Une tribune publiée par deux spécialistes des enjeux agricoles et environnementaux dans Le Monde met en lumière les tensions autour de l’exposition au cadmium, un métal lourd dont les effets sur la santé publique restent au cœur de débats scientifiques. Carl Gaigné, économiste et directeur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), ainsi que Mathieu Parenti, professeur d’économie à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, y soulignent les limites d’une approche fondée sur la recherche d’une preuve « irréfutable », souvent invoquée pour justifier l’immobilisme face aux risques avérés.

Ce qu'il faut retenir

  • Selon Le Monde, Carl Gaigné et Mathieu Parenti critiquent l’utilisation de l’absence de preuve « irréfutable » comme alibi à l’inaction en matière de santé publique.
  • Les deux experts rappellent que le cadmium, présent dans les sols et certains aliments, est classé cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).
  • Ils pointent une polarisation du débat qui obscurcit les risques avérés et les mesures préventives envisageables.

Une approche scientifique contestée par les enjeux de santé publique

Carl Gaigné et Mathieu Parenti, co-auteurs de la tribune parue dans Le Monde, rappellent que le cadmium, métal lourd aux propriétés toxiques, est classé depuis 1993 dans le groupe 1 des substances cancérogènes par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Malgré cette classification, son évaluation par les autorités sanitaires reste soumise à des critères de preuve jugés trop restrictifs par les deux experts. « L’absence de preuve *irréfutable* ne devrait jamais servir d’alibi à l’inaction », écrivent-ils, soulignant que les normes actuelles exigent des niveaux de certitude rarement atteints en matière de toxicologie environnementale.

Le cadmium, un risque avéré mais mal évalué

Présent naturellement dans les sols et concentré par certaines activités industrielles ou agricoles, le cadmium se retrouve dans des denrées comme les céréales, les légumes-feuilles ou encore les abats. Selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), l’exposition moyenne des Européens dépasse déjà les seuils recommandés, notamment via l’alimentation. Pourtant, comme le note la tribune de Le Monde, les seuils réglementaires, fixés sur la base d’études épidémiologiques complexes, peinent à intégrer la précaution nécessaire face à des risques dont les mécanismes d’action sont encore partiellement compris. Les deux auteurs insistent sur le fait que « la science ne progresse pas par certitudes absolues, mais par accumulation de preuves convergentes ».

Une polarisation du débat qui freine l’action

Les tensions autour du cadmium illustrent selon eux un paradoxe : plus les enjeux sanitaires sont urgents, plus les critères de preuve exigés pour justifier une action deviennent stricts. « On assiste à une polarisation du débat où les partisans du statu quo invoquent systématiquement l’absence de preuve *irréfutable* pour bloquer toute mesure préventive », expliquent Carl Gaigné et Mathieu Parenti. Ils citent en exemple les retards dans la révision des limites maximales de cadmium dans les engrais phosphatés, un dossier toujours en discussion au niveau européen après plusieurs années de négociations.

— Le cadmium, bien que classé cancérogène certain, reste l’objet de controverses sur l’ampleur réelle des risques pour les populations exposées, notamment via l’alimentation.

Et maintenant ?

Les deux économistes appellent à une révision des critères d’évaluation des risques, intégrant davantage le principe de précaution. Au niveau européen, la Commission devrait présenter d’ici la fin de l’année 2026 un rapport sur la révision des seuils de cadmium dans les engrais, une échéance que les auteurs de la tribune espèrent voir saisie pour faire évoluer les normes. En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a déjà recommandé en 2025 une réduction des apports en cadmium via l’alimentation, sans que des mesures contraignantes n’aient encore été adoptées. La question reste donc entière : les autorités sanitaires parviendront-elles à concilier rigueur scientifique et protection des populations dans un délai raisonnable ?

La tribune de Carl Gaigné et Mathieu Parenti, publiée dans Le Monde, s’inscrit dans un contexte où les alertes sur les perturbateurs endocriniens et les métaux lourds se multiplient, sans toujours entraîner de changements réglementaires majeurs. Reste à savoir si ce plaidoyer, porté par des voix académiques reconnues, suffira à débloquer un dossier où l’inaction coûte cher en termes de santé publique.

Selon le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), le cadmium est classé dans le groupe 1 des substances cancérogènes pour l’homme, principalement en raison de son lien avec les cancers du poumon et de la prostate. Il est également associé à des risques de maladies rénales, d’ostéoporose et de troubles de la reproduction. L’exposition chronique, même à faible dose, est considérée comme préoccupante par les autorités sanitaires.