La fermeture des centres de cyberescroquerie au Cambodge, décidée en urgence par les autorités pour restaurer l’image du pays auprès des touristes et investisseurs, laisse derrière elle un bilan humain lourd de conséquences. Selon Courrier International, des milliers d’étrangers, privés de passeport et de revenus, se retrouvent sans logement ni perspective de retour dans leur pays d’origine. Autant dire que la situation pourrait rapidement dégénérer en une crise humanitaire aux répercussions multiples.
Ces deux derniers mois, les démantèlements de réseaux d’escroqueries se sont multipliés dans tout le pays. Début mars 2026, le Premier ministre cambodgien, Hun Manet, avait annoncé la fermeture de tous ces centres avant la fin avril, dans le cadre d’une campagne visant à rétablir la confiance des visiteurs étrangers. Depuis la fin de la pandémie de Covid-19, le Cambodge, aux côtés de la Birmanie et du Laos, était devenu l’épicentre d’une industrie florissante de la cybercriminalité, avec des centres fermés abritant des milliers de travailleurs forcés ou exploités.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 2 000 travailleurs étrangers, majoritairement originaires d’Asie du Sud-Est et d’Afrique, seraient concernés par la fermeture de ces centres.
- Les principaux foyers de cyberescroquerie se situent dans des zones frontalières comme Ô Smach ou Poipet, près de la frontière thaïlandaise.
- Les autorités cambodgiennes ont lancé une opération de grande envergure, avec pour objectif affiché de « restaurer la dignité du pays » avant la fin du mois d’avril.
- La crise économique qui en résulte pourrait aggraver les tensions sociales et favoriser l’émergence de nouveaux réseaux criminels.
Des milliers de travailleurs piégés par la répression
La majorité des personnes employées dans ces centres de cyberescroquerie sont des ressortissants étrangers recrutés sous de fausses promesses. Une fois sur place, ils se voient confisquer leur passeport et contraints de travailler dans des conditions proches de l’esclavage moderne. Selon les informations rapportées par The Straits Times et relayées par Courrier International, beaucoup de ces travailleurs ne peuvent plus rentrer chez eux, faute de documents ou de ressources financières. « Nous avons perdu notre emploi, notre logement, et personne ne nous aide à quitter le pays », témoigne un ancien employé d’un centre de Poipet, sous couvert d’anonymat.
Les régions frontalières, où ces centres sont les plus nombreux, sont aujourd’hui le théâtre d’une crise sociale silencieuse. À Ô Smach, un poste-frontière stratégique entre le Cambodge et la Thaïlande, des centaines de personnes errent dans les rues sans abri ni argent. Les organisations humanitaires locales, déjà sous-financées, peinent à répondre à l’urgence.
Une économie parallèle qui résiste malgré les fermetures
Malgré la volonté affichée du gouvernement cambodgien de démanteler ces réseaux, des voix s’élèvent pour alerter sur le risque de reconversion des anciens employés. D’après les analystes cités par The Straits Times, certains pourraient être recrutés par de nouveaux centres d’escroquerie, encore plus discrets, tandis que d’autres pourraient basculer dans des activités criminelles pour survivre. « La fermeture de ces centres ne suffit pas à résoudre le problème de fond », explique un expert en sécurité en Asie du Sud-Est. « Tant que la demande pour ces services illégaux persistera, les réseaux trouveront toujours des moyens de se réinventer ».
Par ailleurs, la précarité économique qui touche désormais ces régions risque d’alimenter des tensions sociales. Dans certaines zones, comme Poipet, où l’industrie du jeu et du divertissement était déjà fragilisée par la pandémie, les fermetures pourraient précipiter des faillites en cascade et aggraver le chômage local.
Un impact sur l’image du Cambodge, entre répression et opportunités
La campagne de Hun Manet contre les centres de cyberescroquerie s’inscrit dans une stratégie plus large visant à redorer le blason du Cambodge auprès des investisseurs étrangers. Depuis plusieurs années, le pays était pointé du doigt pour son rôle dans l’industrie mondiale de la fraude en ligne, alimentant une mauvaise réputation qui décourageait les touristes et les hommes d’affaires. « Notre objectif est clair : faire du Cambodge une destination sûre et attractive », a déclaré le Premier ministre lors d’une conférence de presse en mars.
Cependant, la gestion de cette crise humanitaire pourrait à terme nuire à cette image. Les images de travailleurs étrangers errant sans abri dans les rues de Phnom Penh ou de Poipet ont déjà commencé à circuler sur les réseaux sociaux, attirant l’attention des médias internationaux. « Le gouvernement a agi rapidement, mais les conséquences humaines de cette répression risquent de peser lourd sur le long terme », analyse un diplomate basé à Phnom Penh.
En attendant, la situation reste tendue dans les zones frontalières, où la précarité et l’absence de perspectives alimentent un terreau fertile pour la criminalité organisée. Pour les milliers de personnes prises au piège de cette répression, le retour à une vie normale semble encore bien lointain.
Depuis la fin de la pandémie de Covid-19, le Cambodge, comme la Birmanie et le Laos, a attiré des réseaux criminels grâce à une législation laxiste, des coûts de main-d’œuvre faibles et une proximité géographique avec des pays à forte demande en services frauduleux en ligne. Les centres de cyberescroquerie y ont prospéré, employant des milliers de travailleurs exploités et souvent recrutés sous de fausses promesses.