La guerre en Iran, qui a débuté en 2025, a rappelé aux pays du Moyen-Orient les dangers des divisions et des rivalités régionales, tandis que le reste du monde a subi les conséquences directes de sa dépendance énergétique. Selon Courrier International, la fermeture partielle du détroit d’Ormuz par l’Iran au début du mois de mars 2026 a révélé, de manière brutale, les vulnérabilités des États face à des décisions géopolitiques extérieures. Ce bras de mer, par lequel transite environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial, est devenu le symbole des risques liés à l’interdépendance énergétique.

Ce qu'il faut retenir

  • Le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran en mars 2026 a perturbé le transit de 20 % du pétrole et du GNL mondiaux.
  • Plusieurs pays ont instauré des mesures d’urgence, comme l’état d’urgence énergétique aux Philippines ou le rationnement en Slovénie.
  • La Zambie a suspendu ses taxes sur les carburants pendant trois mois, coûtant 100 millions de dollars à son gouvernement déjà endetté.
  • Cette crise a révélé l’urgence pour les États de renforcer leur autonomie énergétique face aux pressions géopolitiques.
  • L’article s’appuie sur une analyse publiée par Foreign Affairs, référence en matière de relations internationales.

Une perturbation aux répercussions mondiales

Dès le 24 mars 2026, soit trois semaines après le début du blocage, les Philippines ont été le premier pays à proclamer l’état d’urgence énergétique. Cette décision reflétait l’ampleur de la crise : l’arrêt du transit dans le détroit d’Ormuz, bien que partiel, a suffi à déclencher une flambée des prix des hydrocarbures. Des économies aussi diverses que celles de la Zambie, de la Slovénie ou de plusieurs pays asiatiques ont dû réagir dans l’urgence. Bref, ce qui n’était qu’un conflit régional a rapidement transformé les équilibres économiques mondiaux, rappelant aux États leur fragilité face à des décisions prises à l’autre bout du globe.

En Zambie, où le gouvernement était déjà en difficulté financière, la suspension des taxes sur les carburants pendant trois mois a représenté un manque à gagner de 100 millions de dollars (soit 86 millions d’euros), selon les chiffres communiqués par les autorités. Une mesure temporaire, mais dont le coût illustre l’ampleur des sacrifices consentis pour atténuer l’impact de la crise. En Slovénie, le gouvernement a opté pour un rationnement strict des carburants, une décision impopulaire mais jugée nécessaire pour éviter une pénurie généralisée. D’autres pays, comme ceux d’Europe centrale, ont également imposé des restrictions ou subventionné les prix à la pompe pour limiter les tensions sociales.

L’autonomie énergétique, nouvelle priorité des États

Cette crise a agi comme un électrochoc pour les responsables politiques, notamment dans les pays dépendants des importations d’hydrocarbures. Foreign Affairs, cité par Courrier International, souligne que cette dépendance expose les États à des chantages géopolitiques. « Les régimes étrangers peuvent facilement priver un pays d’un produit indispensable et ainsi porter atteinte à sa souveraineté », a expliqué un expert en relations internationales interrogé par le magazine. Cette prise de conscience a accéléré les réflexions sur la diversification des approvisionnements, le développement des énergies renouvelables et la sécurisation des routes commerciales.

Les pays du Golfe, traditionnellement exportateurs, ont vu leur rôle renforcé dans ce contexte. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont multiplié les annonces de nouveaux projets pétroliers et gaziers pour compenser les perturbations. De leur côté, les grandes puissances asiatiques, comme la Chine et l’Inde, ont accéléré leurs investissements dans des infrastructures énergétiques alternatives, notamment des terminaux de GNL en Afrique et en Amérique du Nord. En Europe, la dépendance historique au gaz russe a poussé plusieurs États à accélérer leur transition vers le nucléaire ou les énergies vertes, malgré les coûts et les délais nécessaires.

