Pour la première fois cette année, les quelque 600 000 lycéens de première générale et technologique devront passer une épreuve anticipée de mathématiques, dont le format variera selon la spécialité suivie. Cette mesure, entrée en vigueur avec la rentrée 2025, intervient après sept années de revirements ministériels sur l’enseignement de cette discipline, marquée notamment par sa suppression du tronc commun en 2019.

Selon Le Monde - Education, cette nouvelle évaluation s’inscrit dans un contexte de profondes modifications du paysage éducatif français, où l’équilibre entre spécialités et tronc commun a fait l’objet de débats récurrents. Les syndicats dénoncent un dispositif perçu comme un « rafistolage », incapable de résoudre les tensions structurelles accumulées depuis l’adoption de la réforme Blanquer en 2019.

Ce qu'il faut retenir

  • Une épreuve anticipée de mathématiques est introduite pour la première fois en classe de première en 2026, avec un contenu adapté à la spécialité choisie.
  • Cette mesure fait suite à sept années de réformes successives, dont la suppression des mathématiques du tronc commun en 2019 sous le ministère Jean-Michel Blanquer.
  • Les syndicats d’enseignants et de lycéens qualifient cette initiative de « rafistolage », critiquant l’absence de vision cohérente à long terme.
  • Le format de l’épreuve variera selon que l’élève ait opté pour spécialité mathématiques ou une autre voie, comme les sciences économiques et sociales ou les humanités.

Une réforme née des contradictions de 2019

La suppression des mathématiques du tronc commun en classe de première et terminale, décidée en 2019 sous l’impulsion du ministre de l’Éducation nationale de l’époque, Jean-Michel Blanquer, avait suscité une vague de critiques. Cette décision avait notamment été justifiée par la volonté de réduire la pression sur les élèves, tout en laissant le choix de suivre ou non la spécialité mathématiques.

Pourtant, dès 2022, le ministère a tenté de corriger le tir en réintroduisant partiellement la discipline via une option facultative. Un compromis jugé insuffisant par de nombreux acteurs du système éducatif, qui pointaient du doigt l’inégalité d’accès aux savoirs fondamentaux selon les choix de spécialité des élèves. « On a créé un système où certains élèves sont privés de bases mathématiques solides, simplement parce qu’ils n’ont pas choisi la spécialité correspondante », a déploré Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, interrogée par Le Monde - Education.

Un format d’épreuve inédit et controversé

L’épreuve anticipée de mathématiques, prévue au printemps 2026, se déclinera en deux versions distinctes. Pour les élèves ayant choisi la spécialité mathématiques, l’examen portera sur les programmes de première et terminale, avec un coefficient renforcé. En revanche, ceux ayant opté pour une autre spécialité seront évalués sur une version allégée, centrée sur les compétences de base du cycle terminal.

Cette différenciation suscite des interrogations sur l’équité de l’évaluation. « Comment comparer des notes issues de deux épreuves aussi différentes ? », s’interroge Pierre Mathiot, politologue et spécialiste des politiques éducatives. Le ministère n’a pas encore précisé les modalités exactes de cette harmonisation, laissant planer un flou persistant sur les attendus réels de cette réforme.

Les syndicats montent au créneau

Face à cette nouvelle mouture, les syndicats enseignants et lycéens multiplient les prises de position critiques. Le SNES-FSU, principal syndicat du second degré, a dénoncé un « bricolage » éducatif, tandis que l’UNL (Union nationale lycéenne) a appelé à une mobilisation pour réclamer une refonte plus ambitieuse de l’enseignement des mathématiques.

« Sept ans de réformes, et on en est toujours au même point : une discipline tantôt présente, tantôt absente, sans jamais de vision claire », a résumé un porte-parole de l’UNL. Les enseignants, eux, pointent la charge de travail supplémentaire imposée par cette épreuve, alors que les programmes de première sont déjà jugés surchargés par une partie du corps professoral.

Et maintenant ?

Les prochains mois s’annoncent décisifs. Le ministère doit publier d’ici la fin de l’année les grilles de notation et les attendus précis de l’épreuve, afin de rassurer élèves et enseignants. Une circulaire devrait également clarifier les modalités d’enseignement des mathématiques dans les lycées, notamment pour les élèves n’ayant pas choisi la spécialité.

Par ailleurs, les associations de parents d’élèves et les fédérations de professeurs préparent déjà des propositions pour une réforme plus ambitieuse, susceptible d’être intégrée au prochain projet de loi pour l’école, attendu pour 2027.

En attendant, les quelque 600 000 lycéens concernés par l’épreuve de 2026 devront composer avec un dispositif encore flou, tandis que le débat sur l’enseignement des mathématiques en France reste plus que jamais ouvert.

Selon les prévisions du ministère, l’épreuve devrait se dérouler entre le 11 et le 22 mai 2026, dans le cadre de la session normale du baccalauréat. Ces dates restent à confirmer par un arrêté officiel, généralement publié en décembre de l’année précédente.