À quelques jours de la reprise des grands championnats européens, Canal+ intensifie sa lutte contre le piratage sportif en obtenant quatorze ordonnances du tribunal judiciaire de Paris le 17 juillet 2026. Ces décisions visent à bloquer l’accès à des dizaines de sites diffusant illégalement des matchs de football pour les saisons 2026-2027 de Premier League et de Ligue des champions. Selon FrenchBreaches, cette opération marque une nouvelle étape dans la stratégie du groupe audiovisuel, puisqu’elle ne se limite plus aux fournisseurs d’accès à Internet, mais s’étend désormais aux opérateurs télécoms, aux services DNS, à certains VPN, à Cloudflare et même aux moteurs de recherche.

Ce qu'il faut retenir

  • Canal+ a obtenu 14 ordonnances du tribunal judiciaire de Paris le 17 juillet 2026 pour bloquer des sites de streaming pirate.
  • 73 noms de domaine sont ciblés : 47 pour la Premier League et 26 pour la Ligue des champions, incluant des plateformes comme Totalsportek, LiveTV ou Kevinsport.
  • Les mesures concernent les principaux FAI français (Orange, Free, SFR, Bouygues Telecom) ainsi que des opérateurs ultramarins et des services DNS (Google Public DNS, Cloudflare DNS, Quad9).
  • Les décisions visent aussi trois fournisseurs de VPN (Proton VPN, CyberGhost, ExpressVPN), dont deux ont contesté les mesures devant la justice.
  • Google et Bing doivent déréférencer les sites concernés de leurs résultats de recherche en France.
  • La France prépare un mécanisme de blocage automatisé en temps réel pour remplacer le système actuel, basé sur une validation manuelle par l’Arcom.

Cette offensive intervient dans un contexte où Canal+ cherche à rendre le contournement des blocages beaucoup plus complexe. Les fournisseurs d’accès à Internet et les opérateurs télécoms français doivent désormais empêcher leurs abonnés d’accéder aux domaines visés. Parmi les cibles figurent des plateformes de streaming sportif ou des passerelles IPTV, souvent utilisées pour diffuser des rencontres de football sans autorisation.

L’opération ne se limite pas aux fournisseurs d’accès. Les décisions obtenues par Canal+ obligent également des acteurs comme Google Public DNS, Cloudflare DNS, Quad9 et DNS4EU à bloquer la résolution des noms de domaine concernés pour les utilisateurs situés en France. Cloudflare est particulièrement visé, car les mesures s’étendent à son CDN et à son service de reverse proxy, avec une liberté laissée à l’entreprise pour choisir les modalités techniques de son intervention.

Les ordonnances imposent aux intermédiaires concernés d’agir dans un délai de trois jours dans la majorité des cas. Cette rapidité est essentielle pour Canal+, car les sites pirates ont souvent recours à des changements fréquents de domaine ou à la création de sites miroirs pour échapper aux blocages. Les mesures doivent s’appliquer du 22 août 2026 au 30 mai 2027 pour la Premier League et jusqu’au 5 juin 2027 pour la Ligue des champions.

Une offensive qui touche tous les maillons de la chaîne du piratage

Pour Canal+, l’objectif est de couvrir l’ensemble de la chaîne permettant à un utilisateur d’accéder à un flux pirate. Cela inclut non seulement les fournisseurs d’accès et les services DNS, mais aussi les infrastructures intermédiaires comme Cloudflare, ainsi que les VPN, outils souvent utilisés pour contourner les restrictions géographiques. Trois fournisseurs de VPN sont directement visés par les ordonnances : Proton VPN, CyberGhost et ExpressVPN.

CyberGhost et ExpressVPN ont tenté de contester ces mesures devant la justice. Les deux entreprises ont demandé au tribunal de suspendre la procédure en attendant des éléments liés à une affaire examinée au niveau européen. Elles ont également contesté la compatibilité de l’article L. 333-10 du Code du sport avec le droit européen. Malgré leurs arguments, le tribunal n’a pas retenu leurs demandes. Selon la juridiction parisienne, un intermédiaire peut être contraint d’agir même s’il joue un rôle neutre dans la transmission des données, dès lors que son service permet concrètement d’accéder à des contenus diffusés illicitement.

