À Bruxelles, le Kunstenfestival des Arts (KFDA) a investi la scène artistique internationale avec une édition axée sur l’intime et la résilience. Selon Euronews FR, le festival a transformé les tensions sociales et les fractures mondiales en spectacles où la fragilité humaine devient le cœur de la création. Entre performances minimalistes et mises en scène provocatrices, trois artistes majeurs – Boris Charmatz, Romeo Castellucci et Angélica Liddell – ont proposé des œuvres interrogeant la mémoire, la douleur et la rédemption.

Ce qu'il faut retenir

  • Boris Charmatz présente Muette, un solo dansé où le silence et la nudité soulignent la persistance des traumatismes d’enfance, inspirés du scandale des abus sexuels à l’institution Notre-Dame de Bétharram en 2025.
  • Romeo Castellucci installe sa performance « To Carthage Then I Came » dans un parking bruxellois, métamorphosant l’espace en une cathédrale dystopique où six interprètes fouettent des tubes sous une pluie de cloches.
  • Angélica Liddell clôt le festival avec El funeral de Mishima o el placer de morir, une pièce inspirée du suicide ritualisé de Yukio Mishima, explorant les limites du théâtre et la part indomptée de la vie.
  • Le dernier spectacle du festival, Family Triangle, questionne la construction familiale à travers un don de sperme, interrogeant traditions culturelles, normes juridiques et liens affectifs « ignorés par la loi ».
  • Le KFDA s’achève le 30 mai 2026 à Bruxelles après trois semaines de programmation centrée sur l’engagement artistique et l’émancipation des silences.

Le Kunstenfestival des Arts de Bruxelles, l’un des rendez-vous culturels les plus audacieux d’Europe, a fait de cette édition une exploration des traumatismes intimes transformés en expériences collectives. Selon Euronews FR, le festival a réuni des artistes pour qui la scène devient un laboratoire de vulnérabilité, où la douleur se donne à voir sans fard. Entre danse, théâtre et performances in situ, les créations ont abordé des thèmes aussi variés que les abus sexuels, la dystopie religieuse ou les normes familiales, le tout avec une exigence artistique remarquée.

Un solo chorégraphique entre cendre et lumière

Boris Charmatz, chorégraphe français reconnu pour son approche radicale de la danse, a présenté Muette, une pièce où le silence devient une prison. Dans ce solo nu, sans musique, la lumière façonne son corps, tantôt réduit à une silhouette cendrée, tantôt adouci par des jeux d’ombres. « Je voulais que le silence soit une forme d’enfermement », a-t-il expliqué à Euronews FR. Son inspiration ? Le scandale des abus sexuels commis à Notre-Dame de Bétharram, une institution catholique française où des plaintes pour violences ont été déposées en 2025. Sur scène, son visage, presque clownesque dans sa tristesse, et ses mouvements au ralenti évoquent la persistance des blessures de l’enfance dans l’âge adulte. Pour Charmatz, la performance est une réponse à l’indicible : « Donner une forme visible à l’invisible. »

La pièce s’inscrit dans une tendance plus large du festival, où les artistes transforment les traumatismes en art partagé. « À Bruxelles, on ne se contente pas de montrer des souffrances, on les métamorphose en quelque chose de commun », précise le chorégraphe. Muette, qui mêle vulnérabilité physique et émotionnelle, a marqué les esprits par son dépouillement extrême – un choix esthétique et politique.

Une cathédrale dystopique dans un parking bruxellois

Romeo Castellucci, metteur en scène italien connu pour ses spectacles percutants, a choisi un cadre inattendu pour sa performance « To Carthage Then I Came » : le dernier étage d’un parking bruxellois. Sous une toiture évoquant une cathédrale gothique, six interprètes, cheveux mouillés fouettant des tubes métalliques, ont créé une atmosphère à la fois hypnotique et oppressante. Pendant 35 minutes, le son des tubes résonnait dans l’espace vide, tandis que des cloches retentissaient en conclusion, comme une invocation divine.

