D’après Franceinfo - Culture, Camille Broutin s’impose comme une figure majeure du manga à la française. À 28 ans, elle publie le troisième tome de sa série Yon, saluée pour son originalité et son ancrage dans une esthétique inspirée du Japon. Son parcours, marqué par une passion précoce pour les mangas et une détermination sans faille, illustre une nouvelle voie pour la bande dessinée hexagonale.

Ce qu'il faut retenir

  • Camille Broutin, 28 ans, publie le troisième tome de sa série Yon aux éditions Dargaud, un manga à la française qui explore les peurs adolescentes à travers des créatures surnaturelles.
  • Son premier volume, Yon, publié en 2023, lui a valu une reconnaissance immédiate, notamment pour son scénario et son dessin, où elle incarne à la fois l’auteure et la scénariste.
  • Née au début des années 2000, elle a grandi avec les mangas Naruto, découverts dans la chambre de son grand frère, avant de transformer sa passion en métier.
  • Son rêve d’enfance ? Être publiée au Japon, un objectif qu’elle pourrait bientôt concrétiser grâce à la notoriété croissante de ses œuvres.
  • Le quatrième et dernier tome de Yon est annoncé pour l’automne 2026, clôturant une saga qui a su toucher un public varié.

Une vocation née dans l’ombre de Naruto

Camille Broutin appartient à cette génération d’auteures françaises qui ont grandi avec les mangas japonais. Comme elle l’explique à Franceinfo - Culture, tout a commencé dans les années 2000, lorsque son grand frère ramenait des tomes de Naruto à la maison. « Ce sont les tout premiers mangas que j’ai lus », confie-t-elle. Mais ce qui a ancré son amour pour ce genre n’a pas été seulement la lecture : c’est le temps passé aux côtés de son frère à regarder la série animée à la télévision. Ces moments partagés ont forgé une relation indéfectible avec cet univers visuel et narratif.

Pourtant, son parcours n’a pas été un long fleuve tranquille. Comme beaucoup d’artistes, elle a connu des doutes. « J’ai commencé à dessiner toute petite, mais ce n’est qu’en arrêtant que j’ai réalisé que c’était une passion qui ne me quitterait plus », précise-t-elle. Ses premiers pas dans le milieu professionnel ont été marqués par une participation remarquée à la BD Fille Unique, où ses dessins ont commencé à se faire remarquer sur les réseaux sociaux.

Yon, un manga qui parle aux adolescentes — et à son auteure

Avec Yon, Camille Broutin signe une œuvre à la fois personnelle et universelle. L’histoire se déroule dans un pensionnat de jeunes filles, souvent placées là par leurs parents comme une punition ou en raison de difficultés sociales. Ce cadre, inspiré de ses propres questionnements d’adolescente, reflète une quête d’identité et de connexion avec les autres. « Comment se faire des amis ? Comment se comporter ? Comment parler aux gens ? Je n’ai toujours pas de réponses », admet-elle. Autant dire que ses personnages, comme ses lectrices, sont en quête de réponses — ou tout du moins d’un moyen de les apprivoiser.

Dans son récit, Camille Broutin introduit une touche surnaturelle : des billes qui, peu à peu, dévorent tout ce qui est vivant. Ces créatures symbolisent les peurs intimes de ses personnages. « On met la vie dans les dessins, et ce qu’on met dans les dessins éloigne ou non les créatures, en se disant que les créatures ce sont les peurs de la vie », explique-t-elle. Une métaphore puissante, où l’art devient un bouclier contre l’angoisse. « C’est ce que je préfère dans mon travail : développer ma propre personnalité à travers les dessins et l’histoire en même temps. »

Un modèle pour la nouvelle génération de mangakas

Camille Broutin est consciente de jouer un rôle inspirant pour celles et ceux qui rêvent de se lancer dans le manga. « Je me revois à leur âge : si j’avais rencontré quelqu’un qui faisait du manga français, cela m’aurait aidée », confie-t-elle. Son parcours, entre doutes et persévérance, résonne particulièrement auprès des jeunes artistes en herbe. Elle incarne une voie alternative à la domination des mangas japonais, prouvant qu’une esthétique locale peut trouver son public.

Son succès n’est pas passé inaperçu. Lors de sa venue au festival BD de Bastia en mars 2026, elle a été saluée pour son approche innovante et son authenticité. Pour beaucoup, elle représente une nouvelle génération de créateurs capables de fusionner les codes du manga avec une sensibilité française. Une hybridation qui séduit de plus en plus de lecteurs, lassés des clones ou des traductions approximatives des œuvres nippones.

Vers le Japon : un rêve d’enfant qui pourrait devenir réalité

Si Camille Broutin a choisi de dessiner des mangas, c’est aussi parce que ce genre occupe une place centrale dans la culture japonaise. Et pour elle, la consécration ultime serait d’y être publiée. Un rêve qui la motive depuis l’enfance et qui, aujourd’hui, semble à portée de main. La notoriété de Yon, déjà saluée au-delà des frontières hexagonales, pourrait bien ouvrir les portes de l’archipel.

Pour l’instant, elle se concentre sur la finalisation de sa saga. Le quatrième tome de Yon est attendu pour l’automne 2026, marquant la conclusion d’une histoire qui a su captiver un public fidèle. Dargaud, son éditeur, confirme l’engouement : les trois premiers volumes se sont écoulés à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires, un chiffre rare pour une série de manga française.

Et maintenant ?

Dans les mois à venir, Camille Broutin devrait poursuivre deux objectifs principaux : terminer Yon et explorer de nouveaux projets. Si son rêve japonais se concrétise, cela pourrait lui offrir une visibilité internationale et des collaborations avec des éditeurs nippons. Par ailleurs, son modèle de création — où l’auteure est à la fois scénariste et dessinatrice — pourrait inspirer d’autres artistes à se lancer dans des récits plus personnels et moins formatés. Reste à voir si le public français continuera à adhérer à cette approche, ou si d’autres voix émergeront dans le paysage déjà riche de la bande dessinée française.

Pour l’heure, Camille Broutin continue de dessiner, portée par une passion intacte. « Je n’ai pas de réponse à toutes les questions que je me posais à 15 ans, mais peut-être que mes dessins en apportent quelques-unes », confie-t-elle. Une phrase qui résume à elle seule l’ambition de son travail : transformer l’incertitude en art, et les peurs en histoires.