Selon Euronews FR, les systèmes de stockage par batteries (BESS) sont présentés comme une technologie clé pour accompagner la montée en puissance des énergies renouvelables en Europe. Pourtant, des inquiétudes persistent quant à leur impact sur la stabilité des réseaux électriques, un débat relancé récemment par un article du Telegraph britannique. Euronews FR revient sur les arguments des experts, qui jugent ces risques « infimes » tout en appelant à une gestion plus rigoureuse de ces installations dispersées.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Europe a installé 36 GWh de nouvelles capacités de batteries en 2025, portant la capacité totale opérationnelle à plus de 100 GWh, soit l’équivalent de la consommation de 75 millions de foyers.
  • Les batteries permettent de stocker l’électricité renouvelable produite en journée pour la redistribuer en soirée, réduisant ainsi le gaspillage et les prix négatifs de l’électricité.
  • Un rapport britannique souligne la nécessité de mieux modéliser le comportement des batteries en situation de stress, sans pour autant craindre un effondrement du réseau.
  • Le coût des batteries a chuté de 90 % depuis 2010, et elles pourraient devenir 20 % moins chères que les centrales à gaz d’ici 2030 pour la flexibilité à court terme.
  • Les experts estiment que les risques de coupures liés aux batteries sont « infinitésimaux » comparés aux bénéfices de la transition énergétique.

Un outil stratégique pour l’intégration des renouvelables en Europe

Avec une part des énergies renouvelables qui devrait atteindre 69 % d’ici 2030 et 80 % d’ici 2050 dans le mix énergétique européen, le besoin de solutions de stockage flexibles n’a jamais été aussi pressant. Selon SolarPower Europe, les batteries jouent désormais un rôle bien plus qu’accessoire : elles sont devenues un « atout stratégique » pour renforcer la résilience, la compétitivité et la souveraineté énergétique du continent. « Partout en Europe, le stockage par batteries contribue à intégrer des volumes croissants d’énergies renouvelables et à améliorer la résilience des systèmes électriques », indique l’association dans un communiqué.

Leur utilité est d’autant plus cruciale que l’Europe gaspille déjà des millions d’euros d’énergie éolienne et solaire en raison des contraintes du réseau. Lorsque l’offre dépasse la demande, les prix de l’électricité peuvent devenir négatifs, une situation paradoxale qui illustre les limites des énergies intermittentes sans stockage adapté. Les batteries, en stockant l’excédent en journée pour le restituer le soir, offrent une solution concrète à ce problème.

Un boom des installations qui soulève des questions techniques

L’Europe a franchi un cap en 2025 avec l’ajout de 36 GWh de nouvelles capacités de batteries, portant le parc total à plus de 100 GWh. Pourtant, ce déploiement massif suscite des interrogations, notamment au Royaume-Uni. Un article du Telegraph a récemment évoqué un risque de « submerger le réseau », suggérant que les systèmes de secours liés à l’éolien pourraient paradoxalement provoquer les coupures qu’ils sont censés éviter.

Cette analyse s’appuie sur un rapport du Panel of Technical Experts (PTE), un groupe d’experts indépendants conseillant le gouvernement britannique. Le document souligne que les batteries pourraient avoir intérêt à se charger massivement en cas de Capacity Market Notice (CMN) — un signal envoyé quatre heures à l’avance pour anticiper un déficit de production. « Cela pourrait entraîner une descente rapide vers un événement de stress », note le rapport, qui appelle à une modélisation plus fine de ces comportements.

Un risque « minime » selon les experts, à condition de mieux gérer les installations

Les craintes d’un blackout lié aux batteries reposent principalement sur l’impossibilité, pour les gestionnaires de réseau, de superviser des millions d’installations dispersées. Adrian Hiel, directeur de l’Electrification Alliance, tempère cependant ces inquiétudes. « C’est le même défi que nous gérons avec l’énergie solaire depuis 20 ans », explique-t-il à Euronews FR. « Nous avons appris à faire en sorte que ces installations améliorent le réseau plutôt que de lui nuire ». Pour lui, le risque de coupure n’existe que si l’on ignore l’impact de ces millions de batteries installées chaque année — ce que personne ne souhaite.

