En Tunisie, l’été 2026 s’inscrit dans les annales comme l’un des plus chauds jamais enregistrés. Une situation qui a révélé une vulnérabilité structurelle du pays : des coupures d’électricité en cascade ont touché des infrastructures essentielles, aggravant les conséquences d’une canicule déjà extrême. D’après Reporterre, certaines interventions médicales ont même dû être réalisées à la lueur de lampes torches, illustrant l’ampleur des dysfonctionnements énergétiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Des coupures d’électricité répétées ont perturbé des services vitaux, dont des hôpitaux, en pleine vague de chaleur.
  • La Tunisie a connu des records de température cet été, rendant ces pénuries encore plus critiques.
  • Des opérations médicales ont été réalisées « dans le noir » faute d’alimentation électrique stable.

La ville de Bizerte, située au nord du pays, incarne cette crise. Les habitants y subissent des black-outs prolongés, souvent annoncés avec un préavis minimal, voire sans avertissement. Les climatiseurs, sollicités à outrance pour lutter contre les températures dépassant les 45 °C, ont mis à rude épreuve le réseau national. Résultat : des services publics, comme les hôpitaux ou les stations de pompage d’eau, ont dû composer avec des ressources énergétiques aléatoires. « On nous demande de faire des choix impossibles », confie un responsable hospitalier sous couvert d’anonymat, citant des interventions reportées ou menées dans des conditions précaires.

Ce scénario n’est pas une exception locale. Plusieurs gouvernorats tunisiens, dont celui de Tunis, ont signalé des défaillances techniques majeures sur le réseau, aggravées par un parc de centrales vieillissant. Selon les autorités, la demande en électricité a bondi de 20 % par rapport à 2025, alors que la production peine à suivre. Le ministre de l’Énergie, Slim Jribi, a évoqué lors d’une conférence de presse « un déséquilibre structurel » entre offre et demande, sans pour autant annoncer de solution immédiate. « Nous travaillons sur des plans d’urgence, mais la situation reste tendue », a-t-il indiqué.

Au-delà des infrastructures, la crise touche directement la population. Chiheb, un Tunisien installé en Arabie saoudite depuis deux ans, a été contraint de revenir en urgence pour s’occuper de son père, atteint d’une maladie chronique. « Mon père a besoin d’un appareil médical qui fonctionne en continu, mais les coupures rendent cela impossible. Je ne sais plus quoi faire », témoigne-t-il, visiblement épuisé. Son cas n’est pas isolé : de nombreux Tunisiens dépendant de dispositifs médicaux électriques se retrouvent aujourd’hui dans une situation désespérée.

Des solutions à court terme, mais une crise structurelle

Face à l’urgence, le gouvernement a annoncé des mesures temporaires, comme la distribution de groupes électrogènes aux hôpitaux et l’accélération des importations de carburant pour les centrales thermiques. Pourtant, ces solutions ne suffisent pas à masquer les lacunes du système. « Ces mesures sont des rustines », estime une analyste énergétique du cabinet North Africa Energy Monitor. « Le vrai problème, c’est l’absence de diversification du mix énergétique et l’inefficacité de la gestion du réseau. »

Parmi les pistes envisagées, le développement des énergies renouvelables – solaire en tête – est souvent cité. La Tunisie s’est fixé un objectif de 30 % d’énergies vertes d’ici 2030, mais les retards s’accumulent. Les projets de parcs solaires, comme celui de Tozeur, restent pour l’instant au stade des promesses. « On parle de transition énergétique depuis des années, mais rien ne bouge assez vite », déplore un ingénieur local. Autant dire que, pour les Tunisiens, l’été 2026 reste un avertissement.

Et maintenant ?

Une réunion d’urgence du gouvernement est prévue pour le 15 septembre 2026 afin d’évaluer les premières mesures de stabilisation. Les associations de défense des consommateurs réclament quant à elles un audit indépendant du réseau électrique, tandis que des manifestations contre les pénuries sont attendues dans les prochaines semaines. La saison estivale, traditionnellement la plus critique, pourrait à nouveau tester la résilience du pays.

Cette crise met en lumière les défis auxquels font face les pays du Maghreb, où les vagues de chaleur s’intensifient et où les systèmes énergétiques, souvent obsolètes, peinent à suivre. Si aucune réponse structurelle n’est apportée rapidement, les étés à venir pourraient s’avérer encore plus difficiles à vivre.