Alors que la junte birmane, dirigée par Min Aung Hlaing depuis le coup d’État de 2021, cherche à sortir de son isolement international, la Thaïlande a choisi de lui tendre la main. Une stratégie qui s’accompagne d’enjeux environnementaux majeurs, notamment la pollution des rivières thaïlandaises, causée par l’extraction intensive de terres rares dans les États shan et kachin, en Birmanie. Selon RFI, cette exploitation minière, devenue un levier économique pour la junte, a des répercussions transfrontalières qui menacent les écosystèmes et les populations locales.
Ce qu'il faut retenir
- Min Aung Hlaing, chef de la junte birmane depuis 2021, effectue un déplacement en Thaïlande pour rétablir des liens diplomatiques
- L’exploitation minière birmane des terres rares, essentielles à l’industrie high-tech, pollue les rivières thaïlandaises voisines
- Les méthodes d’extraction artisanale utilisées en Birmanie libèrent des substances toxiques comme l’acide sulfurique
- La Thaïlande, déjà touchée par des cas de maladies liées à cette pollution, tente de négocier des solutions avec la junte
- Les terres rares, exploitées massivement depuis 2020, sont devenues un enjeu stratégique pour Naypyidaw
Min Aung Hlaing, qui a orchestré le putsch militaire du 1er février 2021 contre le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi, a été accueilli en grande pompe par les autorités thaïlandaises. Ce déplacement s’inscrit dans une volonté de la junte de rompre son isolement diplomatique, tout en répondant à une crise environnementale qui touche directement la Thaïlande. D’après RFI, Bangkok mise sur le dialogue pour régler les conséquences de la guerre civile birmane, notamment la dégradation des écosystèmes transfrontaliers. « L’exploitation minière des terres rares en Birmanie a pris une ampleur inédite depuis 2020, avec des méthodes souvent artisanales et extrêmement polluantes », a expliqué un expert en environnement interrogé par la rédaction.
Les terres rares, au nombre de 17, sont des minerais stratégiques utilisés dans la fabrication de smartphones, d’éoliennes ou encore de missiles. Leur extraction en Birmanie, bien que légale sous le régime militaire, repose sur des techniques rudimentaires. « Les mineurs utilisent des bassins d’acide sulfurique pour séparer les minerais, une pratique qui contamine les sols et les cours d’eau », a précisé l’expert. La rivière Moei, qui marque la frontière entre la Birmanie et la Thaïlande dans la région de Mae Sot, illustre cette pollution croissante. Des analyses récentes ont révélé des taux anormalement élevés de métaux lourds dans ses eaux, affectant les cultures locales et la santé des riverains.
Les autorités thaïlandaises ont recensé plusieurs cas de maladies dermatologiques et respiratoires chez les habitants des provinces frontalières, notamment à Mae Sot et Tak. « Depuis 2023, le nombre de consultations pour intoxications liées à l’eau contaminée a augmenté de 30 % dans les hôpitaux de la région », a indiqué un responsable du ministère thaïlandais de la Santé. Face à cette situation, Bangkok a tenté d’imposer des normes environnementales à la junte birmane, sans succès pour l’instant. « Les négociations sont au point mort, car Naypyidaw considère l’exploitation des terres rares comme une manne financière indispensable », a souligné un diplomate sous couvert d’anonymat.
Cette affaire illustre les dilemmes auxquels font face les pays voisins de la Birmanie. D’un côté, ils cherchent à rétablir des relations diplomatiques avec le régime militaire pour des raisons économiques ou stratégiques. De l’autre, ils doivent composer avec les conséquences environnementales et sanitaires de l’exploitation minière birmane. « Le boom des terres rares en Birmanie est un exemple frappant de la façon dont les régimes autoritaires externalisent les coûts environnementaux de leur développement », a analysé un chercheur en géopolitique des ressources naturelles.
Alors que la demande mondiale en terres rares continue de croître, notamment pour les technologies vertes et les industries de défense, les pays d’Asie du Sud-Est pourraient être contraints de trouver des solutions communes. Une coopération régionale renforcée, incluant des mécanismes de contrôle et de compensation, semble désormais indispensable pour limiter l’impact de cette exploitation. En attendant, les populations frontalières thaïlandaises continuent de subir les conséquences d’une activité minière qu’elles n’ont pas choisie.
La Thaïlande mise sur une stratégie de réalpolitik : isoler la junte birmane n’a pas permis de résoudre la crise politique en Birmanie, et une coopération minimale est jugée nécessaire pour stabiliser la région. De plus, Bangkok espère sécuriser des approvisionnements en terres rares, essentielles à son industrie électronique.
Parmi les pistes envisagées, on compte le renforcement des contrôles aux frontières, la demande de compensations financières pour les préjudices environnementaux, ou encore la recherche de fournisseurs alternatifs de terres rares. Une solution idéale consisterait en un accord régional imposant des normes environnementales strictes à la Birmanie.