Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé vendredi 9 août 2026 à l’évacuation immédiate des 6 000 marins toujours bloqués dans le détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour le transport d’hydrocarbures. Selon Le Figaro, ces équipages, répartis à bord d’environ 400 navires, sont piégés depuis le début du conflit opposant l’Iran aux États-Unis et à Israël, déclenché par des frappes le 28 février 2026.
Le blocage de cette zone, qui concentre près de 20 % du trafic mondial de pétrole, s’inscrit dans un contexte de tensions accrues entre Téhéran et Washington. L’Iran a imposé une restriction drastique de la navigation, limitant le passage à un seul itinéraire côtier sous contrôle iranien. Cette mesure, refusée par les États-Unis, exclut tout retour à la situation antérieure, lorsque le détroit était libre d’accès. « Le Haut-Commissaire appelle les États, les armateurs et tous les acteurs concernés à assurer de toute urgence la protection des gens de mer bloqués », a déclaré Shabia Mantoo, porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, lors d’une conférence de presse à Genève.
Ce qu'il faut retenir
- 6 000 marins bloqués dans le détroit d’Ormuz, dont une partie n’a pas pu être localisée, selon l’ONU.
- Le conflit, débuté le 28 février 2026, oppose l’Iran aux États-Unis et à Israël, avec des frappes ciblant les ports iraniens.
- Téhéran impose un passage restreint le long de ses côtes, excluant tout retour à la libre circulation d’avant-guerre.
- Au moins 93 marins ont été abandonnés par leurs armateurs, sans nourriture, eau ni moyens de communication.
- Le Haut-Commissariat recense 17 décès parmi les équipages depuis le début des hostilités.
- L’ONU exige un accès consulaire, des fournitures essentielles et des évacuations sécurisées pour les marins.
Un blocus aux conséquences humanitaires critiques
Les marins bloqués dans le détroit d’Ormuz subissent des conditions de plus en plus précaires. Selon le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, certains navires n’ont plus d’électricité, d’eau potable ni de carburant. « Ces marins sont confrontés à un isolement et à un confinement prolongés, ce qui fait peser un lourd risque sur leur santé physique et mentale », a alerté Shabia Mantoo. Depuis le début du conflit, 17 décès ont été signalés parmi les équipages, victimes des combats ou des conditions de vie à bord.
Les témoignages recueillis par l’ONU révèlent des situations dramatiques. « Des marins ont été abandonnés en mer par leurs armateurs, laissant des équipages sans assistance, sans possibilité de rapatriement et, dans certains cas, sans salaire », a précisé la porte-parole. Au moins neuf navires, totalisant 93 membres d’équipage, ont été laissés à l’abandon depuis le début de la guerre. Ces abandons concernent des bâtiments de petite taille, souvent non déclarés dans les registres maritimes internationaux.
Un enjeu géostratégique et économique majeur
Le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et le sultanat d’Oman, est une artère vitale pour l’approvisionnement énergétique mondial. Quelque 20 % du pétrole consommé quotidiennement transite par ce couloir maritime, ce qui en fait une zone de tensions récurrentes. Depuis le début du conflit, l’Iran a imposé un passage unique le long de ses côtes, sous prétexte de « sécurité », mais cette restriction a entraîné une paralysie partielle du trafic. « Les attaques contre des navires civils sont inacceptables et doivent cesser. Ces navires sont protégés par le droit international humanitaire », a rappelé Shabia Mantoo.
Les pays pétroliers enclavés, comme les Émirats arabes unis ou le Koweït, subissent de plein fouet les conséquences de ce blocus. Leurs exportations, dépendantes de ce passage, sont fortement perturbées. « Le blocage du détroit d’Ormuz crée une impasse pour les pays riverains, qui voient leurs routes commerciales s’effondrer », confirme un analyste maritime cité par Le Figaro.
L’ONU presse les parties au conflit d’agir
Face à l’urgence humanitaire, Volker Türk a exigé des États, des armateurs et des acteurs impliqués qu’ils garantissent « un accès effectif à l’assistance consulaire, aux fournitures et services essentiels ». L’ONU demande également la levée des restrictions imposées par l’Iran et la facilitation des évacuations. « Les parties au conflit doivent agir sans délai pour permettre un passage sûr aux marins bloqués, afin qu’ils puissent être évacués et débarquer en toute sécurité », a-t-il insisté.
Pour l’instant, aucun plan concret d’évacuation n’a été rendu public. Le cessez-le-feu en vigueur depuis trois mois n’a pas permis de désengorger la zone, où restent bloqués quelque 11 000 marins, selon les estimations initiales de l’Organisation maritime internationale (OMI). Seuls 5 000 marins ont pu quitter le golfe depuis le début des hostilités, laissant derrière eux des équipages dans une situation de plus en plus intenable.
En attendant, les familles des marins bloqués, dispersées à travers le monde, attendent des nouvelles. Les armateurs, pour leur part, se retrouvent sous le feu des critiques pour leur gestion désastreuse de la crise. Quant aux marins abandonnés, leur sort dépendra désormais de la capacité des autorités à imposer une trêve durable dans une zone où chaque jour compte.
Le détroit d’Ormuz est le principal point de passage pour le transport maritime du pétrole en provenance du golfe Persique. Environ 20 % du pétrole mondial transite par cette zone, ce qui en fait un enjeu géopolitique majeur. Son blocage, même partiel, peut perturber les approvisionnements énergétiques mondiaux et faire flamber les prix du brut.
Selon le droit international maritime, les armateurs sont tenus d’assurer la sécurité, l’alimentation et le rapatriement des équipages. Les abandons de navires, comme ceux signalés par l’ONU, constituent une violation grave des conventions internationales, notamment la convention du travail maritime de l’OIT.