Le zoologiste britannique Desmond Morris, mondialement connu pour son essai « Le singe nu », s’est éteint dimanche 19 avril 2026 à l’âge de 98 ans. La nouvelle a été rendue publique lundi 20 avril par son fils Jason Morris, qui a salué « une vie entière de découvertes, de curiosité et de créativité ». Selon Le Figaro, l’intéressé avait poursuivi ses activités d’écriture et de peinture jusqu’aux derniers instants de son existence.
Ce qu'il faut retenir
- Naissance en 1928 : Desmond Morris est né dans le sud de l’Angleterre et s’est imposé comme une figure majeure de la zoologie et de l’éthologie.
- « Le singe nu », un best-seller mondial : Publié en 1967, son essai le plus célèbre a été vendu à plus de 10 millions d’exemplaires et traduit dans le monde entier.
- Artiste et scientifique : Passionné de peinture, il a exposé aux côtés de Joan Miró en 1950 et a exploré le surréalisme tout au long de sa carrière.
- Pédagogue et vulgarisateur : Responsable d’une unité télévisuelle au zoo de Londres, il a utilisé ce média pour populariser la zoologie, à l’instar de David Attenborough.
Un parcours marqué par la curiosité et la transmission
Desmond Morris est né le 24 janvier 1928 à Purley, dans le Surrey, au sud de Londres. Dès ses études, il s’est tourné vers la zoologie, d’abord à l’Université de Birmingham, puis à l’Université d’Oxford. Comme il l’a souvent rappelé, son intérêt pour cette discipline naquit d’une volonté de nourrir sa passion artistique. « L’étude des animaux était pour moi un moyen de mieux comprendre le monde, avant de devenir une fin en soi », expliquait-il dans plusieurs entretiens.
Son approche unique, mêlant rigueur scientifique et sensibilité artistique, a fait de lui une personnalité hors norme. Peintre surréaliste à ses heures, il a exposé ses œuvres dès 1950 à Barcelone, aux côtés du maître espagnol Joan Miró, avec qui il partageait une fascination pour l’inconscient et les formes oniriques. Cette double casquette d’artiste et de scientifique a marqué l’ensemble de sa carrière, lui permettant de toucher des publics variés.
« Le singe nu » : une révolution dans l’étude de l’humanité
Publié en 1967, « Le singe nu » (*The Naked Ape*) est rapidement devenu un ouvrage de référence. L’essai propose une analyse de l’espèce humaine à travers le prisme de l’éthologie, c’est-à-dire l’étude du comportement animal appliquée à l’homme. Morris y décrit l’homme moderne comme un primate nu, doté de caractéristiques biologiques et sociales héritées de son évolution.
Le succès de l’ouvrage a été immédiat : traduit en plus de 30 langues, il s’est écoulé à plus de 10 millions d’exemplaires dans le monde. Son approche, à la fois accessible et provocante, a suscité autant d’admiration que de controverses. Certains critiques y ont vu une réduction outrancière de la complexité humaine, tandis que d’autres saluaient une contribution majeure à la vulgarisation scientifique. Toujours est-il que l’essai a durablement influencé les débats sur la nature humaine, la sociologie et même la psychologie.
Un pédagogue engagé pour la science grand public
Au-delà de ses écrits, Desmond Morris s’est illustré comme un ardent défenseur de la vulgarisation scientifique. Dans les années 1960 et 1970, il a dirigé une unité télévisuelle au zoo de Londres, où il a produit des documentaires visant à éduquer le grand public sur le monde animal. Son style, clair et captivant, a fait de lui un précurseur dans l’art de rendre la science accessible. « La télévision était pour moi un outil formidable pour partager la passion des animaux et des sciences naturelles », confiait-il dans les colonnes du *Guardian* en 2018.
Cette volonté de démocratiser le savoir l’a rapproché d’autres figures comme David Attenborough, avec qui il partageait l’ambition de faire de la zoologie un sujet de curiosité pour tous. Morris a également contribué à des émissions radiophoniques et écrit des centaines d’articles, toujours dans le même esprit : rendre la science vivante et compréhensible. Son héritage en la matière reste une référence pour les communicateurs scientifiques actuels.
Un héritage artistique et scientifique inaltérable
Jusqu’à ses derniers jours, Desmond Morris est resté actif. Dans un communiqué publié lundi, son fils Jason a souligné qu’il « a continué à écrire et à peindre jusqu’à la fin de sa vie ». Peintre prolifique, il a produit des centaines d’œuvres, principalement dans le style surréaliste, tout en publiant régulièrement des essais ou des chroniques. Son dernier livre, un recueil d’anecdotes sur les animaux, est paru en 2023.
Pour rendre hommage à ce monument de la science et des arts, plusieurs institutions ont réagi. Le Muséum d’histoire naturelle de Londres a salué « un esprit libre et généreux, dont les travaux ont inspiré des générations de scientifiques et d’artistes ». De son côté, l’Université d’Oxford, où il avait étudié, a rappelé « son rôle pionnier dans la vulgarisation de la zoologie et son engagement sans faille en faveur de la curiosité intellectuelle ».
Son fils a également indiqué que la famille organiserait des hommages privés, mais aucune cérémonie publique n’a encore été annoncée. En attendant, c’est à travers ses écrits et ses œuvres que Desmond Morris continuera de dialoguer avec le monde.
Outre « Le singe nu » (1967), Desmond Morris a publié de nombreux essais influents, dont « Le contrat naturel » (1981), « Le zoo humain » (1994) ou encore « La femme nue » (1986), qui explore les différences comportementales entre hommes et femmes. Il a également écrit des ouvrages sur les animaux domestiques, comme « Le chat révélé » (1986) ou « Le chien révélé » (2008).