Le ministère bélarusse de l’Information a inscrit le site web d’Euronews sur sa liste nationale des contenus « extrémistes », une mesure qui restreint l’accès des utilisateurs au site et expose à des poursuites ceux qui stockent ou diffusent ses articles. Selon Euronews FR, cette décision, prise le 4 août 2026 par le tribunal de district de Gorki (région de Moguilev), est « exécutoire immédiatement » au titre de l’article 302 du Code de procédure civile bélarusse. Elle s’accompagne d’une mise à jour de la « Liste nationale des contenus extrémistes » du pays.

Ce qu'il faut retenir

  • Le site d’Euronews a été ajouté à la liste des contenus « extrémistes » au Bélarus par décision judiciaire rendue le 4 août 2026.
  • L’accès au site est désormais restreint dans le pays, et les utilisateurs risquent des sanctions pour stockage ou diffusion des contenus de la chaîne.
  • Cette décision s’inscrit dans une stratégie de contrôle des médias indépendants, après l’interdiction d’Euronews en 2021 pour des motifs publicitaires.
  • Le directeur éditorial d’Euronews, Claus Strunz, a dénoncé une mesure qui « démontre la peur de la liberté de la presse » de Minsk.
  • Minsk et Moscou ont bloqué Euronews, privant les publics locaux d’une source d’information indépendante, notamment depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.

Une décision judiciaire immédiate et opaque

Le tribunal de district de Gorki, situé dans la région de Moguilev, a acté l’inscription du site d’Euronews sur la liste des contenus « extrémistes » le 4 août 2026. La procédure s’appuie sur l’article 302 du Code de procédure civile bélarusse, qui confère une valeur exécutoire immédiate à cette mesure. Pourtant, aucune justification officielle n’a été publiée par les autorités, malgré les demandes de transparence exprimées par la chaîne.

Cette décision s’ajoute à une liste déjà longue de médias internationaux qualifiés d’« extrémistes » en Bélarus, une catégorie juridique qui permet aux autorités de réprimer toute diffusion ou consultation de leurs contenus. Désormais, les utilisateurs qui accèdent au site d’Euronews s’exposent à des poursuites administratives, tandis que l’accès au site est bloqué dans le pays.

Un contexte de restrictions croissantes contre les médias indépendants

Cette mesure s’inscrit dans une logique de contrôle accru des médias étrangers au Bélarus, où la liberté de la presse est régulièrement dénoncée par les organisations de défense des droits humains. En 2021, Euronews avait déjà été interdit dans le pays, officiellement pour « violations de la législation sur la publicité ». La chaîne diffusait en effet ses messages publicitaires en anglais, alors que la loi bélarusse impose l’usage du russe ou du bélarusse. Pour l’Association bélarusse des journalistes, organisation indépendante, cette interdiction cachait en réalité une volonté de limiter l’accès à des sources d’information critiques envers le régime.

La décision de 2026 marque donc une escalade dans la répression des médias internationaux. Elle fait écho à celle prise par le Kremlin en 2022, qui avait interrompu la diffusion d’Euronews en Russie immédiatement après le début de l’invasion de l’Ukraine. Ces deux pays, dirigés par des régimes autoritaires, partagent désormais une même approche : étouffer les voix indépendantes au nom d’une « sécurité nationale » ou d’une « lutte contre l’extrémisme ».

Euronews dénonce une « peur de la liberté de la presse »

« Un État qui qualifie Euronews d’« extrémiste » et bloque l’accès à un journalisme indépendant et impartial démontre sa propre peur de la liberté de la presse. »

Claus Strunz, directeur éditorial d’Euronews

Dans une déclaration publiée après l’annonce de la décision, Claus Strunz a vivement critiqué cette mesure. « Nous n’avons pas été informés de cette décision et nous attendons les justifications des autorités », a-t-il indiqué. « Notre position reste inchangée : nous soutenons nos téléspectateurs au Bélarus et continuerons à proposer un journalisme objectif et indépendant, guidé par nos valeurs éditoriales fondamentales. »

Cette réaction illustre la détermination de la chaîne à poursuivre son travail malgré les pressions politiques. Euronews rappelle que sa mission est de fournir une information « objective et impartiale », un principe régulièrement mis à mal dans les régimes autoritaires. La chaîne a également souligné qu’elle n’avait reçu aucune notification préalable de la part des autorités bélarusses, ce qui renforce l’opacité de la procédure.

Des conséquences concrètes pour les audiences locales

Pour les Bélarusses, l’accès à Euronews devient de plus en plus difficile. Depuis 2021, les diffuseurs locaux ne peuvent plus retransmettre la chaîne, et le blocage de son site web en 2026 réduit encore davantage les possibilités d’accès. Les utilisateurs qui parviennent à consulter le site s’exposent à des poursuites pour « stockage ou diffusion » de contenus « extrémistes », une qualification floue qui laisse une grande marge d’interprétation aux autorités.

Cette stratégie de censure numérique s’ajoute à d’autres mesures répressives, comme l’arrestation de journalistes ou la fermeture de médias locaux indépendants. Pour les observateurs, elle s’inscrit dans un mouvement plus large de verrouillage de l’information au Bélarus, où le régime d’Alexandre Loukachenko cherche à contrôler tous les canaux de diffusion des idées.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir une intensification des tensions autour de cette décision. Euronews a annoncé qu’elle étudiait les voies légales pour contester cette inscription, bien que les perspectives de succès restent limitées dans un système judiciaire contrôlé par le pouvoir. Par ailleurs, des organisations de défense des droits humains pourraient multiplier les appels à la levée de cette censure, sans garantie de résultat. Enfin, la situation des journalistes bélarusses, déjà très précaire, pourrait encore se dégrader dans un contexte où les médias étrangers sont systématiquement diabolisés.

Les autorités bélarusses n’ont pour l’instant ni confirmé ni infirmé les motivations derrière cette décision. Quant à Euronews, la chaîne a réaffirmé son engagement à « soutenir ses téléspectateurs » au Bélarus, malgré les obstacles. Une chose est sûre : cette affaire illustre une fois de plus la bataille que se livrent, à l’échelle européenne, les régimes autoritaires et les médias indépendants pour le contrôle de l’information.