Le marché de l’énergie traverse une période de forte tension depuis plusieurs semaines, alors que le blocage prolongé du détroit d’Ormuz, artère majeure pour le transport du pétrole et du gaz du Golfe, a provoqué un déficit de production quotidien estimé à 14,4 millions de barils. Selon Courrier International, qui reprend une analyse du Financial Times, les pays du Golfe peinent à compenser cette interruption, malgré le recours massif aux réserves stratégiques de brut.
Jusqu’à présent, les conséquences sont restées limitées dans les pays développés, où les pénuries n’ont pas été massives, même si le prix de l’essence et des billets d’avion a fortement augmenté. En revanche, les pays pauvres d’Afrique et d’Asie subissent déjà des ruptures d’approvisionnement. L’Agence internationale de l’énergie (AIE), citée par Courrier International, a prévenu à la mi-mai que les réserves pétrolières mondiales s’épuisaient à un rythme inquiétant, annonçant des pénuries plus marquées dans les semaines à venir et une flambée des prix dans les économies avancées.
Ce qu’il faut retenir
- Déficit de production : 14,4 millions de barils par jour manquants depuis trois mois en raison du blocage du détroit d’Ormuz.
- Réserves stratégiques : les stocks mondiaux de pétrole, largement mobilisés pour atténuer la crise, sont désormais menacés d’épuisement rapide.
- Pénuries ciblées : les pays en développement subissent déjà des ruptures d’approvisionnement, tandis que les pays riches voient surtout leurs prix s’envoler.
- Alerte de l’AIE : l’Agence internationale de l’énergie a tiré la sonnette d’alarme début mai, évoquant une dégradation rapide de la situation.
- Contexte géopolitique : la guerre en Iran, déclenchée il y a plusieurs mois, a précipité les États du Golfe à stocker massivement du pétrole avant le début des hostilités.
- Consommation en baisse : la demande a légèrement reculé ces dernières semaines, offrant un répit temporaire, mais insuffisant pour inverser la tendance.
Dès les premiers jours du conflit en Iran, les États pétroliers du Golfe avaient anticipé le pire en augmentant leur production de manière exceptionnelle. Résultat : avant même le début des hostilités, les réserves à bord des navires pétroliers étaient supérieures à la normale. Une précaution qui a permis de limiter, dans un premier temps, l’impact du blocage sur les marchés.
Cependant, cette stratégie n’a été qu’un palliatif temporaire. Les analystes s’accordent à dire que la marge de manœuvre se réduit comme une peau de chagrin. « Les réserves stratégiques ne suffiront bientôt plus à compenser l’arrêt des flux de pétrole et de gaz », a souligné un expert cité par le Financial Times. Les stocks, autrefois considérés comme des amortisseurs en période de crise, sont aujourd’hui sous pression constante, et leur niveau actuel ne permettra pas de tenir plus de quelques semaines.
Des pénuries déjà visibles en Afrique et en Asie
Les répercussions du blocage du détroit d’Ormuz se font déjà sentir dans les régions les plus vulnérables. En Afrique subsaharienne et en Asie du Sud-Est, où les importations de carburant dépendent largement des voies maritimes, les pénuries se multiplient. Les gouvernements locaux tentent de rationner l’essence ou d’importer des volumes supplémentaires, mais les coûts logistiques et les délais de livraison aggravent la situation.
En Inde, par exemple, plusieurs États ont instauré des restrictions sur l’utilisation des véhicules officiels et encouragé le télétravail pour réduire la consommation. « La hausse des prix de l’essence a un impact direct sur le pouvoir d’achat des ménages, déjà fragilisés par l’inflation », a déclaré un représentant du ministère indien du Pétrole sous couvert d’anonymat. Dans certains pays, comme le Pakistan, des manifestations sporadiques ont éclaté pour protester contre les coupures d’électricité et les pénuries de carburant.
Les pays riches épargnés… pour l’instant
Dans les économies avancées, les effets du blocage restent moins visibles, mais la pression sur les prix est réelle. Aux États-Unis, le prix moyen du gallon d’essence a augmenté de plus de 15 % depuis avril, selon les données de l’Energy Information Administration. En Europe, les compagnies aériennes ont répercuté une partie de la hausse sur les tarifs des billets, entraînant des protestations des associations de consommateurs.
Les gouvernements des pays développés appellent à la modération, tout en évitant de prendre des mesures drastiques pour l’instant. Les États-Unis, premier producteur mondial de pétrole, ont autorisé une augmentation temporaire de leurs exportations, tandis que l’Union européenne discute d’un plan de coordination pour mutualiser les stocks en cas d’aggravation de la crise. « Nous surveillons la situation de près, mais nous ne sommes pas encore en situation d’urgence », a précisé une source diplomatique européenne.
Alors que les prix de l’énergie restent un sujet de préoccupation majeur pour les ménages et les entreprises, les gouvernements sont sous pression pour trouver des solutions durables. Les appels à une transition énergétique accélérée se multiplient, mais les experts rappellent que le pétrole reste indispensable dans l’immédiat pour éviter un effondrement économique.
Réactions internationales et scénarios possibles
Plusieurs pays ont déjà commencé à ajuster leur politique énergétique en réponse à la crise. L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, a annoncé qu’elle puiserait dans ses réserves pour honorer ses contrats, tout en appelant à une résolution rapide du conflit en Iran. « Notre priorité est de maintenir la stabilité des marchés », a déclaré le ministre saoudien de l’Énergie, le prince Abdulaziz ben Salmane, lors d’une conférence de presse à Riyad.
De son côté, la Chine, premier importateur mondial de pétrole, a accéléré ses achats de brut en provenance de Russie et du Venezuela, deux pays sous sanctions occidentales. Une stratégie qui pourrait, à terme, redessiner les flux commerciaux mondiaux. En Russie, le vice-premier ministre chargé de l’Énergie, Alexandre Novak, a salué « l’opportunité de renforcer nos partenariats avec des pays amis », tout en reconnaissant que la crise actuelle accélère les discussions sur la construction de nouveaux oléoducs vers l’Asie.
Plusieurs routes maritimes pourraient être envisagées pour contourner le détroit d’Ormuz, comme le passage par le cap de Bonne-Espérance (Afrique du Sud) ou l’utilisation de pipelines terrestres. Cependant, ces solutions sont coûteuses et nécessitent des infrastructures adaptées. Par exemple, le pipeline East-West en Arabie saoudite, qui relie la côte est du pays à la mer Rouge, pourrait être sollicité davantage, mais sa capacité est limitée à 5 millions de barils par jour.
Les gouvernements recommandent de réduire la consommation d’essence en privilégiant les transports en commun, le covoiturage ou le télétravail. Pour le chauffage, les thermostats peuvent être baissés de 1 à 2 degrés, et les travaux d’isolation sont encouragés. Les associations de consommateurs conseillent aussi de comparer les prix des carburants et de faire le plein en début de semaine, lorsque les tarifs sont généralement moins élevés.