Le blocage du détroit d'Ormuz, en place depuis près de 100 jours, aggrave les tensions sur le marché mondial de l'énergie, selon les déclarations de Wael Sawan, directeur général de Shell, rapportées par BFM Business. Cette situation a entraîné le retrait de plus de 10 % de la production mondiale de pétrole et suspendu 20 % de la production de gaz naturel liquéfié (GNL), des chiffres inédits depuis des décennies. Les conséquences se font particulièrement sentir en Asie, où plusieurs pays ont dû instaurer des mesures drastiques pour faire face à la pénurie.
Ce qu'il faut retenir
- 10 % de la production mondiale de pétrole est actuellement indisponible en raison du blocage du détroit d'Ormuz, selon Wael Sawan, PDG de Shell.
- 20 % de la production de GNL est également à l'arrêt, aggravant les tensions sur les approvisionnements en gaz.
- En Asie, des pays comme l'Inde, le Vietnam et l'Indonésie ont instauré des mesures de rationnement des carburants, tandis que le Pakistan et les Philippines ont réduit leur semaine de travail à quatre jours.
- Le retour à un équilibre énergétique pourrait prendre près d'un an, voire plus, même en cas de fin des hostilités au Moyen-Orient.
- Le site de Ras Laffan, au Qatar, plus grand pôle de liquéfaction de gaz au monde, a subi des dommages importants et ne devrait reprendre son activité qu'au premier trimestre 2027.
Une crise énergétique aux répercussions mondiales
Depuis le début du conflit entre l'Iran et les États-Unis, le détroit d'Ormuz, par lequel transite normalement près de 20 millions de barils de pétrole par jour, est quasi paralysé. Téhéran a orchestré ce blocage en représailles aux frappes américaines contre des cibles iraniennes dans la région, dans un contexte de tensions déjà exacerbées par la destruction d'un hélicoptère américain attribuée à l'Iran. Selon Wael Sawan, cette situation a provoqué des perturbations « jamais vues auparavant » dans le système énergétique mondial, touchant particulièrement l'Asie.
« Les conséquences ont été particulièrement aiguës en Asie », a souligné le patron de Shell. « Nous avons vu des pays comme le Vietnam, l'Indonésie ou la Thaïlande recourir massivement au rationnement des carburants. L'Inde également. Le Pakistan et les Philippines ont même instauré des semaines de quatre jours. » Ces mesures reflètent l'ampleur de la crise, qui dépasse le simple cadre géopolitique pour impacter directement les économies locales et les populations.
— Wael Sawan, directeur général de Shell
Un retour à la normale hors de portée à court terme
Même en cas de cessation des hostilités, la stabilisation du marché énergétique prendra du temps. Wael Sawan a estimé qu'il faudrait « près d'un an, voire plus » pour retrouver un point d'équilibre. Cette prévision s'appuie sur plusieurs facteurs, dont la lenteur des réparations des infrastructures endommagées. Le site de Ras Laffan, situé dans le nord du Qatar et considéré comme le plus grand pôle de liquéfaction de gaz au monde, a notamment subi des dégâts majeurs.
« Nous sommes à plein régime pour le réparer. Nous avons déjà dégagé tous les débris et commandé les équipements à long délai de livraison. Nous espérons donc pouvoir remettre l'installation en service vers la fin du premier trimestre de l'année prochaine », a précisé le directeur général de Shell. Cette réparation s'annonce complexe et chronophage, alors que la demande en gaz reste soutenue, notamment en Europe et en Asie, où les alternatives se font rares.
Les bénéfices de Shell dopés par la guerre, mais des défis persistants
Malgré la crise, Shell a publié un bénéfice net en forte augmentation au premier trimestre 2026, porté par des prix du pétrole au plus haut en raison du conflit au Moyen-Orient. Cependant, le groupe a averti que la guerre plombait sa production de gaz, affectant ses marges à moyen terme. Cette situation illustre le paradoxe d'un secteur énergétique tiraillé entre des profits immédiats et des risques structurels accrus.
Les tensions actuelles interviennent alors que Donald Trump avait affirmé, mardi 9 juin 2026, être proche d'un « très, très bon accord » pour mettre fin aux hostilités. Pourtant, les frappes iraniennes contre des bases américaines dans le Golfe, en représailles à des attaques américaines, ont douché les espoirs d'une résolution rapide. Le contexte régional reste donc extrêmement volatile, avec des conséquences directes sur les approvisionnements énergétiques.
Les perturbations actuelles rappellent cruellement la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement mondiales. Elles soulèvent aussi des questions sur la résilience des économies face à des chocs géopolitiques répétés, alors que la transition énergétique, elle, peine à prendre le relais des énergies fossiles.
Le détroit d'Ormuz est un point de passage obligatoire pour près de 20 millions de barils de pétrole par jour, soit environ 20 % de la consommation mondiale. Son blocage prive le marché d'une part majeure de l'offre, ce qui fait mécaniquement monter les prix et crée des tensions sur les approvisionnements. Historiquement, toute interruption prolongée dans cette zone a des répercussions immédiates sur les marchés énergétiques.