« Il est bon de se rappeler que le plus grand pouvoir que l’on a, tous et toutes, c’est notre propre pouvoir d’achat. (...) On peut choisir d’acheter canadien et on doit choisir d’acheter canadien », a martelé mardi le ministre canadien des Finances, François-Philippe Champagne, lors de la présentation des mesures de riposte aux nouveaux droits de douane américains imposés par l’administration Trump. D’après BFM Business, cette stratégie s’inscrit dans un mouvement plus large de boycott des produits et services en provenance des États-Unis, qui prend de l’ampleur au Canada depuis le déclenchement de l’offensive douanière de Washington il y a un an.
Ce qu'il faut retenir
- Disparition des vins et alcools américains des rayons dans la plupart des provinces canadiennes, en raison du monopole d’État sur leur vente
- Chute de 25 % du nombre de touristes canadiens aux États-Unis en 2025, un mouvement qui montre des signes d’essoufflement avec une hausse de 5 % en juin 2026
- Multiplication des étiquettes indiquant l’origine des produits et des campagnes de promotion du « made in Canada » dans les commerces
- Appel du gouvernement à privilégier les produits locaux, porté par des ministres comme Mélanie Joly, ministre de l’Industrie, qui a souligné : « Quand vous choisissez un produit canadien, vous ne mettez pas seulement la pression sur les États-Unis, mais vous protégez des emplois au Canada »
- Certains États américains frontaliers, comme New York, lancent des initiatives promotionnelles pour tenter de relancer le tourisme canadien
Cette mobilisation s’appuie sur une montée du patriotisme économique, alimentée par les tensions commerciales persistantes entre Ottawa et Washington. Depuis l’escalade des droits de douane américains, les Canadiens sont incités à soutenir leur économie locale, une démarche qui s’affiche désormais dans les supermarchés, les enseignes spécialisées et même dans le secteur du tourisme. Les produits d’origine américaine, autrefois omniprésents, disparaissent progressivement des étals, tandis que les consommateurs privilégient les alternatives canadiennes, quitte à payer un prix plus élevé.
Dans les rayons, les étiquettes affichant fièrement le drapeau maple ou la mention « produit du Québec » se multiplient. À Montréal, la chaîne Canadian Tire, spécialisée dans le bricolage, a même équipé ses employés de T-shirts aux slogans patriotiques comme « Nous jouons tous pour le Canada ». Les gérants de commerces locaux confirment cette tendance : « Les clients demandent systématiquement l’origine des produits et optent pour des alternatives québécoises, même si cela coûte plus cher », explique Peter Gianopolis, propriétaire d’un supermarché montréalais. « Depuis que le gouvernement a rompu les négociations commerciales avec Washington, on voit déjà une différence dans les comportements d’achat. »
« Les droits de douane, ça fait du mal à notre économie, mais ça nous force à acheter canadien. Et ça, je suis bien d’accord. »
— Philippe Méranger, Montréalais de 61 ans, interrogé par BFM Business à la sortie d’un supermarché de la ville
Le boycott ne se limite pas aux produits de consommation courante. Le secteur du tourisme, particulièrement touché par les tensions, enregistre des bouleversements majeurs. En 2025, le nombre de Canadiens se rendant aux États-Unis a chuté de 25 %, un chiffre qui reflète l’impact des restrictions douanières et de l’ambiance générale. Pourtant, les premiers mois de 2026 laissent entrevoir un léger rebond : en juin, 2,3 millions de voyages ont été enregistrés depuis le Canada vers les États-Unis, soit une hausse de 5 % sur un an, selon Statistique Canada. Une reprise timide qui pousse certains États américains frontaliers à réagir.
Pour contrer cette tendance, des initiatives promotionnelles ont été lancées. L’État de New York a notamment mis en place l’opération « New York Loves Canada », proposant des réductions et avantages pour attirer les touristes canadiens jusqu’à la fin de l’année. Une stratégie qui vise à limiter l’impact économique du boycott sur les régions américaines dépendantes du tourisme transfrontalier. Pourtant, certains Canadiens ne semblent pas prêts à revenir sur leurs décisions : « J’ai prévu de ne pas aller en vacances aux États-Unis pour les prochaines années », confie Charlotte Dumonceau, avocate montréalaise.
Cette mobilisation économique s’inscrit dans un contexte plus large de réorientation des échanges commerciaux. Le gouvernement canadien, dirigé par Mark Carney, mise sur le « pouvoir d’achat » des consommateurs comme levier politique. « Tous pour le Canada » : le slogan résume une stratégie où chaque achat local devient un acte de résistance face aux pressions américaines. Les ministres en charge du dossier, comme François-Philippe Champagne et Mélanie Joly, insistent sur l’impact direct de ces choix sur l’emploi et la souveraineté économique du pays.
Pourtant, cette politique soulève des questions sur ses effets à long terme. Si le boycott a permis de dynamiser certains secteurs, comme l’agroalimentaire québécois, il expose aussi les consommateurs à des hausses de prix, dans un contexte inflationniste déjà tendu. Les entreprises locales, bien que bénéficiaires de cette tendance, peinent parfois à répondre à la demande accrue, notamment pour les produits transformés ou spécialisés.
Alors que les tensions commerciales persistent, une question se pose : ce patriotisme économique, aussi puissant soit-il aujourd’hui, résistera-t-il à l’épreuve du temps et à l’usure des contraintes budgétaires des ménages ? Les prochains mois diront si ce mouvement de boycott, né dans un contexte de crise, a vocation à devenir une nouvelle norme de consommation au Canada.
Selon BFM Business, les vins et alcools américains ont presque totalement disparu des rayons dans la plupart des provinces canadiennes, en raison du monopole d’État sur leur vente. D’autres produits, comme certains articles de bricolage ou de consommation courante, voient également leur présence diminuer au profit des alternatives locales, même si les données précises varient selon les régions et les catégories de produits.