Le blocage du détroit d'Ormuz, artère stratégique pour le transport du pétrole mondial, provoque une flambée des prix des carburants en Europe. Selon Euronews FR, les prix à la pompe ont bondi de 13,5 % dans l'Union européenne entre février et mars 2026, après le début de l'opération militaire américano-israélienne contre l'Iran le 28 février. Cette hausse, qui s'ajoute à une tendance baissière observée l'année précédente, illustre l'impact direct du conflit sur les marchés énergétiques. Alors que les négociations entre Washington et Téhéran restent dans l'impasse, le baril de pétrole a de nouveau dépassé les 100 dollars jeudi, un seuil symbolique.

Ce qu'il faut retenir

  • Les prix du carburant ont augmenté de 13,5 % dans l'UE entre février et mars 2026, selon Eurostat.
  • La Lettonie (+22,3 %) et la Suède (+21,8 %) enregistrent les plus fortes hausses sur un mois.
  • Le diesel a subi une augmentation de 19,1 %, contre 10,6 % pour l'essence.
  • Au Royaume-Uni, la hausse annuelle atteint 26 % pour le diesel et 11 % pour l'essence.
  • L'Allemagne et la Roumanie sont les pays de l'UE les plus touchés sur un an, avec des hausses respectives de 19,8 % et 19,6 %.
  • Seule la Hongrie (-2,7 %) et la Slovénie (-5,9 %) échappent à la hausse grâce à des mécanismes de plafonnement.

Un choc énergétique amplifié par la fermeture du détroit d'Ormuz

Le détroit d'Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole commercialisé dans le monde en temps de paix, est au cœur de la crise actuelle. Son blocage, consécutif à l'escalade militaire entre l'Iran et Israël, a provoqué une rupture brutale dans l'approvisionnement énergétique de l'Europe. Avant le 28 février 2026, la plupart des pays de l'UE bénéficiaient d'une baisse des prix à la pompe. Mais l'annonce de l'opération a inversé la tendance, entraînant une hausse généralisée des coûts pour les automobilistes.

Les données d'Eurostat, publiées en mars 2026, confirment cette accélération. Entre février et mars, le prix moyen du carburant a progressé de 13,5 % dans l'ensemble de l'Union. Les disparités entre États membres restent marquées : certains pays, comme la Lettonie ou la Suède, subissent des hausses dépassant 20 %, tandis que d'autres, à l'image de la Slovénie ou de la Hongrie, limitent l'impact grâce à des politiques de régulation.

Diesel et essence : deux carburants inégalement affectés

Les conducteurs de véhicules diesel sont les plus pénalisés par cette crise. Selon Eurostat, le prix du diesel a augmenté de 19,1 % en moyenne dans l'UE sur la période, contre 10,6 % pour l'essence. Parmi les pays les plus touchés, la République tchèque (+27,6 %), la Suède (+27,6 %), l'Estonie (+26,8 %) et la Lettonie (+25,4 %) affichent des hausses particulièrement sévères. En Belgique (+25,2 %), aux Pays-Bas (+25,1 %) et en Autriche (+24,7 %), les automobilistes font face à des surcoûts comparables.

Côté essence, les hausses restent moins prononcées mais restent significatives : 15 % en Belgique, en Suède, en Autriche et en République tchèque. Seules la Slovénie (+2,9 %), la Slovaquie (+7,0 %) et la Hongrie (+7,0 %) limitent l'augmentation à moins de 10 %. L'Italie, elle, s'en sort avec une hausse de 4,3 %, grâce à des mesures gouvernementales.

Le Royaume-Uni, plus durement frappé que l'UE sur un an

De l'autre côté de la Manche, la situation est encore plus préoccupante. Selon les données du ministère britannique de la sécurité énergétique et de l'Observatoire des carburants du RAC, les prix du diesel ont bondi de 26 % en un an, tandis que ceux de l'essence ont progressé de 11 %. Au total, le coût moyen du carburant a augmenté de près de 19 % depuis mars 2025, une hausse supérieure à celle enregistrée dans la plupart des pays européens.

En Europe continentale, l'Allemagne (+19,8 %) et la Roumanie (+19,6 %) sont les pays où les prix ont le plus augmenté sur la même période. À l'inverse, la Hongrie, l'un des principaux importateurs de pétrole russe en Europe, affiche une baisse de 2,7 %, tandis que la Slovénie, qui plafonne les prix des carburants (sauf sur autoroutes), enregistre une diminution de 5,9 %.

« La question de savoir si la Slovénie sera en mesure de maintenir les prix plafonnés dépend des prix au comptant du pétrole Platts, qui sert de référence aux traders et aux raffineurs. Selon le cadre réglementaire, le modèle est mis à jour une fois par semaine. »

— Jože Damijan, professeur d'économie internationale à l'université de Ljubljana

Un plafond temporaire sous tension

Le mécanisme de plafonnement des prix en Slovénie, comme dans d'autres pays, pourrait être mis à mal par la persistance du conflit. Jože Damijan souligne que « dans le cas d'une fermeture prolongée du détroit d'Ormuz, la hausse du pétrole Brent entraînerait une augmentation des prix Platts. Aucun modèle ne pourrait alors maintenir des prix bas ». Ce scénario pourrait forcer les gouvernements à revoir leurs stratégies de protection des consommateurs, alors que l'UE s'apprête à définir de nouvelles règles pour assouplir les aides d'État.

L'UE face à l'urgence d'un plan de soutien

Alors que la guerre en Iran s'éternise, la Commission européenne devrait présenter la semaine prochaine un cadre pour aider les États membres à soutenir les ménages et les entreprises les plus touchés par la hausse des prix de l'énergie. Ces mesures pourraient inclure des subventions ciblées ou des allègements fiscaux, mais leur mise en œuvre reste conditionnée à l'évolution du conflit et à la stabilité des marchés pétroliers.

En attendant, les automobilistes européens, surtout ceux roulant au diesel, continuent de subir de plein fouet les conséquences du blocus d'Ormuz. Les négociations entre Washington et Téhéran, toujours au point mort, laissent peu d'espoir d'un apaisement à court terme. Les prix du baril, déjà élevés, pourraient encore flamber, aggravant la pression sur les budgets des ménages et la compétitivité des économies européennes.

Et maintenant ?

La semaine prochaine, l'UE doit finaliser un plan d'action pour atténuer l'impact de la hausse des prix des carburants sur les consommateurs et les entreprises. Deux scénarios se dessinent : soit une hausse prolongée des prix du pétrole, soit une réouverture du détroit d'Ormuz, qui permettrait un retour progressif à la normale. Dans l'immédiat, les gouvernements pourraient être contraints d'élargir les dispositifs de soutien, alors que les stocks stratégiques des États membres s'épuisent. La réunion de la Commission européenne, prévue le 30 avril 2026, sera donc cruciale pour évaluer l'ampleur des aides possibles.

Alors que l'inflation énergétique pèse sur le pouvoir d'achat, la question de la transition vers des énergies moins dépendantes du pétrole pourrait resurgir dans le débat public. Mais pour l'heure, les Européens n'ont d'autre choix que de s'adapter à cette nouvelle donne, dans un contexte géopolitique toujours plus incertain.