Le dispositif ne s’arrête pas aux blocages techniques. Google et Microsoft Bing doivent également supprimer les domaines concernés de leurs résultats de recherche en France. Google avait contesté certains éléments avancés par Canal+, notamment concernant l’étendue de ses droits exclusifs et la démonstration des infractions associées aux différents domaines. Là encore, le tribunal a rejeté les arguments présentés, confirmant que les moteurs de recherche doivent participer activement à la lutte contre le piratage.

Vers un blocage automatisé en temps réel pour la saison 2026-2027

Cette nouvelle vague de décisions intervient à un moment clé pour la lutte contre le piratage sportif en France. Quatre jours seulement après les ordonnances du 17 juillet, le Parlement français a adopté une réforme visant à transformer profondément le fonctionnement des blocages. Jusqu’à présent, lorsqu’un nouveau domaine pirate est identifié, des agents de l’Arcom doivent procéder à des vérifications avant son ajout à la liste des adresses bloquées. Ce processus, bien que nécessaire, peut prendre un temps précieux dans un contexte où les retransmissions se déroulent en direct.

Le futur dispositif doit permettre une automatisation beaucoup plus importante des blocages. Les nouveaux domaines pourraient ainsi être ajoutés en temps réel, tandis que le contrôle de l’Arcom interviendrait après leur blocage. Cette réforme, si elle est appliquée selon le calendrier prévu, donnerait à Canal+ et aux autres détenteurs de droits sportifs un outil capable de suivre bien plus rapidement les changements d’adresse des plateformes pirates. Les quatorze décisions obtenues cet été pourraient ainsi marquer la fin d’une époque où la lutte contre le streaming sportif pirate reposait encore largement sur une identification et une validation manuelles.

Cette évolution s’inscrit dans un contexte où la France cherche à renforcer sa position dans la lutte contre le piratage en ligne. Le pays est souvent pointé du doigt pour son manque d’efficacité dans ce domaine, comparé à d’autres États européens. Avec ce nouveau mécanisme, les autorités espèrent non seulement réduire le piratage sportif, mais aussi envoyer un signal fort aux exploitants de services illégaux, qui devront constamment adapter leurs stratégies pour rester opérationnels.

Et maintenant ?

La mise en œuvre des ordonnances obtenues par Canal+ devrait se poursuivre dans les prochains jours, avec une application effective dès la reprise des championnats européens. Les fournisseurs d’accès et les services ciblés disposent d’un délai de trois jours pour se conformer aux décisions, ce qui laisse peu de marge de manœuvre aux sites pirates pour contourner les blocages. Par ailleurs, l’entrée en vigueur de la réforme automatisée, attendue d’ici la fin de l’année 2026, pourrait accélérer encore davantage le processus de lutte contre le piratage en ligne. Reste à voir si ces mesures suffiront à endiguer durablement la diffusion illégale des contenus sportifs.

Cette offensive de Canal+ soulève également des questions sur l’équilibre entre la protection des droits d’auteur et la liberté d’accès à l’information. Les défenseurs des libertés numériques pourraient en effet critiquer l’extension des obligations imposées aux intermédiaires techniques, comme les fournisseurs de VPN ou les services DNS, qui se retrouvent désormais directement impliqués dans la lutte contre le piratage. Enfin, l’efficacité réelle de ces mesures à long terme reste à évaluer, alors que les exploitants de sites pirates ont souvent prouvé leur capacité à s’adapter rapidement aux nouvelles restrictions.

Les VPN et les services DNS sont des outils couramment utilisés pour contourner les blocages géographiques. En ciblant ces intermédiaires, Canal+ cherche à fermer une des principales voies d’accès aux flux pirates, rendant ainsi les restrictions plus difficiles à contourner pour les utilisateurs.

Actuellement, chaque nouveau domaine pirate doit être identifié puis validé manuellement par l’Arcom avant d’être bloqué. Le futur système automatisé permettrait d’ajouter ces domaines en temps réel, avec un contrôle a posteriori de l’Arcom, ce qui accélérerait considérablement le processus.