un écart qui, selon lui, compromet la cohérence globale de la flotte.

Le Rafale F5 au cœur du dispositif, mais avec des limites

Le Rafale F5 constitue la priorité industrielle et opérationnelle du moment. Comme l’a expliqué le général Mandon à la commission sénatoriale, cette version « pourra se connecter à des drones avec des liaisons de données souveraines et des missiles d’une gamme totalement nouvelle ». Une avancée majeure, mais qui ne résout pas, à elle seule, les défis structurels de l’armée de l’Air et de l’Espace. La question du nombre d’appareils disponibles et de leur adéquation avec les besoins futurs reste entière, notamment face à des adversaires comme la Russie, dont les capacités aériennes et de frappe à longue distance ne cessent de progresser.

Le CEMA a rappelé que la France doit concilier modernisation, volume et souveraineté technologique. Or, les délais de production, les coûts et les contraintes industrielles rendent cette équation complexe. Le Rafale F5, bien que performant, ne suffira pas à combler tous les écarts, surtout si les livraisons s’échelonnent au-delà de 2030.

Les drones, une solution complémentaire selon le général Mandon

Face à ce constat, le général Mandon a défendu une approche innovante : le développement massif de drones de combat. « Je crois beaucoup dans la capacité des drones », a-t-il déclaré. Il a proposé la création rapide d’un escadron de drones capables de voler sur 3 000 kilomètres et d’emporter une charge explosive de 200 à 400 kg. Selon lui, cette solution offrirait une capacité de bombardement « fantastique », malgré des pertes inévitables parmi les appareils.

Cette vision s’inscrit dans une logique de complémentarité. Les drones pourraient jouer un rôle clé dans des missions de frappe à longue distance ou de saturation des défenses ennemies, là où les avions de combat pilotés restent vulnérables. Le CEMA a cependant reconnu que cette stratégie impliquerait des ajustements dans la doctrine d’emploi et la gestion des ressources humaines.

L’ombre de la dissuasion nucléaire et des échéances stratégiques

Le général Mandon a replacé ses propos dans un cadre plus large, celui de la dissuasion nucléaire française et du rendez-vous technologique de 2035. Ces deux éléments imposent une modernisation accélérée des moyens aériens, sous peine de voir la France perdre son rang face à des concurrents comme les États-Unis, la Russie ou la Chine. La LPM, en cours de finalisation, doit donc répondre à un double impératif : maintenir une flotte opérationnelle crédible tout en préparant les ruptures technologiques de demain.

Le CEMA a rappelé que le ministère a enfin pris la mesure du problème, après des années de reports et de budgets jugés insuffisants. Pourtant, la question du format global de l’aviation de chasse — c’est-à-dire le nombre d’appareils nécessaires pour répondre aux besoins opérationnels — n’a toujours pas trouvé de réponse définitive. Une incertitude qui pèse sur les choix d’investissement et les priorités industrielles.

Et maintenant ?

La balle est désormais dans le camp des décideurs politiques et industriels. La LPM révisée, attendue pour la fin 2026, devra trancher entre plusieurs options : accélérer la production du Rafale F5, investir massivement dans les drones, ou encore relancer des programmes hybrides combinant les deux approches. Une chose est sûre : les choix actuels détermineront la capacité de la France à tenir ses engagements d’ici 2035, alors que les tensions internationales ne cessent de s’aggraver. Le général Mandon a laissé entendre que des arbitrages difficiles seront nécessaires, notamment sur le nombre d’appareils à déployer.

Une chose est certaine : le statu quo n’est plus une option. Que ce soit par le biais de drones ou d’avions de combat pilotés, l’armée de l’Air et de l’Espace devra se doter de moyens adaptés à un environnement stratégique de plus en plus exigeant.

Le général Fabien Mandon a estimé lors de son audition que le format actuel de l’aviation de chasse ne permet pas de répondre aux exigences de la dissuasion nucléaire, de l’interopérabilité avec les drones et des évolutions technologiques prévues pour 2035. Il a notamment pointé les écarts entre les versions du Rafale (F4 et F5) en termes de connectivité et de capacité opérationnelle.