Un rappel des limites de la mondialisation énergétique

Cette crise a mis en lumière les limites d’un système où les chaînes d’approvisionnement énergétique sont concentrées dans des zones géopolitiquement instables. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 25 millions de barils de pétrole par jour avant la crise, est un point de passage stratégique depuis des décennies. Son blocage, même temporaire, a rappelé que la mondialisation ne garantit pas la stabilité. Les États ont réalisé que leur sécurité énergétique dépendait moins de la taille de leurs réserves que de leur capacité à se passer des importations ou à sécuriser des alternatives.

Certains pays, comme le Brésil ou les États-Unis, ont déjà engagé des réformes pour réduire leur dépendance. Les États-Unis, grâce à leur production de gaz de schiste, ont pu exporter davantage vers l’Europe, atténuant partiellement l’impact de la crise. Le Brésil, avec ses ressources offshore, a également profité de la situation pour renforcer ses exportations vers l’Asie. Pourtant, même ces pays ne sont pas à l’abri des tensions géopolitiques, comme en témoignent les pressions exercées par la Chine sur Taïwan, autre point de passage clé pour les routes maritimes.

Une crise qui dépasse le cadre énergétique

Au-delà des aspects économiques, cette crise a révélé les fractures géopolitiques qui traversent la région. L’Iran, en bloquant partiellement le détroit d’Ormuz, a cherché à faire pression sur ses adversaires régionaux, notamment l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, alliés des États-Unis. Cette stratégie s’inscrit dans une logique de guerre hybride, où les outils économiques deviennent des armes au service d’objectifs politiques. Comme le rappelle Foreign Affairs, « les conflits armés ne sont plus la seule menace pour la stabilité internationale : les guerres économiques et énergétiques peuvent avoir des conséquences tout aussi dévastatrices ».

Cette situation a également relancé les débats sur la nécessité d’une régulation internationale plus stricte des routes maritimes stratégiques. Plusieurs pays, dont les États-Unis et l’Union européenne, ont appelé à la création d’une force maritime dédiée à la sécurisation du détroit d’Ormuz et d’autres zones sensibles, comme le détroit de Malacca. Une telle initiative, si elle voit le jour, marquerait un tournant dans la gouvernance des routes commerciales mondiales.

Et maintenant ?

La situation au détroit d’Ormuz reste volatile. Bien que le trafic ait partiellement repris après plusieurs semaines de blocage, les tensions entre l’Iran et ses voisins persistent. Les experts s’attendent à ce que les pays les plus exposés à la dépendance énergétique accélèrent leurs investissements dans l’autonomie, avec des projets concrets attendus d’ici la fin 2026. Une conférence internationale sur la sécurité énergétique, prévue en septembre 2026 à Genève, pourrait jeter les bases d’une coordination renforcée entre les États pour éviter de nouvelles crises similaires. Reste à voir si ces initiatives suffiront à réduire la vulnérabilité des économies mondiales.

Cette crise a donc servi de rappel brutal : dans un monde où l’énergie est au cœur des équilibres géopolitiques, l’autonomie n’est plus une option, mais une nécessité. Les prochains mois diront si les États ont tiré les leçons de cette épreuve, ou si l’histoire se répétera.

Le détroit d’Ormuz est le point de passage obligatoire pour environ 20 à 25 % du pétrole mondial et une part majeure du gaz naturel liquéfié. Sa fermeture, même partielle, perturbe les approvisionnements mondiaux et peut déclencher des crises économiques et politiques à l’échelle globale. Sa localisation entre l’Iran, Oman et les Émirats arabes unis en fait un point de tension permanent.

Plusieurs États ont instauré des mesures d’urgence : rationnement des carburants (Slovénie), suspension des taxes (Zambie), subventions aux prix (Europe centrale), ou encore accélération des projets d’infrastructures énergétiques (Arabie saoudite, États-Unis). Ces réponses, souvent temporaires, visent à atténuer l’impact social et économique à court terme.