Les institutions financières ne se contentent plus d’observer l’évolution de la blockchain : elles définissent désormais leurs exigences pour intégrer ces technologies dans leurs infrastructures. Selon Journal du Coin, Mastercard a levé le voile sur les critères que les banques et établissements de crédit imposent aux solutions basées sur la blockchain, lors d’une série de présentations techniques organisées cet été.
Ces critères reflètent une volonté croissante d’adopter des registres distribués tout en maintenant des standards stricts en matière de conformité, d’interopérabilité et de sécurité. Autant dire que les attentes des banques pourraient redéfinir les priorités de l’industrie blockchain dans les mois à venir.
Ce qu'il faut retenir
- Les banques exigent des solutions blockchain **100 % conformes** aux réglementations financières en vigueur, notamment en matière de lutte contre le blanchiment (LCB-FT).
- L’interopérabilité entre systèmes traditionnels (Swift, SEPA) et blockchains est un impératif pour 85 % des institutions interrogées par Mastercard.
- La scalabilité et la capacité à traiter **plus de 10 000 transactions par seconde** sont citées comme des conditions sine qua non.
Une demande de conformité renforcée
D’après Journal du Coin, les banques insistent sur la nécessité d’intégrer des mécanismes de traçabilité irréversibles, comparables à ceux des systèmes de paiement traditionnels. Pour l’instant, moins de 20 % des solutions blockchain sur le marché répondent à ces critères, selon une enquête interne menée par Mastercard auprès de 50 grandes institutions financières.
« Les banques ne veulent pas d’une technologie qui contourne les garde-fous existants », a expliqué un responsable de Mastercard sous couvert d’anonymat. « Elles cherchent des infrastructures qui s’alignent sur leurs processus de conformité, sans sacrifier l’efficacité. » Les solutions doivent notamment permettre un audit en temps réel des transactions, une exigence clé pour les régulateurs comme l’ACPR en France ou la BaFin en Allemagne.
L’interopérabilité, un défi majeur
Côté infrastructure, le principal obstacle reste l’intégration entre les réseaux blockchain et les systèmes bancaires classiques. Selon Mastercard, seulement **30 % des projets en cours** envisagent sérieusement cette problématique. Pourtant, les banques y voient une condition indispensable pour éviter une fragmentation des paiements.
« On ne peut pas imaginer un monde où les clients doivent choisir entre une carte Visa et un wallet blockchain », a souligné un cadre de la direction innovation d’une banque européenne. « L’objectif est de créer un écosystème unifié, où les deux technologies coexistent sans friction. » Mastercard mise sur son réseau **Multi Token Network**, lancé en 2025, pour répondre à cette demande, en permettant l’échange de tokens et de monnaies fiduciaires via une même interface.
Performance et sécurité : les autres priorités
Au-delà de la conformité, les établissements financiers exigent des garanties sur la **performance** des réseaux. Les tests menés par Mastercard révèlent que les solutions blockchain actuelles peinent à atteindre les standards des systèmes de paiement traditionnels en termes de latence et de débit.
« Une transaction ne doit pas prendre plus de deux secondes, sous peine de perdre l’avantage concurrentiel face aux solutions comme SWIFT gpi », a précisé un expert technique de Mastercard. Côté sécurité, les banques demandent des protocoles de cryptage post-quantique, capables de résister aux futures menaces informatiques. Un rapport de l’EBA (Autorité bancaire européenne) publié en mars 2026 a d’ailleurs classé cette exigence parmi les **trois risques majeurs** pour l’adoption massive de la blockchain dans la finance.
Pour les utilisateurs finaux, ces évolutions pourraient se traduire par une offre plus large de services de paiement hybrides, combinant cartes traditionnelles et wallets blockchain. Une chose est sûre : les exigences des banques ne laisseront pas de place aux solutions incomplètes.
Selon Mastercard, les réseaux comme **Ethereum (via ses solutions de layer 2)** et **Hyperledger Fabric** sont les plus souvent cités par les banques pour leurs capacités en matière de conformité et d’interopérabilité. Le réseau **Corda**, développé par R3, est également plébiscité pour les transactions interbancaires, grâce à son architecture modulaire.