La direction de la Biennale d’art contemporain de Gwangju, en Corée du Sud, pourrait revenir sur sa décision controversée de renommer le « Taiwan Pavilion » en « Taipei Pavilion », selon Libération.

Ce qu'il faut retenir

  • Le changement de dénomination du pavillon taïwanais a suscité une vive polémique parmi les artistes participants.
  • La direction de la Biennale envisage un possible retour en arrière, sous la pression des contestations.
  • Plusieurs intervenants évoquent une possible ingérence politique chinoise dans cette décision.
  • La Biennale de Gwangju, l’une des plus importantes en Asie, se tient actuellement en Corée du Sud.

C’est une décision qui a pris de court les participants à l’édition 2026 de la Biennale de Gwangju. La direction du festival a annoncé, sans explication préalable, le renommage du « Taiwan Pavilion » en « Taipei Pavilion », suscitant immédiatement une levée de boucliers parmi les artistes et commissaires d’exposition. Selon plusieurs sources proches du dossier, cette modification, effective depuis le 1er septembre 2026, a été perçue comme une tentative d’effacer toute référence à Taïwan en tant qu’entité politique distincte.

Parmi les premiers à réagir, Lee Ming-tien, artiste taïwanais participant à la Biennale, a dénoncé une « décision unilatérale prise sous influence extérieure ». Dans un communiqué diffusé hier, il a souligné : «

Ce changement de nom n’est pas anodin. Il s’agit d’une tentative de normaliser la vision chinoise selon laquelle Taïwan serait une simple province, et non un territoire autonome. Nous refusons cette instrumentalisation de l’art à des fins géopolitiques.
» D’autres artistes ont relayé ses propos, certains allant jusqu’à menacer de retirer leurs œuvres si la décision n’était pas annulée.

De son côté, la direction de la Biennale a tenté de minimiser la portée de cette décision. Interrogé par Libération, Kim Ji-hoon, porte-parole de l’événement, a indiqué que « le changement de nom visait simplement à clarifier la représentation géographique des artistes invités ». Il a ajouté que « la direction étudiait actuellement les retours reçus et n’excluait pas de revenir sur cette décision si cela s’avérait nécessaire ». Cette formulation prudente laisse planer le doute sur une possible volte-face, alors que la polémique prend de l’ampleur.

L’affaire intervient dans un contexte géopolitique particulièrement tendu. Depuis plusieurs années, la Chine exerce une pression croissante sur Taïwan, qu’elle considère comme une partie intégrante de son territoire. En 2024, Pékin avait déjà obtenu le retrait de Taïwan de plusieurs organisations internationales, comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’art, souvent perçu comme un terrain neutre, devient ici un nouveau champ de bataille symbolique. Plusieurs observateurs pointent du doigt l’influence de Pékin dans cette décision, bien que rien ne permette encore de l’affirmer avec certitude.

Et maintenant ?

Si la direction de la Biennale devait revenir sur sa décision, cela pourrait intervenir d’ici la fin de la semaine, à l’approche de l’inauguration officielle prévue le 10 septembre 2026. Une annulation du changement de nom permettrait de calmer les esprits, mais risquerait également de froisser les relations avec la Chine, principale puissance invitante dans de nombreux événements culturels en Asie. Pour l’heure, les artistes taïwanais maintiennent leur participation, tout en exigeant des garanties écrites sur le maintien du nom initial du pavillon.

Reste à savoir si cette affaire restera cantonnée au milieu artistique ou si elle s’étendra à d’autres domaines diplomatiques. Une chose est sûre : la Biennale de Gwangju, jusqu’ici réputée pour son ouverture, se retrouve malgré elle au cœur d’un débat bien plus large.

Pékin considère Taïwan comme une province chinoise et rejette toute reconnaissance de l’île comme entité souveraine. Depuis des décennies, la Chine fait pression pour que Taïwan soit désigné uniquement sous le nom de « Taipei chinois » ou « Taipei, Chine », afin d’effacer toute idée d’autonomie. Cette stratégie s’inscrit dans une politique plus large visant à isoler diplomatiquement Taïwan sur la scène internationale.