Alors que l’Europe accélère son réarmement face aux tensions géopolitiques, l’avionneur américain Boeing mise sur des partenariats locaux pour imposer son drone de combat autonome MQ-28 Ghost Bat. Présenté cette semaine au salon aéronautique de Farnborough, au Royaume-Uni, cet appareil sans pilote, développé avec l’armée de l’air australienne, est conçu pour évoluer aux côtés d’avions de chasse pilotés et accomplir des missions jugées trop risquées pour des équipages humains.
Ce qu'il faut retenir
- Un appareil conçu pour les missions à haut risque : le MQ-28 Ghost Bat peut voler à 12 000 mètres d’altitude et dispose d’une autonomie de 3 700 kilomètres, selon les données communiquées par Boeing.
- Une capacité opérationnelle prévue dès 2029 en Allemagne : Boeing s’est associé à Rheinmetall pour intégrer son drone au sein de la Luftwaffe dans le cadre d’un partenariat industriel local.
- Un marché en pleine expansion : le secteur des avions de combat autonomes, ou CCA (Collaborative Combat Aircraft), devrait peser plus de 125 milliards de livres sterling (environ 145 milliards d’euros) d’ici 2050, selon les estimations du ministre britannique de la Défense, Wes Streeting.
- Une concurrence internationale féroce : General Atomics, Anduril, BAE Systems et Airbus, via un partenariat avec Kratos, développent également leurs propres modèles de CCA.
Un drone conçu pour renforcer les capacités militaires européennes
D’après BFM Business, le MQ-28 Ghost Bat, capable de mener des missions de guerre électronique et de surveillance, s’inscrit dans une stratégie de réarmement accéléré en Europe. Cet appareil sans pilote, qui peut évoluer aux côtés d’avions de combat classiques, offre une solution pour des opérations jugées trop dangereuses pour des équipages humains. « L’objectif principal est de fournir rapidement des capacités opérationnelles », explique Pascal Fabre, expert chez AlixPartners. « Si on veut déployer de nouvelles capacités rapidement, soit on développe soi-même le système, ce qui prend du temps, soit on s’associe à une entreprise disposant déjà d’une plate-forme mature, même si cette société n’est pas européenne. »
Des partenariats locaux pour contourner les réticences sur la souveraineté
Boeing mise sur des alliances avec des industriels européens pour séduire les armées du continent. En Allemagne, le groupe américain s’est associé à Rheinmetall pour une intégration prévue d’ici 2029 au sein de la Luftwaffe. Cette approche soulève toutefois des questions sur la souveraineté européenne en matière de défense. « L’industrie de la défense est mondialisée et l’industrie européenne reste intégrée dans des réseaux internationaux avec ses alliés », souligne Emil Archambault, chercheur associé au Conseil allemand des relations internationales (DGAP). « Même les CCA construits en Europe devront être intégrés à ces systèmes américains et ne constituent donc pas une solution entièrement européenne. »
Selon Glen Ferguson, directeur du programme MQ-28 chez Boeing, l’avionneur américain met en avant la maturité de sa plate-forme, développée depuis neuf ans. « Ce qui nous distingue de tous les autres, et que personne ne pourra jamais reproduire, c’est que nous avons commencé il y a neuf ans », a-t-il déclaré lors du salon de Farnborough. L’appareil, dont la vitesse maximale atteint Mach 0,9, pourrait également être associé au futur avion de combat développé dans le cadre du programme GCAP, mené par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon.
L’Europe face à un dilemme : innovation ou souveraineté ?
La course aux drones de combat autonomes reflète les tensions entre la nécessité d’acquérir rapidement des capacités militaires et la volonté de réduire la dépendance aux États-Unis. « À l’échelle mondiale, le marché des CCA devrait dépasser les 125 milliards de livres d’ici 2050 », a estimé Wes Streeting, nouveau ministre britannique de la Défense, lors de l’événement. Londres a d’ores et déjà annoncé un investissement de 300 millions de livres sterling (environ 350 millions d’euros) sur quatre ans pour son programme d’avions autonomes.
Cependant, la question de la souveraineté reste centrale. « Si on veut déployer de nouvelles capacités rapidement, soit on développe soi-même le système, ce qui prend du temps, soit on s’associe à une entreprise disposant déjà d’une plate-forme mature, même si cette société n’est pas européenne », précise Pascal Fabre. Cette stratégie de partenariats locaux permet à Boeing de se positionner comme un acteur clé, tout en répondant aux attentes des gouvernements européens en matière d’autonomie industrielle.
Une concurrence internationale déjà bien engagée
Boeing n’est pas seul dans cette course. Lors du salon de Farnborough, BAE Systems a dévoilé le premier CCA souverain britannique, bien que Londres n’ait pas encore pris de décision d’acquisition. General Atomics et Anduril, deux autres géants américains, ont également présenté leurs modèles. Airbus, de son côté, s’est associé à l’américain Kratos pour s’appuyer sur une plate-forme existante tout en y intégrant ses propres systèmes de mission.
Pour Glen Ferguson, cette diversité est un atout pour les occidentaux. « Du point de vue du monde occidental, nous avons besoin que tous ceux qui développent des CCA réussissent », a-t-il affirmé. « La demande mondiale pour ces appareils sera tellement immense qu’aucune entreprise ne pourra à elle seule y répondre. »
Alors que les tensions géopolitiques persistent, l’enjeu pour l’Europe réside dans sa capacité à acquérir rapidement des capacités militaires tout en limitant sa dépendance aux technologies américaines. Les partenariats industriels locaux, comme celui conclu entre Boeing et Rheinmetall, pourraient offrir une solution pragmatique, même si le débat sur la souveraineté reste ouvert.
Les avions de combat autonomes, ou CCA, permettent d’accomplir des missions jugées trop risquées pour des équipages humains, comme la guerre électronique ou la surveillance dans des zones hostiles. Leur intégration aux côtés d’avions pilotés renforce également les capacités opérationnelles des forces armées.