Le titre s’inspire des Confessions de saint Augustin, avant sa conversion, et la pièce interroge la soumission à une force supérieure. « On a voulu jouer avec l’idée de destin et de rédemption », a indiqué Castellucci. L’espace industriel transformé en lieu sacré interroge : et si la dystopie moderne se nichait dans les interstices du quotidien ? Pour le metteur en scène, l’art doit confronter le public à ses propres contradictions : « Le parking est un non-lieu, et pourtant c’est là que nous avons choisi de construire notre cathédrale. » Une performance qui a divisé par son audace, mais captivé par sa force symbolique.

Angélica Liddell : quand le théâtre défie la mort

Angélica Liddell, metteuse en scène espagnole au tempérament flamboyant, a présenté en ouverture de semaine El funeral de Mishima o el placer de morir, une pièce inspirée de Yukio Mishima et de son suicide par seppuku, ritualisé à l’extrême. Dans cette création, Liddell pousse les limites du théâtre jusqu’à l’épuisement physique et émotionnel, mêlant texte, performance et rituel. « Mishima a fait du suicide un acte esthétique, et moi je fais du théâtre un acte de résistance », a-t-elle affirmé.

La pièce, qui interroge la part indomptée de la vie face à la mort, s’inscrit dans la lignée des œuvres provocatrices de la metteuse en scène. Avec des décors somptueux et des interprètes poussés à leurs limites, Liddell a livré un hymne à la liberté absolue – quitte à choquer. « Le public doit sortir de la salle avec l’impression d’avoir frôlé l’indicible », explique-t-elle. Une approche qui a valu au KFDA des débats houleux sur les frontières de l’art et de la transgression.

Family Triangle : la famille à l’épreuve des normes

La dernière semaine du festival a réservé une surprise avec Family Triangle, une création des metteurs en scène taïwanais Chien-Han Hung, Wei-Yao Hung et Ray Tseng. Leur spectacle explore le désir d’enfant via un don de sperme, en interrogeant comment traditions, genre et lois façonnent – ou brisent – les liens familiaux. « Les liens les plus forts ne sont pas ceux du sang, mais ceux, ignorés par la loi, de l’engagement et du soin », peut-on lire dans la présentation du spectacle.

À travers des récits personnels et des performances physiques, les artistes déconstruisent l’idée de famille nucléaire. « On a voulu montrer que la parentalité n’est pas une affaire de biologie, mais de choix et de responsabilité », explique Chien-Han Hung. Une réflexion d’autant plus actuelle que les législations sur la PMA et la filiation évoluent en Europe. Le spectacle, à la fois drôle et poignant, a offert une conclusion apaisée à un festival par ailleurs marqué par des thèmes lourds.

Et maintenant ?

Le Kunstenfestival des Arts 2026 laisse derrière lui des œuvres qui continueront de nourrir les débats sur l’art et la société. Plusieurs performances pourraient être reprises dans d’autres festivals européens d’ici la fin de l’année, notamment celles de Charmatz et Castellucci. Quant à Angélica Liddell, ses créations restent attendues avec une curiosité teintée de prudence. Pour le public, cette édition aura été l’occasion de découvrir un art qui ose regarder l’obscurité en face – et en faire de la lumière.

Le KFDA s’achève le 30 mai 2026, mais son impact devrait se prolonger bien au-delà. Comme le souligne Euronews FR, ce festival confirme que Bruxelles reste un laboratoire où l’art contemporain ose l’inattendu. Entre intimité et universalité, les œuvres présentées ont rappelé que la scène peut être un lieu de catharsis – pour les artistes comme pour le public.

Pour ceux qui n’ont pas pu assister aux représentations, certaines pièces feront peut-être l’objet de captations ou de reprises dans d’autres salles. À suivre, donc, pour une saison artistique où l’engagement et l’audace semblent plus que jamais au cœur des créations.

Selon Euronews FR, le festival avait pour ambition de transformer les tensions sociales et les traumatismes intimes en expériences artistiques collectives. Les organisateurs ont souhaité donner une voix à ceux que la société réduit au silence, en utilisant la danse, le théâtre et les performances in situ pour explorer des thèmes comme la mémoire, la douleur ou les normes familiales.

Plusieurs œuvres, notamment celles de Boris Charmatz et Romeo Castellucci, pourraient être reprises dans d’autres festivals européens d’ici la fin de l’année. Les organisateurs du KFDA n’ont pas encore annoncé de tournée officielle, mais des négociations sont en cours avec des salles intéressées par leur approche radicale.