Cinq ans après le rapatriement de 26 œuvres issues des collections coloniales vers le Bénin, le gouvernement béninois a adressé une nouvelle demande officielle à la France. Cette fois, il réclame 35 nouvelles pièces, mais aussi des archives coloniales, s’appuyant sur une loi-cadre adoptée en mai 2026. L’annonce, rapportée par France 24, s’inscrit dans la continuité des revendications portées par Cotonou en matière de restitution du patrimoine culturel.
Ce qu'il faut retenir
- Le Bénin a déjà récupéré 26 œuvres en 2021, premier transfert post-colonial négocié avec la France.
- Nouvelle demande : 35 œuvres supplémentaires et des archives coloniales, basée sur une loi-cadre entrée en vigueur en mai 2026.
- Cette loi, inédite, encadre désormais les procédures de restitution des biens culturels à leur pays d’origine.
Un cadre légal renforcé pour les restitutions
La loi-cadre béninoise, promulguée en mai 2026, marque une étape décisive dans la politique de restitution des biens culturels. Elle prévoit des mécanismes juridiques précis pour identifier, évaluer et récupérer les œuvres et documents spoliés pendant la période coloniale. Selon Paris, cette législation renforce la légitimité des demandes béninoises, tout en posant les bases d’un dialogue structuré avec l’ancienne puissance coloniale. Les négociations pourraient s’appuyer sur des expertises communes, comme ce fut le cas pour les 26 objets restitués en 2021.
Les autorités béninoises n’ont pas précisé quelles œuvres ou archives figuraient sur la liste des 35 demandes, mais le ministère de la Culture à Cotonou a indiqué que les pièces concernées provenaient majoritairement des collections du musée du Quai Branly – Jacques Chirac et des archives nationales françaises. « Ces biens font partie intégrante de notre histoire et de notre identité », a rappelé un responsable du ministère, sans citer de noms de pièces.
Le précédent de 2021 : un modèle pour les négociations actuelles ?
Le retour des 26 œuvres en novembre 2021 avait marqué un tournant dans les relations franco-béninoises. Parmi les objets rapatriés figuraient des statues du royaume d’Abomey, des trônes royaux et des portes sacrées, symboles de la résistance culturelle dahoméenne. Ce transfert avait été salué comme un exemple de coopération postcoloniale, même si certains observateurs avaient souligné l’absence de cadres juridiques clairs à l’époque. Aujourd’hui, avec la loi-cadre béninoise, les deux pays disposent d’un outil pour accélérer les discussions.
Côté français, le gouvernement n’a pas encore réagi officiellement à la nouvelle demande. Cependant, le président Emmanuel Macron avait déjà acté en 2018 une volonté de restitution partielle du patrimoine africain, via un rapport commandé à l’historien Bénédicte Savoy et à l’écrivain sénégalais Felwine Sarr. Ce rapport avait recommandé le retour d’objets acquis dans des conditions jugées contestables. Cinq ans plus tard, la France semble donc prête à engager un nouveau chapitre, même si les modalités pratiques restent à définir.
Dans l’immédiat, le Bénin mise sur la pression diplomatique et l’appui de l’UNESCO, qui a adopté en 2023 une recommandation encourageant les États à faciliter les restitutions. « Notre combat ne fait que commencer », a affirmé un haut fonctionnaire béninois sous couvert d’anonymat, évoquant une « dette morale » de la France envers l’Afrique.
Une première réunion technique entre experts des deux pays est prévue d’ici la fin de l’année 2026. Si les négociations aboutissent, les restitutions pourraient s’étaler sur plusieurs années, comme pour les 26 œuvres rapatriées en 2021.