À Calais, ville au passé historique fortement lié à l’Angleterre, le tourisme britannique s’est progressivement raréfié depuis une quinzaine d’années. Selon Courrier International, qui reprend une enquête publiée par le Daily Telegraph, les visiteurs anglais ne sont plus les premiers clients des commerces et hébergements locaux. Une tendance qui s’inscrit dans un contexte économique et politique plus large, marqué par la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne en 2020.
Ce qu'il faut retenir
- Les touristes britanniques, autrefois nombreux à Calais, se font aujourd’hui plus rares, remplacés en partie par des visiteurs allemands ou espagnols.
- La crise financière de 2008, la dépréciation de la livre sterling et les conséquences du Brexit ont réduit les voyages « shopping » des Anglais vers la France.
- Les professionnels locaux, comme le restaurateur Dan Sowden, soulignent un changement de clientèle depuis plusieurs années.
- Le Daily Telegraph, journal conservateur britannique, a été racheté début 2026 par le groupe allemand Axel Springer pour 660 millions d’euros.
- La ville de Calais, occupée par l’Angleterre pendant deux siècles, garde pourtant des traces de cette histoire commune, à l’image du groupe statuaire « Les Bourgeois de Calais » d’Auguste Rodin.
Dans une brasserie du centre-ville de Calais, le patron Dan Sowden, un Halifaxien installé en France, sert un plat typique du pays de Galles : le *welsh*, un gratin de fromage, de bière et de pain grillé. « Le welsh est excellent, mais il faut s’arrêter à la dernière bouchée », explique-t-il. Autrefois, ce plat était surtout apprécié par les touristes britanniques venus profiter des prix attractifs des bouteilles d’alcool en France. Pourtant, aujourd’hui, le restaurateur constate une baisse sensible de la clientèle anglaise. « Le muscadet se marie bien avec le welsh, mais les Anglais ne viennent plus aussi souvent », remarque-t-il, tout en précisant que sa clientèle est désormais plus diversifiée, avec davantage d’Allemands.
Cette évolution n’est pas isolée. À quelques rues de là, Nathalie Desnoyer, gérante de la chambre d’hôtes « Les Secrets des loges », confirme : « Nous avons plus de clients allemands qu’anglais ces dernières années. » Un constat partagé par de nombreux commerçants et hôteliers de la ville. Pourtant, Calais reste une destination prisée pour son histoire et sa proximité géographique avec l’Angleterre. Occupée par les Anglais pendant deux siècles, de 1347 à 1558, la ville porte encore les stigmates de cette période, comme en témoigne le célèbre groupe statuaire « Les Bourgeois de Calais » d’Auguste Rodin, installé devant l’hôtel de ville.
Les raisons de ce désamour des touristes britanniques pour Calais sont multiples. Selon l’article du Daily Telegraph, cité par Courrier International, la crise financière de 2008 a marqué un premier tournant. « Ces petites virées se sont raréfiées depuis la crise financière de 2008, l’effondrement de la livre au niveau du cours de la chips, et les magouilles post-Brexit », écrit le quotidien. La dépréciation de la livre sterling face à l’euro a rendu les dépenses en France plus coûteuses pour les Britanniques, tandis que les formalités douanières et les contrôles renforcés après le Brexit ont complexifié les voyages.
Une ville façonnée par son histoire anglo-française
Calais, ville portuaire du nord de la France, a toujours entretenu des liens étroits avec l’Angleterre. Avant même la guerre de Cent Ans, les échanges commerciaux et culturels étaient fréquents. Pourtant, depuis le Brexit, les frontières se sont durcies. Les contrôles aux frontières, les délais d’attente pour traverser la Manche et les coûts supplémentaires ont découragé une partie des voyageurs britanniques. « Nous venions surtout pour l’alcool pas cher », rappelle le Daily Telegraph, soulignant que ces escapades étaient devenues moins attractives.
Malgré tout, Calais conserve un attrait historique et culturel. Le groupe statuaire « Les Bourgeois de Calais », commandé en 1884 par la ville pour commémorer un épisode de la guerre de Cent Ans, rappelle cette histoire commune. Le monument, composé de six bourgeois en bronze prêts à se sacrifier pour sauver leur cité, est aujourd’hui un symbole de la ville. Il attire des visiteurs du monde entier, mais peu d’entre eux sont désormais britanniques.
Un quotidien britannique racheté par un groupe allemand
Le Daily Telegraph, quotidien conservateur britannique fondé en 1855 et longtemps considéré comme une référence de la presse outre-Manche, a lui-même connu une profonde mutation en 2026. Propriété des frères Barclay jusqu’en 2023, le journal a été saisi par ses créanciers avant d’être racheté début 2026 par le groupe allemand Axel Springer, pour un montant de 660 millions d’euros. Ce rachat s’inscrit dans une stratégie d’expansion européenne du groupe, déjà propriétaire de titres comme Die Welt ou Bild en Allemagne, ainsi que de Politico en Europe.
Ce changement de propriétaire intervient dans un contexte de déclin de la presse écrite britannique, confrontée à la concurrence des médias en ligne. Pourtant, le Daily Telegraph reste connu pour ses rubriques phares, comme le Court Circular, qui détaille quotidiennement les activités de la famille royale, ou le dessin humoristique de Matt, publié en première page. Une tradition que le nouveau propriétaire allemand pourrait préserver, malgré les défis économiques et technologiques du secteur.
Si le Brexit a marqué un tournant dans les relations touristiques entre les deux pays, il n’a pas effacé des siècles de liens historiques. La ville de Calais, avec son patrimoine et sa position géographique, reste un pont entre la France et le Royaume-Uni. Quant au Daily Telegraph, son avenir sous direction allemande pourrait redéfinir son rôle dans le paysage médiatique britannique et européen. Une chose est sûre : les défis sont nombreux, mais l’histoire, elle, continue de s’écrire.
