À Bordeaux, la municipalité a lancé un vaste programme de désherbage des trottoirs, tandis que Montpellier réfléchit à étendre le premier « quartier sauvage » de France. Une opposition symbolique entre deux visions de la gestion des espaces verts urbains, selon Le Monde.

Ce qu'il faut retenir

  • La ville de Bordeaux a engagé un programme de désherbage systématique des trottoirs, selon la nouvelle équipe municipale en place depuis 2026.
  • Montpellier envisage d’étendre son premier « quartier sauvage » de France, un projet pilote lancé en 2025 pour favoriser la biodiversité locale.
  • Ces initiatives opposent deux approches : la gestion traditionnelle des espaces verts et la promotion d’une végétation spontanée en milieu urbain.
  • Les partisans de la « nature sauvage » mettent en avant ses bénéfices écologiques, tandis que leurs détracteurs soulignent les risques sanitaires et esthétiques.

Bordeaux mise sur le désherbage systématique

Depuis l’arrivée de la nouvelle équipe municipale en 2026, Bordeaux a lancé un programme ambitieux de désherbage des trottoirs. Objectif affiché : maintenir une image de propreté et de rigueur dans la gestion des espaces publics. « Nous voulons offrir aux Bordelais un cadre de vie impeccable, où chaque trottoir est entretenu avec soin », a déclaré Pierre-Yves Bournazel, adjoint au maire chargé de la propreté. La municipalité a alloué un budget de 500 000 euros pour cette opération, couvrant l’ensemble des 2 000 km de trottoirs de la ville. — Une somme qui suscite des débats parmi les écologistes, pour qui cette approche va à l’encontre des efforts de renaturation urbaine.

Montpellier, laboratoire de la biodiversité sauvage

De l’autre côté, Montpellier expérimente une approche radicalement opposée. La ville a lancé en 2025 son premier « quartier sauvage », situé dans le quartier de la Mosson, où la végétation spontanée est non seulement tolérée mais encouragée. « Nous voulons montrer qu’une ville peut coexister avec la nature sans renoncer à son attractivité », explique Michaël Delafosse, maire de Montpellier. — Ce quartier pilote, qui s’étend sur 3 hectares, a déjà permis l’observation de 47 espèces d’insectes pollinisateurs et de 12 variétés de plantes sauvages absentes des espaces verts traditionnels. La ville envisage désormais d’étendre ce modèle à d’autres secteurs, avec un budget de 300 000 euros prévu pour 2026.

Deux visions qui divisent les experts

Ces deux politiques urbaines illustrent un clivage croissant parmi les acteurs du verdissement des villes. Les défenseurs du désherbage systématique, comme à Bordeaux, invoquent des arguments sanitaires : « Les herbes folles peuvent abriter des rongeurs ou des moustiques », rappelle un responsable de la mairie. En revanche, les partisans de la « nature sauvage », comme à Montpellier, soulignent les services écosystémiques rendus : régulation des températures, réduction des îlots de chaleur et soutien à la biodiversité. — Une étude de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, publiée en 2025, estime que les villes engagées dans la renaturation pourraient réduire leurs besoins en arrosage de 30 % et leurs émissions de CO₂ liées à l’entretien des espaces verts de 20 %.

Et maintenant ?

À Bordeaux, le programme de désherbage devrait se poursuivre jusqu’à la fin de l’année 2026, avec une évaluation prévue en 2027 pour mesurer son impact sur la propreté et le budget municipal. À Montpellier, l’extension du quartier sauvage dépendra des résultats de l’expérimentation en cours, avec une décision attendue d’ici la fin du premier trimestre 2027. — Reste à voir si ces politiques divergentes pourront converger vers un modèle hybride, intégrant à la fois propreté et biodiversité.

Ces initiatives locales s’inscrivent dans un mouvement plus large, porté par la Stratégie nationale pour la biodiversité 2030, qui encourage les collectivités à repenser leur rapport à la nature en milieu urbain. Avec 70 % de la population française vivant en ville, selon l’Insee, la question n’est plus seulement écologique, mais aussi sociétale.

Les risques principaux concernent la prolifération de rongeurs ou d’insectes vecteurs de maladies, comme les moustiques tigres. Cependant, des études montrent que ces risques peuvent être maîtrisés par un entretien régulier des zones tampons, sans recourir au désherbage total. À Montpellier, par exemple, les herbes hautes sont coupées une fois par an pour éviter les excès.