La société Bitmine Immersion Technologies (BMNR), souvent présentée comme la plus grande « Ethereum Treasury Company » au monde, vient de publier des résultats comptables qui laissent planer le doute sur la viabilité de son modèle. Selon Cryptoast, l’entreprise a enregistré une perte nette de 3,82 milliards de dollars pour le trimestre clos le 28 février 2026, contre seulement 1,15 million de dollars sur la même période un an plus tôt. Sur six mois, les pertes cumulées dépassent désormais les 9 milliards de dollars.
Ce qu'il faut retenir
- Bitmine affiche 3,82 milliards de dollars de pertes nettes au dernier trimestre, contre 1,15 million un an plus tôt, selon Cryptoast.
- Cette perte s’explique presque intégralement par la dépréciation de ses avoirs en Ether, dont la valeur comptable a chuté avec le cours de l’ETH.
- L’entreprise détient 4,87 millions d’Ether, soit environ 4,04 % de l’offre totale en circulation, avec un objectif de 5 %.
- Elle mise aussi sur le staking, qui génère un rendement passif de 2,89 % annuel, soit une projection de 212 millions de dollars par an.
- Bitmine dispose encore de 719 millions de dollars de liquidités, suffisantes pour tenir plusieurs années sans vendre d’Ether.
Ces chiffres spectaculaires s’expliquent en grande partie par la chute de la valeur comptable des actifs de Bitmine. Sur les 3,82 milliards de pertes déclarées, 3,78 milliards correspondent à des moins-values latentes sur ses avoirs en Ether. La société n’a pas cédé ses actifs : c’est la baisse du cours de l’Ether qui a mécaniquement réduit la valeur de son portefeuille.
À ce jour, Bitmine possède 4,87 millions d’Ether, acquis à un prix moyen de 2 206 dollars par token. Au 15 avril 2026, avec un cours de l’ETH à 2 331 dollars, sa position reste bénéficiaire sur le papier. Pourtant, ce niveau reste très éloigné des sommets historiques : l’Ether avait atteint 4 946 dollars en août 2025 avant de subir un repli marqué.
Un modèle inédit : une trésorerie d’entreprise 100 % en Ether
Bitmine se distingue comme la seule entreprise à grande échelle à avoir construit sa trésorerie sur l’Ether plutôt que sur le Bitcoin. Son objectif affiché est de détenir 5 % de l’offre totale d’Ether en circulation — elle en détient déjà 4,04 %. Cette stratégie rappelle celle de MicroStrategy, qui a massivement investi dans le Bitcoin, mais avec une particularité : l’Ether permet le staking, offrant un rendement passif que le Bitcoin ne propose pas nativement.
Tom Lee, président de Bitmine, maintient un discours optimiste malgré ces pertes comptables. « Bitmine a continué d’acheter de l’Ethereum, car nous considérons cette correction comme une opportunité d’entrée attractive, compte tenu des fondamentaux solides. » Il précise que la société a même accéléré ses achats ces quatre dernières semaines, estimant que l’Ether se trouve dans les dernières phases d’un « mini hiver crypto ».
Cette approche s’inscrit dans une logique de long terme. L’entreprise mise sur une reprise du marché et la capacité de l’Ether à générer des revenus via le staking. À ce jour, 3 334 637 ETH sont stakés, soit environ 68 % des avoirs totaux. Le rendement annualisé atteint 2,89 %, ce qui devrait rapporter 212 millions de dollars par an selon les projections. Sur le dernier trimestre, les récompenses de staking ont déjà généré 10 millions de dollars, couvrant la quasi-totalité du chiffre d’affaires de 11,04 millions enregistré sur la période.
Le staking, atout majeur ou épée de Damoclès ?
Le staking représente un avantage concurrentiel pour Bitmine par rapport à des acteurs comme MicroStrategy, qui ne peuvent pas générer de revenus passifs avec leurs avoirs en Bitcoin. Pourtant, ce modèle comporte des risques structurels. Le taux de rendement du staking n’est pas fixe : il diminue mécaniquement à mesure que davantage d’utilisateurs rejoignent le réseau. Si la tendance se poursuit, le taux de 2,89 % pourrait se comprimer, réduisant d’autant les revenus escomptés.
Cette sensibilité aux variations du rendement du staking est un facteur de risque que Bitmine ne maîtrise pas. À long terme, une compression des taux pourrait remettre en cause l’équilibre économique du modèle, surtout si le cours de l’Ether reste atone.
Malgré ces incertitudes, la trésorerie de l’entreprise semble suffisamment solide pour absorber plusieurs trimestres difficiles. Bitmine dispose encore de 719 millions de dollars en liquidités, auxquels s’ajoutent une participation de 200 millions dans Beast Industries et 85 millions dans Eightco Holdings. De quoi tenir sans vendre un seul Ether, même en cas de marché baissier prolongé.
Une introduction en Bourse stratégique pour diversifier les financements
En mars 2026, Bitmine a franchi une étape majeure en s’introduisant sur le New York Stock Exchange (NYSE), passant du NYSE American au NYSE principal. Cette migration n’est pas anodine : elle ouvre la voie à de nouveaux leviers de financement, comme des émissions obligataires ou des produits dérivés liés à l’Ether. Bitmine pourrait ainsi s’inspirer des méthodes utilisées par MicroStrategy, qui a notamment recours à des notes convertibles pour financer ses achats de Bitcoin.
Pour l’instant, la société n’a pas besoin de recourir à ces instruments. Ses pertes restent purement comptables et non réalisées, car elles résultent de la baisse du cours de l’Ether et non de ventes forcées. Le scénario catastrophe — un effondrement durable de l’ETH sous le prix d’acquisition moyen de 2 206 dollars — reste théorique. Tant que la trésorerie le permet, Bitmine peut attendre une remontée des cours.
Une expérience unique, un verdict encore incertain
Bitmine incarne une expérience sans précédent dans le monde des entreprises cotées : une trésorerie 100 % en Ether, combinant accumulation de tokens et staking. Aucun autre acteur ne pousse aussi loin ce modèle, qui repose sur l’hypothèse d’une appréciation future de l’Ether et d’un rendement stable du staking.
Si l’Ether retrouvait des niveaux proches de ses sommets, la stratégie de Bitmine s’avérerait payante. En revanche, dans un scénario de marché atone ou de compression des taux de staking, les 212 millions de dollars de revenus projetés pourraient ne pas suffire à couvrir les besoins de l’entreprise à long terme. Le verdict final dépendra donc des évolutions du marché et de la capacité de Bitmine à maintenir sa discipline d’investissement.
En attendant, Bitmine continue d’affirmer sa conviction. « Nous voyons cette période comme une opportunité d’accumuler davantage d’Ether à des prix attractifs », a déclaré Tom Lee. Le pari reste entier : celui d’un marché qui finira par récompenser sa patience.
Les pertes de Bitmine sont principalement comptables car elles résultent de la baisse de la valeur de ses avoirs en Ether, sans que l’entreprise n’ait vendu ses tokens. Selon Cryptoast, 3,78 milliards de dollars sur les 3,82 milliards de pertes déclarées correspondent à des moins-values latentes, liées à la chute du cours de l’ETH entre août 2025 et avril 2026.
Le staking permet à Bitmine de générer un rendement passif grâce à ses avoirs en Ether, contrairement à MicroStrategy, dont la trésorerie en Bitcoin ne produit aucun revenu. Bitmine a staké 68 % de ses ETH, générant un taux annualisé de 2,89 %, soit une projection de 212 millions de dollars par an.
