« Après les scandales de l’amiante et du chlordécone, nous sommes en passe d’avoir un scandale du cadmium », a prévenu dimanche 7 juin sur France Inter Clémentine Autain, députée du groupe Écologiste et social à l’Assemblée nationale. Selon Franceinfo - Santé, cette déclaration intervient alors que la proposition de loi portée par la parlementaire, visant à réduire l’exposition des Français à ce métal lourd toxique, vient d’être largement adoptée par les députés dans la nuit du 4 au 5 juin 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • Près de 50 % des Français présentaient en 2025 une exposition au cadmium dépassant les seuils sanitaires recommandés par l’Anses.
  • La limite autorisée en France pour les engrais (90 mg/kg) dépasse de 50 % la réglementation européenne (60 mg/kg) et reste trois fois supérieure aux recommandations de l’Anses (20 mg/kg).
  • Le cadmium, présent dans des aliments comme le pain, les pommes de terre ou les céréales, est classé cancérogène par les autorités sanitaires.
  • Clémentine Autain accuse les gouvernements successifs d’inaction et dénonce l’influence des lobbies de l’agro-industrie.
  • La députée propose notamment la création d’une « sécurité sociale de l’alimentation » pour rendre les produits sains accessibles à tous.

Un métal cancérogène présent dans l’alimentation des Français

Le cadmium, métal lourd utilisé notamment dans les engrais, s’accumule dans les sols et finit par contaminer une partie importante de l’alimentation. Selon les dernières données de l’Anses rapportées par Clémentine Autain, près de la moitié des Français présentaient en 2025 des niveaux d’exposition dépassant les valeurs sanitaires de référence. « C’est un vrai problème français », a souligné la députée, qui met en cause la tolérance française face à une substance pourtant reconnue cancérogène par les instances sanitaires internationales.

Les aliments les plus concernés incluent le pain, les pommes de terre, les pâtes ainsi que les céréales du petit-déjeuner. « La contamination de la population est explosive », a-t-elle insisté, évoquant une urgence absolue à agir. La réglementation européenne fixe un seuil maximal de 60 mg de cadmium par kilogramme d’engrais autorisé par an. Pourtant, en France, la moyenne s’établit à 90 mg/kg, soit bien au-delà des recommandations de l’Anses, qui préconise une limite à 20 mg/kg.

L’inaction des gouvernements successifs pointée du doigt

Clémentine Autain a dénoncé à plusieurs reprises l’irresponsabilité des ministres de l’Agriculture successifs, accusés d’avoir laissé les lobbies agro-industriels dicter les règles. « Les politiques cèdent aux lobbies, ils sont acquis à l’agrobusiness et les intérêts privés finissent par primer sur l’intérêt général et la santé publique », a-t-elle affirmé. Selon elle, des décrets visant à réduire les limites maximales de cadmium dans les engrais ont été votés, mais « ne sont jamais sortis ». Une inertie qu’elle qualifie d’inacceptable face à l’ampleur du problème.

Lors d’une manifestation organisée le 2 juin 2026 sur l’Esplanade des Invalides à Paris, la députée a réaffirmé son opposition à cette situation, aux côtés de militants écologistes et d’associations de défense de la santé publique. L’adoption de sa proposition de loi marque une première étape, mais elle insiste sur la nécessité de transformer en profondeur le système alimentaire français.

« Il faut des politiques publiques qui encouragent à produire sain, et pas seulement à produire beaucoup. Cela passe par une réglementation plus stricte, mais aussi par des aides à la transition pour les agriculteurs. »
— Clémentine Autain, députée du groupe Écologiste et social

Vers une « sécurité sociale de l’alimentation » ?

Pour rendre accessible une alimentation moins contaminée, Clémentine Autain défend l’idée d’une « sécurité sociale de l’alimentation ». Ce dispositif, inspiré du modèle de la Sécurité sociale, permettrait aux ménages de bénéficier d’une « carte vitale » pour acheter des produits sains dans des circuits labellisés, comme les magasins bio. L’objectif est double : réduire l’exposition au cadmium et rendre les alternatives plus abordables pour les foyers modestes.

« Les produits bio contiennent beaucoup moins de cadmium, mais il faut les rendre plus accessibles », a-t-elle expliqué. Cette mesure s’inscrit dans une logique de prévention sanitaire, alors que les études montrent une hausse continue des taux de contamination dans la population. La députée a également rappelé que la France n’est pas le seul pays concerné, mais que son retard réglementaire aggrave la situation.

Et maintenant ?

L’adoption de la proposition de loi en première lecture à l’Assemblée nationale ouvre la voie à un débat plus large sur la régulation du cadmium. Le texte doit désormais être examiné par le Sénat, où son parcours reste incertain. Par ailleurs, Clémentine Autain a annoncé qu’elle comptait mobiliser l’opinion publique pour faire pression sur le gouvernement, notamment en vue des prochaines élections. Une mission d’information parlementaire sur les perturbateurs endocriniens, incluant le cadmium, devrait également rendre ses conclusions d’ici la fin de l’année 2026. Reste à voir si ces initiatives aboutiront à des mesures concrètes, alors que les lobbies de l’agro-industrie restent très actifs.

Cette affaire s’ajoute à la liste des scandales sanitaires liés à la pollution industrielle et agricole en France. Après l’amiante et le chlordécone, le cadmium pourrait bien devenir le prochain symbole d’une gestion publique jugée défaillante par une partie de la classe politique et des associations. Pour Clémentine Autain, la réponse doit être à la hauteur des enjeux : « Nous n’avons plus le choix entre une agriculture toxique et une agriculture saine. Le cadmium n’est pas une fatalité. »

Selon les données de l’Anses et les déclarations de Clémentine Autain, les aliments les plus exposés au cadmium sont le pain, les pommes de terre, les pâtes et les céréales du petit-déjeuner. Ces produits, issus de cultures ayant absorbé le métal lourd présent dans les sols, sont les principaux vecteurs de contamination pour la population française.