Alors que la France subit une nouvelle vague de chaleur intense, la Confédération générale du travail (CGT) alerte sur les manquements des employeurs en matière de protection des salariés exposés aux températures extrêmes. Invitée de France Info ce vendredi 7 juillet 2026, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a dénoncé un « manque total d’anticipation » des pouvoirs publics et du patronat face à l’épisode caniculaire en cours.
Selon Le Figaro, Sophie Binet a vivement critiqué l’inaction des entreprises et des institutions, estimant que « nos vies doivent être sacrifiées sur l’autel de leurs profits ». Elle a notamment appelé à sanctionner « toutes les entreprises qui n’ont pas de plan de prévention de la canicule », pointant du doigt l’absence de cadre réglementaire strict et l’insuffisance des contrôles.
Ce qu'il faut retenir
- La CGT demande que les entreprises sans plan canicule puissent être sanctionnées, après trois décès au travail recensés lors de la vague de chaleur précédente.
- Sophie Binet réclame l’inscription de températures maximales dans le Code du travail, alors qu’aucune limite n’est aujourd’hui fixée malgré les recommandations de l’INRS (28°C pour un travail physique).
- Le Medef est accusé par la CGT de négliger la sécurité des salariés, qualifiant la situation de « guerre de la canicule » entre syndicats et patronat.
- Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a indiqué que 2 600 contrôles ont été réalisés depuis fin mai pour vérifier la protection des travailleurs contre les fortes chaleurs.
- La CGT propose que l’inspection du travail puisse ordonner l’arrêt d’une activité après inspection et sanctionner directement les entreprises défaillantes.
Des décès au travail liés à la canicule, selon la CGT
Sophie Binet a affirmé que trois décès survenus au travail avaient été recensés lors de l’épisode caniculaire de la semaine dernière. La syndicaliste a dénoncé des situations où des ouvriers auraient travaillé « par 50°C au soleil », soulignant l’absence de mesures d’adaptation des horaires. « Des employeurs ne prennent pas leurs responsabilités », a-t-elle lancé, ajoutant que certains établissements, y compris hospitaliers, ne disposaient pas de plan canicule opérationnel.
Pour la responsable syndicale, ces drames illustrent un « cadre réglementaire incomplet » et un manque de volonté politique. « La loi n’a pas été appliquée », a-t-elle souligné, rappelant que l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) recommande de ne pas dépasser 28°C pour un travail nécessitant une activité physique.
La CGT propose un renforcement du cadre légal et des sanctions
Face à cette situation, Sophie Binet a présenté plusieurs propositions pour renforcer la protection des salariés. La CGT demande notamment l’inscription dans la loi de « températures maximales » de travail, une mesure absente du Code du travail. Elle plaide également pour que l’inspection du travail puisse, après une visite d’inspection, ordonner l’interruption d’une activité et sanctionner directement les entreprises défaillantes.
Actuellement, les 1 800 inspecteurs du travail en France ne disposent pas de ce pouvoir spécifique pour les questions liées à la canicule. La CGT estime par ailleurs que leur nombre est insuffisant au regard du volume d’entreprises à superviser et des épisodes caniculaires à venir. « Le climat social est très sain chez nous », avait d’ailleurs salué le patronat, selon le Figaro, une remarque qui contraste avec l’appel syndical à renforcer les obligations des employeurs.
Le gouvernement affirme avoir multiplié les contrôles
De son côté, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a indiqué que 2 600 contrôles avaient été effectués depuis la fin mai pour vérifier que les entreprises protègent bien leurs salariés des fortes chaleurs. Ces inspections s’inscrivent dans le cadre des mesures prises pour anticiper les risques liés aux vagues de chaleur, de plus en plus fréquentes et intenses en raison du changement climatique.
Le gouvernement n’a pas encore réagi aux propositions de la CGT concernant l’inscription de températures maximales dans la loi ou l’élargissement des pouvoirs de l’inspection du travail. Cependant, ces contrôles renforcés pourraient servir de base à une future réglementation, alors que les négociations entre syndicats et patronat sur le sujet sont attendues dans les prochains mois.
Un débat qui dépasse le cadre de la canicule
Cette polémique s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre syndicats et patronat sur les questions de santé au travail. La CGT dénonce régulièrement les manquements des entreprises en matière de sécurité, tandis que le Medef défend la nécessité de concilier performance économique et protection des salariés. « Pour le Medef, nos vies doivent être sacrifiées sur l’autel de leurs profits », a lancé Sophie Binet, reflétant l’ampleur des divergences.
La question des plans canicule et de leur application divise également les acteurs politiques. Alors que la CGT exige des sanctions immédiates, certains responsables politiques appellent à une réflexion plus large sur l’adaptation du Code du travail aux nouvelles réalités climatiques. Les prochaines semaines pourraient voir émerger des propositions législatives, notamment dans le cadre de l’examen du budget de la Sécurité sociale à l’automne 2026.
Reste à voir si les 2 600 contrôles déjà réalisés par le ministère du Travail suffiront à convaincre les salariés et leurs représentants que les mesures actuelles sont adaptées à l’intensité des vagues de chaleur. Une chose est sûre : le débat sur la protection des travailleurs face aux canicules n’est pas près de s’éteindre.
L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) retient une valeur de référence de 28°C pour un travail nécessitant une activité physique. Au-delà de cette température, les risques pour la santé des salariés augmentent significativement, notamment en cas d’exposition prolongée au soleil.