Adapté d’un phénomène viral né sur YouTube, le long-métrage Backrooms, produit par le studio indépendant américain A24, s’impose comme l’une des surprises cinématographiques de l’année. Réalisé par le jeune Kane Parsons, alors âgé de seulement 20 ans, ce film d’horreur psychologique a séduit la critique et le public dès sa sortie en salles. Selon Numerama, qui en a fait une critique détaillée après son avant-première parisienne le 2 juin 2026, l’œuvre transcende l’exercice de style pour offrir une expérience immersive et angoissante, portée par une esthétique radicale et des performances d’acteurs remarquables.

Ce qu'il faut retenir

  • Un budget de 10 millions de dollars pour un film adapté d’un mème Internet, un pari audacieux remporté par le réalisateur Kane Parsons.
  • Une photographie signée Jeremy Cox, qui joue avec les perspectives et les lignes géométriques pour créer une atmosphère oppressante.
  • Des performances saluées de Chiwetel Ejiofor (Clark) et Renate Reinsve (le Dr Kline), qui ancrent le délire visuel dans une émotion palpable.
  • Un box-office américain en forte progression après son lancement, confirmant l’engouement du public pour ce genre de proposition cinématographique.
  • Une ambiance sonore immersive, où chaque détail sonore amplifie la tension et la désorientation des personnages.

Un concept né d’Internet pour un film de cinéma

Les Backrooms trouvent leur origine dans une série de creepypastas et une fascination croissante pour les espaces liminaux. À l’origine, l’idée reposait sur une angoisse minimale : celle d’être piégé dans un dédale infini de bureaux vides, éclairés par une lumière jaunâtre et bourdonnant de néons défectueux. D’après Numerama, ce cadre, jusqu’ici cantonné à des formats courts en ligne, a été métamorphosé par Kane Parsons en une proposition cinématographique radicale. Dès les premières minutes de la projection, le film balaye les doutes pour s’imposer comme une œuvre à la frontière du réel et de l’illusion, où la peur naît davantage de l’espace que de la présence de monstres.

Une esthétique visuelle révolutionnaire

La véritable réussite de Backrooms réside dans son identité visuelle. La direction de la photographie, confiée à Jeremy Cox, repense entièrement les codes de la peur spatiale. Selon Numerama, le film joue de manière obsessionnelle avec la géométrie, les perspectives fuyantes et la ligne d’horizon. La caméra épouse la monotonie des décors cubiques à la perfection, transformant chaque plan en une expérience oppressante. Les repères architecturaux se tordent et se répètent, plongeant le spectateur dans une désorientation permanente. « Parfois, il est impossible de savoir avec certitude si l’on se trouve encore dans la réalité tangible ou si l’on a basculé dans les limbes jaunâtres des backrooms », souligne le média. Cette perte totale de repères crée une oppression constante, bien plus terrifiante que la présence d’un quelconque antagoniste.

Des acteurs pour ancrer le délire dans l’émotion

Pour éviter que le film ne sombre dans le simple exercice de style, Kane Parsons a fait appel à des comédiens de premier plan. Chiwetel Ejiofor incarne Clark, un architecte raté et alcoolique gérant un magasin de meubles en déclin. Sa santé mentale se dégrade lorsqu’il découvre une brèche dans le mur de son sous-sol. Face à lui, Renate Reinsve prête ses traits au Dr Mary Kline, une thérapeute emportée dans cette anomalie topographique. Numerama salue leurs performances viscérales, oscillant entre terreur pure et déni, qui donnent une épaisseur psychologique indispensable au récit. « On croit en leur détresse, et c’est précisément ce qui rend leur errance si douloureuse… et flippante », précise le média. Leur alchimie à l’écran transforme une démonstration technique en une expérience humaine profondément troublante.

Une bande-son immersive qui renforce l’angoisse

L’atmosphère de Backrooms est aussi le fruit d’un sound design soigné. Chaque bruit de pas, chaque grésillement de néon, chaque silence oppressant est amplifié pour maintenir une tension à son paroxysme. Selon Numerama, cette immersion sonore contribue à rendre l’expérience sensorielle aussi marquante que l’image. Même si la dernière partie du film cède parfois aux codes plus conventionnels du film de traque, l’ambiance poisseuse et la lumière jaunâtre persistent dans l’esprit bien après le générique. « En sortie de salle, il faut bien 30 minutes pour sortir réellement de cette « autre réalité » », note le média, signe d’un film dont l’impact dépasse le simple divertissement.

Et maintenant ?

Avec un box-office américain en forte progression depuis sa sortie, Backrooms pourrait bien s’imposer comme un phénomène culturel durable. Le film, dont le budget s’élevait à 10 millions de dollars, prouve qu’un concept né en ligne peut trouver sa place sur grand écran sans perdre son âme. Les discussions autour d’une éventuelle suite ou d’adaptations dans d’autres médias pourraient se multiplier dans les semaines à venir, notamment si le public continue de plébisciter cette proposition audacieuse. Reste à voir si le cinéma d’horreur continuera à explorer cette veine des espaces liminaux, ou si Backrooms restera une exception.

Alors que les frontières entre réel et virtuel s’estompent toujours davantage, Backrooms offre une réflexion subtile sur l’angoisse de l’enfermement et la perte de repères. Son succès confirme l’appétit du public pour des expériences cinématographiques qui bousculent les conventions, même lorsqu’elles s’inspirent de phénomènes éphémères du web. Une chose est sûre : ce film marque les esprits bien au-delà de sa durée.

Le film a été réalisé avec un budget de 10 millions de dollars, un montant modeste pour un long-métrage de cette envergure, mais qui a permis une réalisation ambitieuse et une distribution de qualité.

Le film met en vedette Chiwetel Ejiofor dans le rôle de Clark et Renate Reinsve dans celui du Dr Mary Kline. Leurs performances sont saluées par la critique pour leur capacité à humaniser un univers par ailleurs très abstrait.