Dans moins de 30 heures, le réseau Bitcoin pourrait connaître un tournant majeur avec l’activation du BIP-110, une proposition visant à modifier les règles de consensus du protocole. Selon Cryptoast, ce mécanisme, soutenu par une partie des développeurs opposés à Bitcoin Core, suscite de vifs débats au sein de la communauté. Alors que les mineurs n’ont signalé qu’à peine 2,6 % des blocs en faveur du BIP-110, ses promoteurs envisagent désormais une activation forcée dès ce week-end, risquant de fragmenter la blockchain.

Ce qu'il faut retenir

  • 47 blocs seulement ont signalé leur soutien au BIP-110 sur les 2 016 derniers blocs, soit 2,6 %, loin du seuil de 55 % requis.
  • Le mécanisme d’activation forcée, inspiré des « User Activated Soft Fork » (UASF), pourrait entrer en vigueur dès le bloc #961 632, prévu dans moins de 30 heures.
  • Une chaîne parallèle pourrait émerger si une partie des nœuds applique les nouvelles règles, sans pour autant disposer d’un hashrate suffisant pour garantir sa stabilité.
  • Le BIP-110 vise à limiter temporairement les données non monétaires dans la blockchain, un sujet au cœur des tensions autour de l’évolution de Bitcoin.
  • Les risques de « rejeu » de transactions entre les deux chaînes pourraient compliquer les échanges et créer des confusions.

Un débat ancien : Bitcoin et la place des données non monétaires

L’arrivée des Ordinals et des inscriptions a ravivé une question centrale pour les puristes du Bitcoin : jusqu’où peut-on aller dans l’ajout de données non financières sur la blockchain ? Selon Cryptoast, le BIP-110, porté par des développeurs opposés à Bitcoin Core, propose d’encadrer ces pratiques en inscrivant des restrictions directement dans les règles de consensus. L’objectif ? Limiter temporairement l’espace occupé par ces données, jugées incompatibles avec la vision initiale de Bitcoin comme monnaie pure.

Pourtant, cette approche divise. D’un côté, ses défenseurs estiment que ces inscriptions perturbent le réseau en congestionnant les blocs. De l’autre, ses détracteurs y voient une tentative de censure ou une dérive autoritaire, incompatible avec l’esprit décentralisé de Bitcoin. « Les Ordinals et les inscriptions ont profondément transformé l’usage de la blockchain, forçant la communauté à repenser son rôle », souligne Cryptoast.

Un mécanisme d’activation contesté et un seuil inatteignable

Le BIP-110 repose sur un mécanisme d’activation en deux temps. D’abord, une phase volontaire où les mineurs doivent signaler leur soutien en incluant un indicateur spécifique dans les blocs. Pour être validé, ce signalement nécessite un seuil de 55 % sur une période de 2 016 blocs (soit environ deux semaines). À ce jour, seulement 47 blocs ont affiché leur soutien, un record en progression mais insuffisant pour atteindre l’objectif.

Même si les 210 blocs restants avant l’échéance du bloc #961 632 (prévu dans moins de 30 heures) signalaient tous le BIP-110, le seuil de 1 109 signaux ne serait pas atteint. Autant dire que la première phase du mécanisme est un échec. Pourtant, les promoteurs du BIP-110 n’ont pas abandonné leur projet. Ils prévoient désormais une activation forcée via les nœuds, un scénario risqué qui rappelle les « User Activated Soft Fork » (UASF) comme celui du fork eCash lancé par Paul Sztorc.

Un hard fork forcé et les risques d’une chaîne parallèle instable

À partir du bloc #961 632, les nœuds ayant installé le client BIP-110 considéreront comme invalides les blocs ne signalant pas son adoption. Les mineurs qui refuseraient de se conformer verraient alors leurs blocs rejetés par cette partie du réseau. Avec environ 20 % des nœuds estimés compatibles avec le BIP-110, mais dont l’influence réelle reste incertaine, la situation pourrait dégénérer.

Si une minorité de mineurs produit des blocs compatibles, une chaîne parallèle pourrait émerger dès ce week-end. Cependant, sans hashrate suffisant, cette nouvelle branche resterait lente, instable et potentiellement vulnérable aux attaques. « Une chaîne parallèle sans soutien économique ou technique solide aurait toutes les chances de disparaître rapidement », tempère Cryptoast. Le risque principal réside dans les transactions rejouables : si deux utilisateurs échangent des bitcoins sur cette chaîne, la même transaction pourrait être rediffusée sur la blockchain principale, créant des doubles dépenses.

Des conséquences pratiques à surveiller dès le 1er septembre

Si le BIP-110 devait s’imposer, ses effets ne seraient pleinement visibles qu’à partir du 1er septembre 2026, date prévue pour l’activation des nouvelles règles concernant OP_RETURN, Taproot et d’autres opcodes. Ces modifications visent à restreindre l’espace alloué aux données non monétaires, mais leur application dépendra de la viabilité de la chaîne parallèle.

Pour l’heure, la communauté Bitcoin reste divisée. Les partisans du BIP-110 y voient une solution pour préserver la performance du réseau, tandis que ses opposants dénoncent une tentative de contrôle centralisé. « Ce débat dépasse le simple cadre technique : il interroge l’avenir même de Bitcoin », rappelle Cryptoast. Une chose est sûre : l’activation forcée prévue ce week-end pourrait marquer un tournant, qu’il soit temporaire ou définitif.

Et maintenant ?

D’ici le bloc #961 632, prévu dans moins de 30 heures, la communauté Bitcoin pourrait assister à une fragmentation du réseau si les nœuds BIP-110 appliquent leur mécanisme forcé. Les prochaines heures seront cruciales pour évaluer la réaction des mineurs et des échanges. Une chaîne parallèle émergerait-elle ? Combien de nœuds et de mineurs la soutiendraient ? Autant de questions qui trouveront peut-être des réponses dès ce week-end, avec des conséquences à court terme sur la stabilité et la crédibilité du réseau.

Si le BIP-110 échoue à s’imposer, le débat sur la place des données non monétaires dans Bitcoin continuera probablement de diviser. À l’inverse, une adoption partielle ou totale pourrait accélérer les tensions entre les différentes factions de la communauté, forçant une clarification des règles de consensus à long terme.

Le signalement de bloc est un indicateur inscrit par un mineur dans l’en-tête d’un bloc Bitcoin pour annoncer qu’il est prêt à appliquer une mise à jour spécifique. Pour le BIP-110, ce signalement permet de mesurer le soutien des mineurs avant son activation. Sans un seuil suffisant (55 % sur 2 016 blocs), le mécanisme forcé pourrait être déclenché, forçant une partie du réseau à appliquer les nouvelles règles.

Un hard fork forcé risque de créer une chaîne parallèle instable, sans hashrate suffisant pour garantir sa sécurité. Les principaux dangers incluent des transactions rejouables entre les deux chaînes, une fragmentation du réseau et une perte de confiance des utilisateurs. De plus, les échanges et les portefeuilles pourraient avoir du mal à gérer cette situation, compliquant les échanges pour les détenteurs de bitcoins.