Invité ce vendredi 24 juillet sur le plateau de BFM Business, Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, a passé en revue plusieurs dossiers économiques majeurs lors de l’émission Good Morning Business. Entre la décision de la Banque centrale européenne (BCE) de maintenir ses taux directeurs stables, les risques liés à une possible flambée des prix de l’énergie ou encore l’évolution des taux d’emprunt français à long terme, les discussions ont porté sur des enjeux cruciaux pour l’économie française et européenne. Autant dire que l’entretien a offert un éclairage précieux sur les orientations actuelles de la politique monétaire et les défis à venir.

Ce qu'il faut retenir

  • La BCE a choisi de maintenir ses taux directeurs inchangés, malgré un contexte marqué par des incertitudes énergétiques et géopolitiques.
  • Le taux d’emprunt de la France à 10 ans a atteint 4 %, un niveau historiquement élevé qui suscite des interrogations sur la soutenabilité de la dette publique.
  • Les épisodes de canicule n’ont pas entamé la résilience de l’économie française, selon Emmanuel Moulin, qui souligne la capacité du pays à absorber les chocs climatiques.
  • La Banque de France participe aux premiers tests de l’euro numérique, une initiative visant à moderniser les moyens de paiement en Europe.
  • Les craintes d’un choc pétrolier se renforcent avec la hausse du prix du baril, un scénario susceptible d’alimenter l’inflation et de peser sur la croissance.

Une BCE prudente face aux incertitudes économiques

Emmanuel Moulin a rappelé que la décision de la BCE de geler ses taux s’inscrit dans une logique de prudence. « Les incertitudes persistent, notamment sur le plan énergétique et géopolitique », a-t-il déclaré. Le gouverneur de la Banque de France a souligné que cette stabilité des taux permettait d’éviter une contraction brutale du crédit, tout en laissant le temps aux décideurs politiques de mettre en place des mesures structurelles. « Nous restons attentifs aux évolutions, mais l’objectif reste la stabilité des prix à moyen terme », a-t-il précisé. Selon lui, cette approche vise à éviter une spirale inflationniste tout en soutenant une reprise économique encore fragile.

La France confrontée à une remontée des taux obligataires

Autre sujet brûlant abordé lors de l’entretien : la hausse des taux d’emprunt de l’État français. Le taux à 10 ans a franchi la barre des 4 %, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis plusieurs années. Emmanuel Moulin a reconnu que cette situation reflétait à la fois les attentes des marchés quant à la trajectoire de la dette publique et les risques liés à un environnement macroéconomique moins favorable. « La France doit composer avec un coût de la dette en hausse, ce qui limite sa marge de manœuvre budgétaire », a-t-il expliqué. Pour autant, il a rassuré sur la capacité du pays à honorer ses engagements, grâce à une gestion rigoureuse des finances publiques et à la crédibilité de sa signature souveraine.

Canicules et économie : une résilience à nuancer

Alors que la France traverse un épisode de fortes chaleurs, Emmanuel Moulin a estimé que l’économie nationale faisait preuve d’une certaine résilience face à ces aléas climatiques. « Les secteurs clés comme l’agriculture ou le tourisme subissent des pressions, mais l’impact global reste limité grâce à la diversification de notre tissu économique », a-t-il indiqué. Il a cependant reconnu que des épisodes caniculaires prolongés pourraient, à terme, affecter la productivité et peser sur la croissance. « Nous surveillons de près les conséquences sur les chaînes de valeur », a-t-il ajouté, sans pour autant alerter sur un risque systémique.

L’euro numérique : la Banque de France en première ligne

Autre dossier en cours : le lancement des premiers tests de l’euro numérique. Emmanuel Moulin a confirmé que la Banque de France participait activement à ce projet pilote, qui vise à explorer les possibilités offertes par une monnaie digitale de banque centrale (MDBC). « L’objectif est de moderniser le système de paiement tout en garantissant la stabilité financière », a-t-il déclaré. Il a précisé que ces expérimentations, menées en collaboration avec la BCE et d’autres institutions européennes, devraient permettre d’évaluer les avantages et les risques liés à une telle innovation. « Nous devons anticiper les évolutions technologiques sans compromettre la sécurité des transactions », a-t-il insisté. Pour l’heure, aucun calendrier précis n’a été communiqué, mais les résultats des tests pourraient influencer la future stratégie monétaire de la zone euro.

Le spectre d’un choc pétrolier plane sur l’économie

Enfin, Emmanuel Moulin a évoqué les risques liés à une possible hausse des prix de l’énergie, notamment du baril de pétrole. « Un choc pétrolier aurait des répercussions en cascade sur l’inflation et le pouvoir d’achat », a-t-il averti. Il a rappelé que la dépendance aux importations énergétiques exposait l’économie européenne à des chocs externes, malgré les efforts de transition écologique. « Nous devons accélérer les investissements dans les énergies renouvelables pour réduire cette vulnérabilité », a-t-il souligné. Selon lui, une flambée des prix de l’énergie pourrait contraindre la BCE à revoir sa politique monétaire plus rapidement que prévu, avec des conséquences sur le coût du crédit pour les ménages et les entreprises.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances clés pourraient façonner le paysage économique des prochains mois. La BCE devrait publier ses prochaines projections macroéconomiques en septembre, ce qui pourrait éclairer ses prochaines décisions sur les taux. Côté français, la publication du budget 2027, attendue à l’automne, sera scrutée pour évaluer la trajectoire de la dette publique. Enfin, les résultats des tests de l’euro numérique, attendus d’ici la fin de l’année, pourraient révéler l’ampleur des ambitions européennes en matière de paiements digitaux. Reste à voir comment les tensions géopolitiques et énergétiques évolueront d’ici là.

Pour Emmanuel Moulin, la priorité reste « l’équilibre entre stabilité des prix, croissance et soutenabilité de la dette ». Dans un contexte marqué par des incertitudes multiples, la Banque de France et ses partenaires européens devront naviguer avec prudence pour éviter les pièges d’une conjoncture fragile.

Selon Emmanuel Moulin, cette décision reflète une volonté de ne pas étouffer prématurément la reprise économique, tout en évitant une surchauffe des prix. « La BCE cherche à préserver la stabilité financière tout en laissant le temps aux États de mettre en place des réformes structurelles », a-t-il expliqué. La prudence reste de mise face aux incertitudes énergétiques et géopolitiques qui pèsent sur les perspectives de croissance.