La solution ? Une meilleure modélisation des flux et une gestion centralisée via des agrégateurs tiers. Plutôt que de laisser chaque foyer gérer sa batterie de manière autonome, des entreprises pourraient regrouper des dizaines de milliers d’unités pour optimiser leur fonctionnement en temps réel. Ce modèle, déjà testé avec la recharge intelligente des véhicules électriques, permettrait aux gestionnaires de réseau d’ajuster instantanément la consommation ou la décharge des batteries en cas de pic de demande.

« Les batteries vont être une aide bien plus importante pour le réseau qu’un handicap ».
Adrian Hiel, directeur de l’Electrification Alliance

Des coûts en chute libre et une alternative compétitive aux énergies fossiles

Face aux critiques sur leur coût élevé, les batteries peuvent désormais afficher des chiffres convaincants. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), leur prix a chuté de 90 % depuis 2010, une baisse portée par les progrès en chimie et en industrialisation. Un rapport du groupe de réflexion Ember va plus loin : d’ici 2030, les batteries à grande échelle pourraient fournir de la flexibilité à court terme dans l’UE à un coût 20 % inférieur à celui des nouvelles centrales à gaz.

Beatrice Petrovich, analyste principale chez Ember, estime que « la flexibilité propre est déjà là ». « La croissance rapide des batteries, de la recharge intelligente des VE et des pompes à chaleur peut réduire la dépendance au gaz pour l’équilibrage du réseau », ajoute-t-elle. « La tâche aujourd’hui n’est plus l’innovation, mais la mise en œuvre : supprimer les obstacles et déployer ces solutions suffisamment vite pour éviter de recourir aux centrales fossiles ».

Faut-il revenir en arrière et privilégier les énergies fossiles ?

Certains observateurs, comme l’auteur de l’article du Telegraph, suggèrent que les obstacles techniques et économiques des batteries devraient inciter les pays à ralentir leur transition vers les énergies propres. Une position que Adrian Hiel rejette fermement. « Affirmer que nous ne devrions pas construire de capacités de production intermittentes en raison de ce risque minuscule lié aux batteries revient un peu à dire à une personne morbide obèse qu’elle ne devrait pas perdre de poids parce qu’elle devra acheter de nouveaux vêtements », déclare-t-il.

Pour lui, les avantages des renouvelables et du stockage — parmi lesquels la réduction de la dépendance aux importations de gaz et la baisse des coûts énergétiques — l’emportent largement sur les risques marginaux. « L’inconvénient que représente la gestion de l’impact de ces millions de batteries est infinitésimal par rapport aux bénéfices », insiste-t-il.

Et maintenant ?

La Commission européenne et les États membres devraient accélérer le déploiement de modèles de gestion centralisée des batteries, en s’appuyant sur les retours d’expérience des agrégateurs. D’ici 2027, les gestionnaires de réseau devront intégrer des outils de modélisation plus précis pour anticiper le comportement des flottes de batteries en temps réel. Reste à voir si les investissements publics et privés suivront, alors que l’Europe cherche à sécuriser son indépendance énergétique tout en atteignant ses objectifs climatiques.

Dans l’immédiat, le ministère britannique de la Sécurité énergétique et du Net Zéro a choisi de ne pas commenter les craintes de coupures liées aux batteries. Interrogé par Euronews FR, un porte-parole s’est contenté de rappeler que « notre marché de capacité garantit la sécurité d’approvisionnement tout en offrant un bon rapport qualité-prix aux consommateurs ». Une réponse qui laisse entière la question de l’équilibre entre innovation et sécurité du réseau.

Selon les experts interrogés par Euronews FR, l’impact est jugé « infime » si les installations sont bien modélisées et gérées. Les batteries permettent même de renforcer la résilience du réseau en lissant les fluctuations des énergies renouvelables. Les risques de blackout n’apparaissent que dans des scénarios extrêmes où les gestionnaires de réseau ne maîtriseraient pas le comportement des millions d’unités dispersées.

Oui, selon le groupe de réflexion Ember. Le coût moyen des batteries a chuté de 90 % depuis 2010, et elles pourraient être 20 % moins chères que les centrales à gaz pour la flexibilité à court terme d’ici 2030. Un rapport d’Ember indique qu’en une heure, les batteries de l’UE pourraient fournir plus de 80 % de la puissance que toutes les centrales à gaz de l’UE réunies sont capables de générer sur la même période.