Depuis deux mois, le détroit d’Ormuz, artère stratégique du commerce mondial du pétrole, reste fermé en raison de tensions géopolitiques entre l’Iran, Israël et les États-Unis. Selon Courrier International, qui s’appuie sur des données du Wall Street Journal, cette situation a pourtant bien moins d’impact sur les économies mondiales que les chocs pétroliers des années 1970 ou 1990. Pourtant, près de 13 millions de barils de pétrole par jour ont été retirés du marché mondial, tandis que le Pakistan subit des coupures d’électricité, les Philippines ont instauré la semaine de quatre jours et plusieurs pays, dont la Slovénie et le Bangladesh, ont instauré des quotas de carburant. Autant dire que les indicateurs devraient alerter.

Ce qu'il faut retenir

  • Le détroit d’Ormuz, bloqué depuis deux mois, prive le marché mondial de 13 millions de barils de pétrole par jour, soit une perte équivalente à près de 15 % de la production mondiale.
  • Malgré ce choc d’offre, les économies mondiales ne connaissent pas de panique comparable à celle des chocs pétroliers des années 1970 ou 1990.
  • Le prix du baril de Brent a grimpé de plus de 50 % depuis le début du blocus, mais les marchés financiers atteignent des records.
  • La résilience observée s’explique par des réserves énergétiques importantes, des politiques de soutien à la consommation et l’impact de l’intelligence artificielle sur l’activité économique.
  • Les Philippines ont instauré la semaine de quatre jours, tandis que le Pakistan et plusieurs pays asiatiques et européens rationnent le carburant.

Un blocus aux conséquences immédiates, mais une économie qui résiste

Depuis le 10 mars 2026, date à laquelle l’Iran a fermé le détroit d’Ormuz en représailles aux frappes israélo-américaines, la situation énergétique mondiale a changé de visage. Selon les estimations, près de 13 millions de barils de pétrole par jour ne transitent plus par cette voie maritime, l’une des plus fréquentées au monde. Ce chiffre représente une perte colossale pour l’approvisionnement global, comparable aux perturbations majeures des décennies passées. Pourtant, loin de s’effondrer, les économies semblent absorber le choc avec une relative sérénité.

Certains pays ressentent cependant les effets de cette crise de plein fouet. Au Pakistan, les coupures d’électricité se multiplient, plongeant des millions de foyers dans l’obscurité plusieurs heures par jour. Aux Philippines, le gouvernement a instauré la semaine de quatre jours pour les fonctionnaires, une mesure exceptionnelle destinée à réduire la consommation d’énergie. La Slovénie et le Bangladesh, de leur côté, ont mis en place des systèmes de rationnement du carburant, limitant les quantités distribuées à la pompe. Ces mesures, bien que contraignantes, évitent pour l’instant l’emballement des prix ou les pénuries généralisées.

Les marchés financiers, indifférents au choc pétrolier

Contrairement aux crises énergétiques des années 1970 et 1990, où chaque hausse du prix du baril s’accompagnait de réactions en chaîne sur les places boursières, cette fois, les marchés semblent immunisés. Le prix du baril de Brent, référence mondiale, a bondi de plus de 50 % depuis le début du blocus, passant sous la barre des 90 dollars en mars à plus de 135 dollars début mai. Pourtant, les indices boursiers, notamment aux États-Unis, atteignent des records historiques. Cette apparente contradiction s’explique par plusieurs facteurs structurels.

D’abord, les réserves stratégiques de pétrole, accumulées par les grandes puissances économiques, jouent un rôle d’amortisseur. Les États-Unis, par exemple, disposent de stocks colossaux, capables de compenser temporairement une partie de la production manquante. Ensuite, de nombreux pays ont mis en place des politiques de soutien à la consommation, subventionnant les prix de l’essence ou de l’électricité pour limiter l’impact sur les ménages et les entreprises. Enfin, l’essor de l’intelligence artificielle (IA) a créé une dynamique économique inédite, avec des investissements massifs dans les data centers et les technologies numériques, compensant partiellement la baisse de l’activité traditionnelle.

L’IA, un facteur inattendu de résilience économique

L’intelligence artificielle, souvent perçue comme un simple outil technologique, s’est révélée être un pilier de la stabilité économique actuelle. Selon les analystes du Wall Street Journal, citée par Courrier International, les investissements dans les infrastructures liées à l’IA ont connu une croissance fulgurante depuis le début de l’année. Ces dépenses massives, portées par les géants du numérique et les États, stimulent l’activité économique et créent des emplois, compensant ainsi les pertes liées à la crise pétrolière.

Aux États-Unis, où l’IA est particulièrement développée, les centres de données consomment une quantité croissante d’électricité, mais leur activité génère des revenus suffisants pour soutenir la croissance. Cette tendance se répercute dans le monde entier, avec des pays comme la Chine, l’Allemagne ou le Japon investissant massivement dans ces technologies. Pour autant, cette résilience ne doit pas masquer les risques à long terme. Si le blocus d’Ormuz devait se prolonger, les réserves pourraient s’épuiser et les politiques de soutien s’avérer insuffisantes.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios pourraient se dessiner dans les semaines à venir. Si le détroit d’Ormuz reste bloqué jusqu’à l’été, les pays les plus dépendants du pétrole iranien ou irakien pourraient être contraints d’importer davantage depuis la Russie ou l’Arabie saoudite, modifiant durablement les flux commerciaux. Les prochaines réunions de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et de ses partenaires, prévues en juin, seront déterminantes pour évaluer l’impact réel de la crise sur les prix. Enfin, l’évolution des tensions géopolitiques entre l’Iran et les États-Unis pourrait soit aggraver le blocus, soit, à l’inverse, ouvrir la voie à des négociations permettant une réouverture partielle du détroit.

Une question reste en suspens : jusqu’où les économies mondiales pourront-elles absorber ce choc sans subir de conséquences durables ? Si les réserves et les politiques de soutien jouent actuellement un rôle clé, leur efficacité à long terme dépendra de la durée du blocus et de la capacité des pays à diversifier leurs sources d’approvisionnement. Une chose est sûre : la crise énergétique actuelle, bien que moins spectaculaire que celles du passé, n’en est pas moins profonde.

Le détroit d’Ormuz est le passage maritime par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial. Il relie le golfe Persique, riche en réserves, aux routes maritimes mondiales. Un blocage, même temporaire, perturbe immédiatement l’approvisionnement et fait flamber les prix, comme cela a été observé lors des conflits précédents.