Une proposition de loi écologiste visant à encadrer les teneurs en cadmium dans les engrais phosphatés sera examinée à compter de ce mardi 2 juin à l’Assemblée nationale, comme le rapporte Reporterre. Porté par des députés de différents groupes, ce texte suscite un débat sur la possibilité de réduire, voire de supprimer, l’usage de ces engrais en agriculture conventionnelle, une pratique déjà adoptée par une partie du secteur bio.

Ce qu'il faut retenir

  • Une proposition de loi est examinée à l’Assemblée nationale à partir du 2 juin 2026, visant à limiter les teneurs en cadmium des engrais phosphatés, selon Reporterre.
  • Les agriculteurs en agriculture biologique se passent déjà de ces engrais, ce qui soulève la question de leur utilité dans le modèle conventionnel.
  • Un député du Rassemblement national a accusé les écologistes de vouloir « la mort de l’agriculture française » en soutenant ce texte.
  • Le cadmium, métal lourd toxique, s’accumule dans les sols et présente des risques pour la santé humaine et l’environnement.

Les engrais phosphatés, largement utilisés en agriculture intensive pour booster les rendements, contiennent souvent des traces de cadmium, un polluant persistant et nocif. Pour tenter de limiter leur impact, les députés écologistes ont déposé une proposition de loi qui fixe des seuils maximaux pour ce métal lourd. « On ne peut plus ignorer la contamination des sols par le cadmium, qui menace à la fois la santé des consommateurs et la qualité de nos terres agricoles », a déclaré Julien Bayou, député Europe Écologie Les Verts (EELV), cité par Reporterre.

Cette initiative intervient dans un contexte où l’agriculture biologique, qui exclut ces engrais, prouve qu’il est possible de produire sans recourir à ces substances. Selon les chiffres du ministère de l’Agriculture, près de 10 % des exploitations françaises** sont aujourd’hui engagées en bio, une proportion qui pourrait encore croître si les contraintes réglementaires sur les engrais s’accentuent. Pourtant, les partisans d’une agriculture conventionnelle y voient une menace pour la souveraineté alimentaire et la compétitivité des exploitations.

L’argument des détracteurs du texte repose sur l’idée qu’une telle mesure pourrait fragiliser une filière déjà sous pression. « Vouloir interdire les engrais phosphatés, c’est prendre le risque de réduire les rendements et de dépendre davantage des importations », a réagi Jean-Marie Sermier, député Les Républicains (LR) et agriculteur, qui évoque une « décision idéologique » plutôt que technique. Un point de vue partagé par certains représentants du monde agricole, pour qui la transition vers des pratiques moins polluantes doit s’accompagner de solutions alternatives concrètes.

Pour les défenseurs de la proposition de loi, la priorité reste la protection des sols et de la santé publique. « Le cadmium s’accumule dans les cultures et finit dans nos assiettes. Avec des teneurs en baisse, on réduit les risques pour les consommateurs », a souligné Yannick Jadot, eurodéputé Europe Écologie Les Verts. Selon l’Anses, l’agence sanitaire française, l’exposition chronique au cadmium peut entraîner des problèmes rénaux et osseux, ainsi que des risques accrus de cancers. Les sols agricoles, déjà affectés par l’érosion et la pollution aux nitrates, subiraient un stress supplémentaire si aucune mesure n’est prise.

Et maintenant ?

L’examen de cette proposition de loi pourrait s’étaler sur plusieurs semaines, avec des amendements attendus tant de la part des écologistes que de leurs opposants. Si le texte est adopté en première lecture, il devra ensuite passer au Sénat, où le débat promet d’être tout aussi vif. Par ailleurs, des alternatives aux engrais phosphatés, comme le recours aux boues de station d’épuration traitées ou aux engrais organiques, sont déjà à l’étude, mais leur déploiement à grande échelle prendrait plusieurs années. Reste à voir si les pouvoirs publics parviendront à concilier impératifs environnementaux et réalités économiques.

Quoi qu’il en soit, ce texte relance un débat de fond sur l’avenir de l’agriculture française. Faut-il privilégier la rentabilité à court terme ou investir dans des modèles plus durables, même si cela implique de repenser en profondeur les pratiques culturales ? Une question qui, d’ici à quelques mois, pourrait bien se retrouver au cœur des politiques publiques.

Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans les roches phosphatées, dont sont issus les engrais phosphatés. Lors de leur extraction et de leur transformation, il se retrouve dans les produits finis. Son élimination totale est complexe, car elle nécessiterait des procédés coûteux et énergivores.

Plusieurs pistes sont explorées : l’utilisation d’engrais organiques (compost, fumier), le recyclage des déchets agricoles ou urbains (comme les boues de station d’épuration), ou encore l’optimisation de la fertilisation via des outils de précision. Certaines cultures, comme les légumineuses, fixent naturellement l’azote et réduisent ainsi le besoin en phosphore.