La polémique qui entoure la section « Casita » du concert « Debí tirar más fotos » de Bad Bunny, où des personnalités dansent devant les caméras, dépasse largement le cadre d’un simple segment scénique. Selon Euronews FR, cette installation s’inspire d’une maison réelle de Humacao, ville de l’est de Porto Rico, et porte en elle une charge historique et politique majeure, liée à l’esclavage, au colonialisme et à la résistance antillaise.
Ce qu'il faut retenir
- La « Casita » de Bad Bunny s’inspire d’une maison de Humacao, ville fondée en 1722 sur les ruines d’une ancienne localité taïno, Jumacao.
- L’île de Porto Rico, État libre associé aux États-Unis, n’a jamais obtenu son indépendance et ses habitants disposent de droits limités par rapport aux citoyens américains.
- L’architecture de Humacao reflète un mélange d’héritages taïno, hispanique, afro-caribéen et états-unien, notamment à travers l’influence néoclassique introduite au XIXe siècle.
- La structure scénique imite une maison de Levittown, premier quartier planifié pour les vétérans de la Seconde Guerre mondiale à Porto Rico, symbole d’une autre forme de colonisation.
- Le débat public oppose des féministes conservatrices, qui dénoncent une potentielle objectification des spectatrices, à des journalistes défendant la liberté artistique et la visibilité accordée aux femmes dans le reggaeton.
Une installation scénique ancrée dans l’histoire locale
La « Casita » de Bad Bunny, ce décor éphémère où défilent des personnalités comme Marta Ortega ou Ester Expósito, n’est pas un simple accessoire de scène. Selon Euronews FR, elle s’inspire directement d’une maison traditionnelle de Humacao, ville fondée en 1722 sur les ruines de l’ancienne Macao, elle-même nommée en hommage à Jumacao, dernier chef taïno à avoir résisté aux colons espagnols. Ce choix architectural n’est pas anodin : il s’inscrit dans une volonté de rendre hommage à l’histoire complexe de l’île, marquée par la résistance autochtone, l’esclavage et les bouleversements coloniaux.
L’hymne de Humacao, écrit par Miguel Correa López, résume cette mémoire collective : « Humacao, fils du Taïno valeureux / antillais par héritage occidental / avec les Africains nous formons tes enfants / caribéens dans une étreinte fraternelle ». Une phrase qui rappelle que la culture porto-ricaine est le fruit d’un métissage forcé, mais aussi d’une résistance permanente. L’architecte de la Casita, Mayna Magruder Ortiz, a puisé dans cette histoire pour créer un décor qui dépasse le cadre du concert, comme l’explique Architecture Digest, cité par Euronews FR.
Porto Rico, entre héritage colonial et statut ambigu
Le statut de Porto Rico, territoire non incorporé des États-Unis depuis 1898, est au cœur des revendications de Bad Bunny, tant dans ses textes que dans ses prises de parole. Ses habitants, citoyens américains depuis 1917, n’ont cependant pas les mêmes droits que ceux des États fédérés : ils ne peuvent ni voter pour l’élection présidentielle ni avoir de représentation au Congrès avec droit de vote. Plusieurs militants indépendantistes ont été emprisonnés, comme le rappelle l’article. Ce contexte politique, abordé dans l’album « DTMF » (Días Tontos Muy Famosos), ajoute une dimension militante à la tournée du chanteur.
Humacao, passée sous administration américaine en 1898 après le « désastre de 98 » qui a aussi entraîné la perte de Cuba et des Philippines, illustre cette transition brutale. Son architecture, initialement marquée par l’urbanisme colonial espagnol avec sa place-église centrale, a évolué sous l’influence du néoclassicisme européen, importé grâce à la prospérité des plantations de canne à sucre. Ces dernières reposaient sur une main-d’œuvre servile africaine, un pan de l’histoire souvent occulté mais central dans la mémoire de l’île.
Une fusion d’influences architecturales et artistiques
La « Casita » scénique de Bad Bunny est le résultat d’un mélange d’inspirations. D’un côté, elle reprend les matériaux traditionnels de Humacao – paille, tuiles, bois local – utilisés jusqu’au XVIIIe siècle en raison de l’isolement de la région. De l’autre, elle intègre des éléments du néoclassicisme européen, introduits au XIXe siècle, comme la maçonnerie visible dans les bâtiments publics de la ville.
L’architecte Mayna Magruder Ortiz a poussé la réflexion plus loin en s’inspirant des lotissements des années 1950, comme Levittown à Toa Baja, premier quartier planifié pour les vétérans américains de la Seconde Guerre mondiale. Une référence qui rappelle comment l’architecture peut être un outil de domination culturelle. À l’intérieur, la décoration mêle des pièces antillaises et des œuvres d’artistes locaux comme Lorenzo Homar, cofondateur du Centre d’art portoricain, ou le muraliste Alexis Díaz. Un hommage à la création contemporaine de l’île, souvent éclipsée par les influences nord-américaines.
Le débat sur l’image des femmes dans le reggaeton
La polémique autour de la « Casita » dépasse largement le cadre architectural ou historique. Elle interroge aussi la place des femmes dans le reggaeton, genre musical longtemps dénigré mais aujourd’hui porté par des artistes comme Karol G ou Becky G. Des féministes conservatrices, comme Paula Fraga, dénoncent une potentielle objectification des spectatrices apparaissant dans la section, tandis que des journalistes comme Ana Requena ou Alejandra Martínez y voient une instrumentalisation des contradictions du féminisme.
Pour ses défenseurs, la « Casita » offre une visibilité inédite aux femmes dans un univers musical encore marqué par des stéréotypes de genre. Bad Bunny, dont la sœur iLe et son frère Eduardo Cabra ont fait partie du groupe Calle 13, s’inscrit dans une tradition anticoloniale aux côtés d’artistes comme Residente. Une position qui lui vaut autant de soutiens que de critiques, dans un débat où l’art, la politique et les questions sociétales s’entremêlent.
Bad Bunny, star incontestée de la pop latino, reste un symbole de cette ambiguïté : à la fois artiste grand public et militant, il utilise sa plateforme pour mettre en lumière des enjeux qui dépassent largement la musique. Entre hommage architectural, engagement politique et spectacle, la « Casita » incarne cette tension permanente entre divertissement et revendication.
Alors que le reggaeton s’impose comme un phénomène mondial, des questions persistent : comment concilier succès commercial et authenticité culturelle ? Dans quelle mesure l’art peut-il transformer les rapports de pouvoir ? Autant de débats qui, comme la « Casita », mêlent mémoire et modernité.
La polémique autour de la « Casita » ne porte pas uniquement sur le segment scénique, mais aussi sur son ancrage historique et politique. D’un côté, des féministes conservatrices y voient une objectification des femmes apparaissant à l’écran. De l’autre, des journalistes défendent la liberté artistique et la visibilité accordée aux femmes dans un genre musical encore stigmatisé. Parallèlement, l’aspect architectural, inspiré de l’histoire coloniale et de l’esclavage à Porto Rico, ajoute une dimension militante au débat, selon Euronews FR.