D’après une étude de la plateforme River relayée par Cryptoast, près de 1,57 million de Bitcoins (BTC) auraient été définitivement perdus par des utilisateurs pratiquant la self-custody. Ce chiffre se rapproche des 1,51 millions de BTC disparus lors de hacks, faillites ou détournements sur les plateformes d’échange. Une proximité qui interroge sur la sécurité relative de ces deux méthodes de conservation.

Ce qu'il faut retenir

  • La self-custody aurait entraîné la perte de 1,57 million de BTC, principalement avant 2020, selon River.
  • Les plateformes d’échange ont perdu 1,51 millions de BTC lors d’incidents documentés : 1,18 million en hacks, 155 000 en faillites, 138 000 en détournements internes et 32 000 en défaillances opérationnelles.
  • Les pertes en self-custody sont des estimations basées sur l’analyse des données on-chain, sans certitude absolue.
  • Les outils de sécurisation en self-custody se sont améliorés depuis 2020, réduisant les risques de perte.
  • Un portefeuille multisig correctement configuré peut limiter les risques de vol ou de perte.

La self-custody, une sécurité relative face aux risques des plateformes

La self-custody, ou conservation autonome des Bitcoins, permet aux détenteurs de garder le contrôle total de leurs fonds. Elle élimine les risques de blocage des retraits, de faillite de l’exchange ou de cyberattaque massive. En revanche, elle transfère l’entière responsabilité au propriétaire : une mauvaise configuration, une perte de phrase de récupération ou un bug technique peut entraîner la perte définitive des actifs. Selon River, 98 % des 1,57 million de BTC perdus en self-custody l’ont été avant 2020, une période où les solutions de sécurisation étaient moins accessibles et moins matures.

À l’inverse, les pertes sur les plateformes d’échange sont des événements documentés et parfois partiellement compensés. «

Les données montrent que les exchanges ont subi des pertes importantes, mais certains clients ont pu être remboursés, parfois après plusieurs années
», explique un porte-parole de River. Ces pertes incluent des hacks comme celui de Mt. Gox en 2014 ou de Coincheck en 2018, des faillites comme celle de Celsius en 2022, ou encore des détournements internes, comme celui de QuadrigaCX en 2019.

Des estimations difficiles à comparer

Les deux types de pertes — self-custody et plateformes d’échange — ne sont pas directement comparables. Les 1,51 millions de BTC perdus sur les exchanges correspondent à des incidents avérés et documentés, avec des procédures de remboursement parfois longues. En revanche, les 1,57 millions de BTC estimés en self-custody sont calculés à partir de l’analyse des données on-chain. River identifie les Bitcoins restés immobiles pendant de longues périodes, sans pouvoir distinguer avec certitude un détenteur ayant simplement oublié ses fonds d’un portefeuille définitivement perdu.

«

Notre méthode repose sur l’observation des transactions on-chain. Si un BTC n’a pas bougé depuis plus de cinq ans et que son propriétaire n’a pas réagi à des alertes, nous le comptabilisons comme perdu
», précise l’équipe de River. Cette approche reste une estimation, car elle ne peut écarter la possibilité que certains détenteurs aient simplement choisi de ne pas déplacer leurs fonds pour des raisons stratégiques ou fiscales.

Les limites de la self-custody et l’importance des bonnes pratiques

Malgré ses avantages, la self-custody n’est pas sans risques. L’affaire de la faille Coldcard, qui a permis le vol de plus de 1 300 BTC via des seeds vulnérables, illustre les dangers liés à une mauvaise configuration. Confier plusieurs centaines de milliers d’euros à une seule clé, dont la génération peut être compromise, crée un point de défaillance unique. Pour éviter ce scénario, les experts recommandent l’utilisation de portefeuilles multisig, comme un schéma 2-sur-3 réparti sur des appareils de fabricants différents. Cette solution limite les risques, à condition que les clés ne proviennent pas toutes du même appareil ou du même type de vulnérabilité.

Les détenteurs de Bitcoin en self-custody disposent aujourd’hui d’outils plus accessibles pour sécuriser leurs fonds. Des solutions comme les sauvegardes testées, plusieurs clés réparties dans différents lieux géographiques ou des mécanismes de récupération avec timelocks renforcent la sécurité. «

Une self-custody bien conçue réduit les risques sans recréer de tiers de confiance
», souligne un analyste spécialisé. Elle élimine en effet le risque de vol, de blocage ou de saisie par un exchange, tout en protégeant les données personnelles des détenteurs.

Une question de confiance et de responsabilité

Le débat entre self-custody et plateformes d’échange dépasse la simple comparaison des pertes enregistrées. Il s’agit avant tout d’un choix entre deux philosophies : la confiance dans un tiers centralisé ou la responsabilité individuelle. Les plateformes offrent une accessibilité et une simplicité, mais au prix d’un risque systémique. La self-custody, en revanche, exige une rigueur technique et une discipline constante, mais promet une souveraineté financière totale.

Cependant, comme le rappelle River, «

les pertes en self-custody sont souvent définitives, tandis que celles sur les exchanges peuvent donner lieu à des remboursements, même partiels et tardifs
». Cette nuance est essentielle pour les détenteurs de Bitcoin, qui doivent évaluer leur tolérance au risque et leur capacité à gérer eux-mêmes la sécurisation de leurs actifs.

Et maintenant ?

Les avancées technologiques en matière de sécurisation des portefeuilles pourraient réduire les pertes en self-custody dans les années à venir. L’amélioration des interfaces utilisateurs, des protocoles multisig et des solutions de récupération automatisée devrait rendre cette pratique plus accessible. Du côté des plateformes d’échange, les régulations croissantes, comme le règlement européen MiCA, pourraient limiter les risques de hacks ou de détournements. Reste à voir si ces mesures suffiront à inverser la tendance des pertes, alors que l’adoption du Bitcoin continue de progresser.

Une chose est sûre : la question de la sécurité des actifs numériques reste au cœur des préoccupations des investisseurs. Que ce soit en self-custody ou via un exchange, chaque méthode présente des avantages et des inconvénients qu’il convient d’évaluer avec soin.

Un hack désigne une cyberattaque où des pirates exploitent une faille pour voler des fonds, comme ce fut le cas pour Mt. Gox ou Coincheck. Une défaillance opérationnelle peut inclure des erreurs internes, des bugs logiciels ou des problèmes de gestion entraînant la perte de fonds, comme lors de la faillite de FTX en 2022.

Avant 2020, les solutions de sécurisation comme les portefeuilles multisig étaient moins accessibles et moins répandues. Les utilisateurs dépendaient souvent de méthodes moins sûres, comme des phrases de récupération mal sauvegardées ou des portefeuilles logiciels vulnérables. Depuis, l’écosystème a évolué avec des outils plus robustes et des bonnes pratiques mieux diffusées.