Alors que le symposium annuel de Jackson Hole, organisé par la Réserve fédérale américaine, s’apprête à réunir les acteurs majeurs de la finance internationale à partir de ce vendredi, les marchés européens affichent des signes de faiblesse marquée. Selon BFM Bourse, le CAC 40 a enregistré hier une onzième séance de baisse en treize jours, chutant de 1,68 % pour clôturer à 8 319 points.

Cette contre-performance de la place parisienne tranche avec le reste de l’Europe, où les principaux indices ont mieux résisté. Le STOXX 600 a reculé de 0,69 %, tandis que le DAX allemand a progressé de 0,31 %. La France, en revanche, a été particulièrement pénalisée par le retour des inquiétudes liées aux finances publiques et à l’inflation persistante.

Ce qu'il faut retenir

  • Le CAC 40 chute de 1,68 % à 8 319 points, enregistrant sa onzième baisse en treize séances.
  • La France sous-performe ses voisins européens, le STOXX 600 reculant de 0,69 % contre une progression du DAX de 0,31 %.
  • Les banques en première ligne : BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale perdent entre 4 % et 5 %.
  • L’inflation américaine reste élevée (indice PCE à 3,7 % en juillet), alimentant les spéculations sur un nouveau resserrement monétaire.
  • Jackson Hole au cœur des attentions : la prise de parole de Kevin Warsh, président de la Fed, est attendue à 16h00 pour éclairer sur la politique monétaire.

Des tensions budgétaires et obligataires qui pèsent sur le marché français

Le recul du CAC 40 s’explique en grande partie par un environnement macroéconomique dégradé. Les craintes liées aux finances publiques françaises ont alimenté la hausse des rendements obligataires, avec un taux à dix ans désormais supérieur à 4 %. Les valeurs bancaires, très exposées aux taux, ont été particulièrement touchées. BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale ont ainsi cédé entre 4 % et 5 %.

Les secteurs les plus endettés ou sensibles aux variations de taux ont également subi la pression. Les groupes de concession, comme Eiffage, ont chuté de 7,40 % malgré une activité solide dans la construction et les systèmes énergétiques. Le carnet de commandes du groupe s’élève à 31,5 milliards d’euros, en hausse de 7 %, mais la faiblesse du flux de trésorerie disponible a pesé sur le titre.

Côté consommation, Pernod Ricard a abandonné 4,59 % après un recul des ventes organiques annuelles de 3,9 %, avec des baisses marquées aux États-Unis (-14 %) et en Chine (-19 %), partiellement compensées par une progression de 7 % en Inde. Le groupe a revu à la baisse ses objectifs de croissance organique, tablant désormais sur une fourchette située vers le bas de 3 % à 6 % à moyen terme.

Wall Street résiste, portée par l’IA et les résultats de Nvidia

À l’inverse, les marchés américains ont affiché une résistance notable hier. Le Dow Jones a progressé de 0,20 % à 53 569 points, le S&P 500 de 0,72 % à 7 730 points, et le Nasdaq 100 de 1,43 % à 29 641 points. Le secteur technologique, en particulier, a connu un regain d’optimisme avec une hausse de 3,16 %, portée par l’engouement pour l’intelligence artificielle.

Nvidia a été le principal moteur de cette dynamique, bondissant de 8,74 % après avoir dévoilé un bénéfice net trimestriel de 59,7 milliards de dollars, en progression de 126 % sur un an. Le groupe anticipe une croissance de son chiffre d’affaires proche de 70 % pour le prochain exercice, bien au-dessus des attentes du marché (44-45 %). Ces perspectives confirment l’engouement persistant pour les infrastructures d’IA.

Cependant, tous les acteurs technologiques n’ont pas bénéficié de cette tendance. Marvell Technology, malgré un chiffre d’affaires trimestriel en hausse de 37 % à 2,74 milliards de dollars, a vu son titre reculer de 7,5 % en séance. Autodesk a également cédé plus de 5 %, tandis que Gap a bondi de 14 % après ses résultats.

Jackson Hole, l’événement qui pourrait redessiner les anticipations des marchés

L’attention des investisseurs se portera donc ce vendredi sur le symposium de Jackson Hole, où Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale, interviendra à 16h00. Sa prise de parole est particulièrement scrutée, car elle pourrait préciser la lecture de la Fed sur l’inflation américaine et les orientations de sa politique monétaire.

L’indice des prix PCE, référence pour la Fed, reste à 3,7 % en juillet, bien au-dessus de l’objectif de 2 %. Plusieurs membres de l’institution ont récemment évoqué la possibilité d’un nouveau resserrement monétaire, alors que les rendements obligataires américains restent élevés. La dette publique, proche de 40 000 milliards de dollars, ajoute une couche d’incertitude sur le financement des déficits.

Le marché cherchera dans les propos de Kevin Warsh des indices sur les conditions qui pourraient pousser la Fed à relever ses taux, actuellement compris entre 3,50 % et 3,75 %. Sa communication habituellement mesurée renforce encore l’importance de cette intervention.

Et maintenant ?

Le calendrier macroéconomique sera chargé aujourd’hui, avec la publication de l’inflation en France et en Espagne, du chômage en Allemagne, ainsi que des indicateurs de confiance en zone euro. Aux États-Unis, le PMI de Chicago sera publié à 15h45, suivi de l’indice de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan à 16h00. La réaction du CAC 40 dépendra en grande partie du ton adopté par Kevin Warsh : entre poursuite de l’optimisme technologique ou retour des tensions obligataires.

Perspectives techniques et scénarios à court terme

D’un point de vue technique, le CAC 40 a formé hier une bougie marquée par un fort flux vendeur, ce qui pourrait augurer d’une poursuite du mouvement baissier à court terme. Le premier objectif se situe désormais sur le support des 8 280 points. En cas de rupture de ce niveau, la moyenne mobile à 200 périodes journalières deviendrait la prochaine zone de soutien à surveiller.

Selon les analystes de BFM Bourse, le scénario baissier reste valable tant que l’indice parisien cote en dessous de la résistance à 8 508 points. Autant dire que la séance de ce vendredi s’annonce décisive pour déterminer la trajectoire du marché dans les prochains jours.

Dans l’immédiat, les investisseurs devront composer avec un environnement où l’inflation, les dettes publiques et les décisions de la Fed dictent les mouvements. Entre optimisme technologique et prudence macroéconomique, le CAC 40 reste suspendu à ces arbitrages.

La France est particulièrement affectée par les inquiétudes liées aux finances publiques et à la hausse des rendements obligataires, qui dépassent désormais les 4 % pour le taux à dix ans. Les valeurs bancaires et les secteurs endettés, très exposés aux taux, ont été les plus touchés.