La Commission européenne a présenté, ce vendredi 29 mai, une stratégie ambitieuse pour limiter la dépendance de l’Union à l’égard de la Chine en matière d’approvisionnement en composants critiques, qualifiant les relations commerciales actuelles de « insoutenables ». Selon Euronews FR, Bruxelles mise sur une diversification obligatoire des fournisseurs pour renforcer la résilience des industries européennes.

Ce qu'il faut retenir

  • L’UE dépend à plus de 65 % d’un seul pays pour certaines matières premières critiques, un seuil que la loi sur les matières premières vise à réduire à 65 % d’ici 2030.
  • La Commission propose d’interdire aux entreprises d’acheter plus de 30 à 40 % d’un composant critique auprès d’un seul fournisseur, avec une répartition sur au moins deux ou trois pays différents.
  • Le plan cible plusieurs secteurs stratégiques : énergie propre, automobile, semi-conducteurs, défense et aérospatiale.
  • Un budget de 3 milliards d’euros a été alloué au plan ReSourceEU pour développer des sources d’approvisionnement alternatives en Europe et dans son voisinage.
  • Les opposants craignent une hausse des coûts, des représailles chinoises et une violation des règles de l’OMC.

Une dépendance jugée dangereuse pour l’économie européenne

L’Europe est aujourd’hui trop exposée à la Chine pour des composants essentiels à ses industries. Comme le rapporte Euronews FR, l’UE importe massivement des aimants en terres rares nécessaires aux éoliennes et moteurs électriques, des matériaux pour batteries de véhicules électriques, des semi-conducteurs, des produits chimiques industriels et des pièces mécaniques. « Si la Chine venait à couper l’accès à ces exportations, comme elle l’a déjà fait pour certaines d’entre elles, les usines européennes s’arrêteraient », explique un expert cité par la source.

Pour éviter ce scénario, la Commission européenne propose d’imposer aux entreprises de ne pas dépendre à plus de 30 à 40 % d’un seul fournisseur pour un composant critique. Cette répartition devra s’effectuer sur au moins deux ou trois pays différents, afin d’éviter une nouvelle crise liée à une seule source d’approvisionnement.

Des secteurs stratégiques prioritairement ciblés

Le plan de diversification ne se limite pas à un domaine spécifique. Selon Euronews FR, il englobe plusieurs secteurs clés pour l’économie et la souveraineté européennes : l’énergie propre (éoliennes, solaire, batteries), l’automobile (véhicules électriques et moteurs industriels), les semi-conducteurs, les équipements numériques, ainsi que les composants pour la défense et l’aérospatiale.

Cette approche globale reflète l’urgence perçue par Bruxelles. « Les 27 commissaires ont reconnu que les relations commerciales actuelles de l’UE avec la Chine sont insoutenables », indique Euronews FR. La Commission a donc décidé d’adopter une position plus ferme envers Pékin et de promouvoir une stratégie de réduction des risques.

Un cadre juridique complexe à mettre en œuvre

L’adoption d’une loi imposant ces règles aux entreprises européennes représente un défi juridique majeur. Bruxelles doit veiller à ne pas enfreindre les accords de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui interdit toute discrimination entre ses membres. Pour contourner cet obstacle, la Commission envisage de rédiger des règles « en termes neutres », ciblant la dépendance excessive à l’égard de tout pays, et non uniquement de la Chine.

Cette stratégie s’inscrit dans la continuité de mesures déjà en place, comme la loi sur les matières premières critiques, adoptée en 2023. Celle-ci plafonne à 65 % la dépendance de l’UE à l’égard d’un seul pays pour les approvisionnements stratégiques d’ici 2030. Le plan ReSourceEU, doté de 3 milliards d’euros, complète cette initiative en finançant le développement de sources alternatives en Europe et dans ses proches voisins.

Deux camps s’opposent sur l’efficacité et les risques de la mesure

Les partisans de cette diversification obligatoire mettent en avant plusieurs arguments. Ils soulignent que la Chine a déjà utilisé les contrôles à l’exportation comme un levier de pression politique. « L’Europe a besoin de résilience, pas seulement d’efficacité », a déclaré un haut fonctionnaire européen sous couvert d’anonymat. Ils rappellent également que les mesures volontaires n’ont pas suffi à réduire suffisamment la dépendance.

À l’inverse, les détracteurs de cette approche s’inquiètent des conséquences économiques. Pour eux, une diversification forcée entraînerait une hausse des coûts pour les entreprises, au détriment de leur compétitivité. Certains craignent également des représailles chinoises contre les industriels européens, ainsi qu’un risque de violation des règles de l’OMC. « Ce plan pourrait se retourner contre nous et fragiliser davantage nos industries », avertit un économiste interrogé par Euronews FR.

Et maintenant ?

La Commission européenne doit désormais finaliser le cadre juridique de cette stratégie, un processus qui pourrait prendre plusieurs mois. Une consultation avec les États membres et les acteurs industriels est prévue avant l’adoption définitive du texte. Si le calendrier est respecté, les nouvelles règles pourraient entrer en vigueur d’ici 2027, avec un impact progressif sur les chaînes d’approvisionnement. Reste à voir si cette approche parviendra à concilier résilience économique et respect des règles internationales.

Les prochains mois seront déterminants pour évaluer la réaction de la Chine et l’efficacité des alternatives développées en Europe. En attendant, les industriels devront préparer leurs stratégies d’approvisionnement pour s’adapter à ce nouvel environnement, potentiellement plus coûteux mais aussi plus sécurisé.

La Chine domine une grande partie des chaînes d’approvisionnement mondiales pour des composants critiques, comme les terres rares ou les semi-conducteurs. Bruxelles juge cette dépendance « insoutenable » en raison des risques géopolitiques et des tensions commerciales récurrentes avec Pékin. La stratégie vise donc à réduire cette exposition, tout en évitant de cibler explicitement un pays dans le cadre des règles de l’OMC.

Les secteurs les plus concernés incluent l’énergie propre (éoliennes, batteries), l’automobile (véhicules électriques), les semi-conducteurs, ainsi que les industries de la défense et de l’aérospatiale. Ces domaines sont jugés stratégiques pour la souveraineté européenne et nécessitent une sécurisation de leurs approvisionnements.