Quatre acteurs majeurs du secteur énergétique viennent de signer un accord historique pour sécuriser l’exportation du gaz en provenance du champ offshore d’Absheron, en mer Caspienne, vers l’Europe via le corridor gazier Sud. Selon Euronews FR, la compagnie nationale azerbaïdjanaise SOCAR, le géant français TotalEnergies, XRG — filiale d’investissement d’ADNOC (Abu Dhabi National Oil Company) — et l’opérateur turc BOTAŞ ont finalisé un protocole engageant la livraison de volumes gaziers à partir de 2029.

Ce qu'il faut retenir

  • Un accord quadripartite signé entre SOCAR, TotalEnergies, XRG et BOTAŞ pour des livraisons de gaz azerbaïdjanais à la Turquie dès 2029, en vue d’une redistribution vers l’Europe.
  • Le champ d’Absheron, situé à 100 km au sud-est de Bakou, recèlerait environ 350 milliards de m³ de gaz naturel et 100 millions de tonnes de condensats.
  • Le corridor gazier Sud, déjà opérationnel, prend une dimension stratégique depuis la guerre en Ukraine, réduisant la dépendance européenne au gaz russe.
  • La décision finale d’investissement pour la phase de développement d’Absheron est attendue d’ici la fin de l’année 2026.
  • ADNOC confirme son expansion internationale via XRG, marquant son intérêt croissant pour les infrastructures gazières mondiales.

Un partenariat énergétique aux enjeux géopolitiques majeurs

L’accord, annoncé lors de la Baku Energy Week, s’inscrit dans une logique de renforcement des flux gaziers en provenance de la Caspienne. « SOCAR a signé un accord avec XRG, avec TotalEnergies et BOTAŞ sur la fourniture de gaz azerbaïdjanais à la Turquie, ce qui constitue une avancée majeure », a déclaré Emin Sevdimaliyev, porte-parole de SOCAR. Il a ajouté que cet engagement « renforcera la coopération entre les différentes entreprises, l’Azerbaïdjan, la Turquie et nos partenaires étrangers, tout en contribuant à accroître l’importance du Corridor gazier méridional ».

Le corridor gazier Sud, pilier de la diversification européenne

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, les pays européens ont accéléré leurs efforts pour réduire leur dépendance aux approvisionnements en gaz russe. Le corridor gazier Sud, qui transporte le gaz azerbaïdjanais vers la Turquie puis l’Europe, est devenu un maillon essentiel de cette stratégie. Bruxelles considère désormais les livraisons caspiennes comme un levier clé dans sa politique de diversification énergétique. L’Azerbaïdjan, déjà l’un des principaux fournisseurs de la Turquie, voit ainsi son rôle s’amplifier.

Pour Ankara, cet accord s’ajoute à une démarche plus large de diversification des sources d’approvisionnement, alors que la Turquie cherche à sécuriser ses réserves face aux tensions régionales et aux fluctuations du marché. « Cela devrait encore renforcer cette relation », estime un analyste du secteur, soulignant l’intérêt mutuel des deux pays.

ADNOC et TotalEnergies renforcent leur présence en mer Caspienne

Pour le groupe émirati ADNOC, cet accord représente une nouvelle étape dans son expansion internationale via XRG, sa plateforme d’investissement dédiée aux énergies. « Cet engagement illustre l’intérêt croissant d’Abou Dhabi pour les infrastructures gazières mondiales », note un observateur du marché. De son côté, TotalEnergies, déjà bien implantée en Azerbaïdjan, confirme son engagement dans la région, où elle participe à plusieurs projets gaziers majeurs.

Côté azerbaïdjanais, SOCAR mise sur le développement d’Absheron pour consolider sa position de fournisseur fiable. Le gisement, situé à 500 mètres de profondeur, recèle des réserves colossales : 350 milliards de mètres cubes de gaz naturel et 100 millions de tonnes de condensats. Une fois exploité à plein régime, il pourrait significativement augmenter les capacités d’exportation du pays.

Un calendrier précis et des perspectives à moyen terme

La décision finale d’investissement pour la phase de développement d’Absheron est attendue pour la fin de l’année 2026. Si elle est validée, les premières exportations vers la Turquie pourraient débuter en 2029, avant une redistribution vers l’Europe via le corridor gazier Sud. Ce calendrier s’inscrit dans un contexte où la demande européenne en gaz non russe devrait continuer à croître d’ici 2030.

« Ce projet s’aligne sur les objectifs de transition énergétique de l’Europe », explique un expert du secteur. « Il permet de compenser partiellement la réduction des livraisons de gaz russe, tout en offrant à l’Azerbaïdjan un nouveau débouché commercial stable. »

Et maintenant ?

La prochaine échéance cruciale sera la décision finale d’investissement attendue d’ici la fin 2026. Si elle est positive, les travaux pourraient débuter rapidement, avec un objectif de mise en service des infrastructures gazières d’ici 2029. Par ailleurs, l’évolution des relations entre l’Azerbaïdjan et l’Union européenne, ainsi que la stabilité des cours du gaz sur les marchés internationaux, pourraient influencer la rapidité de mise en œuvre du projet. Enfin, la capacité du corridor gazier Sud à absorber un volume supplémentaire de gaz reste un facteur à surveiller.

En élargissant le spectre, cet accord s’inscrit dans une dynamique plus large de recomposition des flux énergétiques mondiaux, où les pays du Golfe et les États d’Asie centrale jouent un rôle croissant. Pour l’Europe, il représente une pièce supplémentaire dans son puzzle de diversification, même si la dépendance à d’autres sources (GNL, énergies renouvelables) restera nécessaire à moyen terme.

À court terme, l’impact devrait être limité, car les volumes concernés (issus du champ d’Absheron) ne représenteront qu’une fraction des importations européennes. Cependant, à moyen terme, une augmentation des livraisons caspiennes pourrait contribuer à une stabilisation des prix, en réduisant la pression sur les autres sources d’approvisionnement. Selon les analystes, cet accord s’inscrit dans une logique de diversification plutôt que de baisse brutale des coûts.