Près de 40 000 vaches laitières sont aujourd’hui financées en France via un dispositif méconnu : le bail à cheptel. Ce système, qui permet à des éleveurs d’acquérir des animaux sans recourir à l’emprunt bancaire, séduit de plus en plus d’agriculteurs endettés et d’investisseurs en quête de placements tangibles. Plus de 5 000 particuliers et un millier d’éleveurs y ont déjà recours, selon Euronews FR.

Ce qu'il faut retenir

  • Un bail à cheptel permet de louer des vaches plutôt que de les acheter, réduisant ainsi l’endettement des exploitations agricoles.
  • Ce dispositif, en vigueur depuis 1972 en France, concerne 40 000 têtes sur un cheptel national de 15 millions de bêtes.
  • Un investisseur peut acquérir une vache pour 2 316 euros, tandis que l’éleveur bénéficie immédiatement de sa production laitière sans s’endetter.
  • L’opération permet à l’éleveur de générer des charges déductibles, réduisant ainsi son impôt sur les bénéfices.
  • En 2023, l’endettement moyen d’une exploitation agricole française s’élevait à 236 500 euros.

Un dispositif historique remis au goût du jour

Pratiqué depuis le Moyen Âge et largement répandu aux États-Unis, en Australie ou en Belgique, le bail à cheptel est disponible en France depuis 1972. Pourtant, ce n’est que ces dernières années qu’il connaît un regain d’intérêt, porté par la frilosité des banques envers les agriculteurs et par une quête de sens chez les investisseurs. Elevage et Patrimoine, une société spécialisée, a relancé ce modèle via sa plateforme MyMarguerit, qui permet à des particuliers de financer des vaches laitières en échange d’une rémunération.

À Beaupont, dans l’Ain, Justine Chêne, éleveuse de 34 ans, a ainsi pu reprendre une exploitation en acquérant 160 vaches, dont 40 financées par des investisseurs. « Le fait de travailler avec MyMarguerit nous permet de diminuer notre endettement, explique-t-elle. Dans un contexte où il est difficile de prévoir l’avenir sur cinq ans, autant être prudent. » Grâce à cette solution, elle a pu doubler son cheptel tout en réalisant des économies substantielles sur la reprise de l’exploitation.

Un mécanisme gagnant-gagnant pour les éleveurs et les investisseurs

Pour un investisseur, l’acquisition d’une vache laitière représente un placement concret, avec un ticket d’entrée fixé à 2 316 euros. Contrairement à d’autres formes d’épargne, ce dispositif offre une visibilité immédiate sur le bien financé. Carl Darjinoff, responsable de la relation investisseurs chez Élevage et Patrimoine, souligne : « L’avantage pour les éleveurs, c’est qu’ils peuvent profiter immédiatement de la production laitière sans contracter de dette bancaire. Pour l’investisseur, la création de charges déductibles améliore le résultat d’exploitation de l’éleveur, tout en générant des avantages fiscaux. »

Ce système repose sur un engagement de dix ans renouvelable, ce qui garantit une stabilité pour les deux parties. Pour Lionel Cotin, cadre immobilier de 50 ans et investisseur dans ce dispositif, l’attrait réside dans la transparence du projet : « C’est quelque chose de très parlant, bien plus que des placements abstraits. Vu la situation actuelle de l’agriculture, ce système semble bien conçu. » Il apprécie également l’aspect concret de l’investissement, à l’opposé des produits financiers souvent difficiles à appréhender.

Un contexte agricole marqué par un endettement record

Le recours au bail à cheptel s’inscrit dans un contexte où les exploitations agricoles françaises peinent à se financer. Selon le dernier rapport du ministère de l’Agriculture, l’endettement moyen d’une ferme s’élevait à 236 500 euros en 2023, un niveau qui pèse lourdement sur la trésorerie des éleveurs. Face à des banques plus réticentes à octroyer des crédits, ce dispositif apparaît comme une alternative viable pour moderniser les cheptels sans alourdir la dette.

Avec 40 000 vaches financées via ce modèle, soit moins de 1 % du cheptel national, le bail à cheptel reste encore marginal. Pourtant, son essor pourrait s’accélérer, portés par des initiatives comme celle d’Élevage et Patrimoine. La société mise sur une croissance continue de son activité, dans un secteur où la recherche de rendement et de sens converge avec les besoins des agriculteurs.

Et maintenant ?

À l’heure où l’agriculture française cherche à concilier performance économique et transition écologique, le bail à cheptel pourrait gagner en popularité. Plusieurs associations d’éleveurs et acteurs du secteur commencent à s’y intéresser, tandis que des discussions sont en cours pour élargir l’offre à d’autres types de bétail. Reste à voir si les pouvoirs publics soutiendront ce modèle, par exemple via des incitations fiscales ou des campagnes de sensibilisation. Une chose est sûre : dans un paysage agricole en mutation, la recherche de solutions innovantes et solidaires ne fait que commencer.

Pour l’instant, le dispositif reste encadré par des contrats de dix ans, une durée qui pourrait évoluer si la demande continue de croître. Les prochaines années seront déterminantes pour évaluer son impact réel sur la réduction de l’endettement des exploitations et sur l’attractivité des placements agricoles auprès du grand public.

D'après Élevage et Patrimoine, le rendement dépend de la production laitière de la vache et des conditions contractuelles. En moyenne, les investisseurs perçoivent entre 3 % et 5 % brut par an, selon les performances de l’exploitation. Ce rendement est garanti par la production de lait, ce qui en fait un placement relativement stable comparé à d’autres options financières.

Oui. Le ticket d’entrée est fixé à 2 316 euros par vache, ce qui le rend accessible à des particuliers souhaitant diversifier leur épargne. MyMarguerit propose des contrats modulables, permettant d’investir dans une ou plusieurs vaches, selon ses moyens.