Alors que le Brésil se prépare à un scrutin présidentiel particulièrement tendu dans quatre mois, le président Luiz Inácio Lula da Silva a réussi à faire adopter, ce week-end, un projet de réforme constitutionnelle majeur concernant le temps de travail. Cette mesure, qui prévoit notamment le passage à une semaine de 40 heures et l’instauration d’un week-end de deux jours, a été votée par la chambre basse du Congrès, mais suscite déjà de vives oppositions au sein du patronat. Le texte doit désormais passer l’étape du Sénat, où son avenir reste incertain.

Ce qu'il faut retenir

  • Réforme constitutionnelle adoptée par la chambre basse brésilienne le week-end dernier, selon Libération.
  • Le projet introduit une semaine de 40 heures et un week-end de deux jours pour les salariés.
  • Le texte a été porté par le président Luiz Inácio Lula da Silva, en pleine préparation de l’élection présidentielle de 2026.
  • Le patronat brésilien s’oppose fermement à cette réforme, jugée trop coûteuse pour les entreprises.
  • Le Sénat doit encore voter le texte, ce qui laisse planer un doute sur son adoption définitive.

Une réforme sociale ambitieuse en pleine campagne électorale

Portée par Lula, cette réforme s’inscrit dans la continuité des politiques sociales menées par le gouvernement brésilien. Le projet, approuvé par la chambre des députés dimanche 29 mai 2026, marque un tournant dans la réglementation du travail au Brésil, où la semaine de 44 heures reste la norme pour de nombreux secteurs. Selon les partisans de la mesure, celle-ci vise à améliorer les conditions de vie des travailleurs tout en stimulant la consommation intérieure.

Pourtant, cette initiative intervient dans un contexte politique particulièrement tendu. Les élections présidentielles, prévues pour octobre 2026, s’annoncent comme l’une des plus polarisées de l’histoire récente du pays. Lula, en quête d’un troisième mandat, mise sur des réformes sociales pour mobiliser son électorat, notamment dans les milieux populaires et syndicalistes.

Le patronat brésilien monte au créneau contre la réforme

Dès l’annonce des résultats à la chambre basse, les organisations patronales ont exprimé leur hostilité. La Fédération des industries de l’État de São Paulo (FIESP) a déjà annoncé qu’elle comptait peser de tout son poids contre le texte au Sénat. « Cette réforme va grever les coûts des entreprises sans garantie de contrepartie en termes de productivité », a déclaré son président, José Ricardo Roriz Coelho, dans une déclaration reprise par plusieurs médias locaux.

Les critiques portent notamment sur l’absence de flexibilité proposée dans le texte. Contrairement à d’autres pays d’Amérique latine, où les accords d’entreprise permettent d’aménager le temps de travail, le projet brésilien reste très rigide. « On ne peut pas imposer une semaine de 40 heures sans tenir compte des réalités sectorielles », a souligné Ronaldo Nogueira, ancien ministre du Travail sous le gouvernement précédent.

Un passage au Sénat incertain, malgré l’appui de Lula

Si la chambre basse a donné son feu vert à une majorité qualifiée, le Sénat s’annonce comme un obstacle bien plus difficile à franchir. La réforme nécessite en effet une approbation des deux tiers des sénateurs, un seuil élevé dans un hémicycle où l’opposition conservatrice est bien représentée. Le gouvernement dispose de 81 sièges sur 81 au Sénat, mais plusieurs de ses alliés ont déjà exprimé des réserves sur le texte, craignant un impact négatif sur l’économie.

« Nous allons analyser le projet en détail avant de nous prononcer », a déclaré dimanche le président du Sénat, Rodrigo Pacheco, laissant entendre que des amendements pourraient être proposés. Certains observateurs estiment que Lula pourrait être contraint de négocier des concessions pour rallier les indécis, notamment sur les modalités de mise en œuvre de la réforme.

Et maintenant ?

Le Sénat devrait examiner le texte d’ici la mi-juin 2026, selon les prévisions du gouvernement. Si le texte est adopté sans modification majeure, il pourrait entrer en vigueur dès 2027, après validation par le Tribunal suprême fédéral. En cas de rejet ou d’amendements significatifs, Lula pourrait se retrouver contraint de négocier un compromis, risquant alors de mécontenter une partie de sa base électorale. Bref, l’issue de ce dossier pourrait bien influencer le climat social et politique du Brésil dans les mois à venir.

Pour l’heure, les syndicats, eux, se préparent à défendre bec et ongles une réforme qu’ils considèrent comme historique. « C’est une avancée majeure pour les travailleurs, et nous ne laisserons personne revenir en arrière », a affirmé Maria Julia Reis, secrétaire générale de la Centrale unique des travailleurs (CUT), principale confédération syndicale du pays.